Partager

L’aventure des candidats à l’émigration s’est soldée par quatre morts dont trois Maliens et un Guinéen.

Soixante quatorze refoulés d’Espagne sont arrivés dans la nuit du lundi au mardi 10 juin à l’aéroport de Sénou. Ils ont été repêchés par chance, après avoir erré pendant neuf jours en mer, par la marine espagnole. A cause du manque d’eau potable et de nourriture, leur aventure s’est soldée par quatre morts dont trois Maliens et un Guinéen.

C’est aux environs de minuit, dans la nuit du lundi au mardi 10 juin, que le vol de Air Europa a débarqué 79 candidats à l’émigration clandestine en provenance des îles Canaries. Il s’agit de 74 Maliens et de cinq Ivoiriens.

A leur descente d’avion, ils ont été accueillis par le comité d’accueil avant d’être conduits à la brigade des sapeurs pompiers de Sogoniko pour les formalités administratives.

L’aventure des 74 jeunes Maliens n’a pas du tout été facile. Car, selon leurs déclarations, après avoir quitté le port de Nouadhibou, en Mauritanie, dans la première semaine de mai, pour rallier les Îles Canaries, la traversée de l’Atlantique s’est transformée en un véritable Cauchemar leur embarcation, ayant perdu tous ses orientations.

Comble de malheurs elle finit par tomber en panne sèche. Alors qu’ils n’avaient plus de nourriture et que la provision d’eau potable était entièrement épuisée.

Originaire de la région de Kayes, Sekouba Sacko, l’un des miraculés de cette mésaventure, affirme qu’il a vendu sa maison de Sadiola pour émigrer en Espagne. Il a donc débarqué à Nouadhibou avec dans sa poche la rondelette somme d’un million de FCFA. Ce n’est qu’après quatre mois d’attente qu’on l’a mis en contact avec un passeur qui devait le larguer quelque part dans les îles Canaries.

L’enfant de Kayes raconte : «C’est un véritable calvaire que nous avions vécu dans cette pirogue de la mort. L’essence finie, nous avons continué à errer en mer. Cinq jours après notre départ de Nouhadibou, on n’avait plus d’eau ni de nourriture. On a commencé à boire nos propres urines.

A la longue, quatre clandestins sont morts, trois Maliens et un Guinéen. Leurs corps ont été balancés dans la flotte. C’est au neuvième jour que la patrouille espagnole nous a repêchés. A cause de l’état dans lequel nous nous trouvions, elle nous a conduits directement à la Croix Rouge où, pendant cinq jours nous avons reçu des soins. Finalement, ils nous ont transportés à l’aéroport pour notre refoulement».

Bréhima Dembélé est, lui aussi, originaire de Kayes. Navétane, il avait réussi à épargner un peu d’argent. Pour payer son passage, il a déboursé la somme de 550 000 FCFA. «J’ai frôlé la mort, car j’étais inconscient au moment où l’on nous a repêchés».

Alassane Diarra vient de Ségou. Il vendait les pièces détachées et affirme que ses affaires marchaient bien quand un coxeur lui a vanté les possibilités de se faire de l’argent en Espagne. Il a, malheureusement, vendu toute sa marchandise et s’est transporté à Nouadhibou, pour attendre impatiemment le jour du grand départ pour l’Espagne. «Ma mésaventure m’a coûté 850 000 FCFA.

Aujourd’hui, je ne sais pas par où commencer. Si seulement le gouvernement peut faire quelque chose pour nous» s’est lamenté Alassane Diarra.

Indépendant du

11 Juin 2008

Pierre Fo’o MEDJO