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Après analyse de l’incidence des drames de la Révolution du 26 Mars 1991 sur le mental de la population malienne, c’est cette remarque du penseur et théologien danois, Soren Kierkegaard (1818-1855), qui saute à l’esprit : “Le temps et l’oubli excusent et effacent bien des faits et des méfaits“.

Dix-sept ans après cette sanglante journée, la douleur persiste toujours à le disputer au fatalisme, dans le coeur des auteurs, acteurs, victimes et témoins de cette tragédie unique dans les annales de l’histoire socio-politique du pays.

Pendant que les uns s’escriment à tirer un trait temporaire ou définitif (c’est selon) sur ce douloureux passé, les autres, par contre, triment à entretenir et perpétuer sa mémoire. Mais dans cet amalgame de prises de position opposées, voire antagonistes, bien des questions demeurent encore aussi lancinantes que pertinentes.

Entre autres questions, qu’est-ce qui a été réalisé depuis cette journée fatidique, pour lui conférer un sens ou “une raison d’être “? Et cela dit sans aucun cynisme, la raison et la conviction qui ont entraîné toute cette tragédie du 26 Mars 1991 ont-elles suffisamment obtenu gain de cause?

Que sont devenues toutes ces Associations qui avaient fleuri aux lendemains de l’horrible évènement, et qui se réclamaient toutes de la démocratie, de la liberté d’expression et d’autres valeurs sociales? Que reste-t-il encore de cette fougue patriotique qui animait des Associations et Unions telles que l’ADIDE, l’AJDP, la JLD, l’UNTM, pour ne citer qu’elles?

Et qui de la ferveur militante des premières tendances du CNID et de l’ADEMA-PASJ (association et parti)?

De nos jours, le constat paraît amer : une fois passées les passions et ferveurs consécutives à l’évènement, bon nombre de ces entités associatives et politiques avaient fini par se scinder, se disperser, s’entredéchirer, se disloquer…

D’ambitions en orientations personnelles des cadres et militants, ces regroupements associatifs et politiques avaient fini par prendre le pas sur la ferveur d’antan. Et l’engouement pour la “liberté retrouvée“ avait généré une certaine pagaille qui s’était voulue aussi “démocratique“ que ses méfaits sont restés jusque-là impunis.

Sur le plan social, bien des professions se sont libéralisées dans la foulée au point de s’anarchiser : leur création obéissait tant à un besoin de liberté que leur gestion s’est avérée scabreuse ou sans lendemain constructif.

Plus le droit était sans cesse réclamé, plus le devoir était piétiné sans répit. Dans ce domaine, rares étaient les secteurs sociaux qui ont échappé à la règle. Du plus haut au plus bas de l’échelle, presque toutes les couches sociales s’étaient manifestées par des mouvements de protestation agrementés de marches, grèves, sit-in…

Tant que faire se peut, l’Etat “providence“, sous peine d’être taxé à son tour de despotique, avait tenté de souscrire à la règle démocratique, soit en satisfaisant certaines doléances et réclamations des revendicateurs, soit en faisant des promesses qu’il n’était pas forcément en mesure d’honorer.

Pour preuve : des Accords ou Protocoles conclus entre l’Etat et certaines structures sociales sont restés bloqués ou se sont terminés en queue de poisson. C’est qu’en dépit de sa bonne foi, les gouvernements successifs n’étaient pas en mesure de satisfaire toute cette pléthore de réclamations qui s’entassaient jour après jour.

Et pour cause : du fait des casses et autres dilapidations de biens publics, consécutives à l’anarchie provoquée par ces “journées folles”, non seulement les caisses de l’Etat s’étaient quasiment amenuisées, mais lesdites caisses devaient faire face à d’autres urgences, au nombre desquelles le redressement de l’équilibre budgétaire, la restauration de la crédibilité de l’Etat, la prise en charge de l’insécurité ambiante…

Bref, le “bâteau” Mali prenait dangereusement de l’eau de toutes parts, et il fallait l’écoper au fur et à mesure. Pourtant, sur le plan international, la notoriété démocratique du pays avait pris et continue encore de prendre- du galon. Toute chose qui a contribué à convaincre et encourager bien des partenaires étrangers et des investisseurs nationaux.

Mais en dépit de tout, les conditions de vie de la majorité des citoyens n’ont pas enregistré les améliorations notables souhaitées. Et peu de signes extérieurs permettent, pour l’heure, de se rendre compte d’un mieux-être des populations.

Pourtant, depuis 2002, et bien avant, l’Etat s’est investi corps et âme dans ce sens, par des efforts somme toute louables. Mais les plus grands analystes économiques reconnaissent qu’il faut plus d’un quart de siècle, sinon plus, pour réparer un gâchis économique de quelques mois.

D’où peut-être cette difficulté de l’Etat à surmonter ces tares sociales qui persistent : le chômage, l’insécurité, la pauvreté, la mendicité, la corruption, la déperdition…

Bref, sur bien des aspects socio-politiques, l’espoir suscité par les évènements du 26 Mars 1991 n’a pas atteint ses objectifs : l’illusion s’est muée en mirage, et le présage s’est transformée en désillusion.

Du reste, quelques acteurs desdits évènements, et non des moindres, en conviennent, tout en se réjouissant cependant de leur impact démocratique.

En effet, on se rappelle que lors de la célébration du 26 Mars en 2004, Me Drissa Traoré déplorait que “l’Etat et la population malienne aient fait du 26 Mars une date morte”. Et d’ajouter que “l’évènement n’a pas atteint les objectifs qu’il s’était fixé”.

Quant à l’un des principaux acteurs de cette Révolution, le Professeur de Chimie, Victor Sy, il soutenait à l’époque : “Ceux qui se sont disputés la parternité du 26 Mars sont ceux-là mêmes qui ont divisé le mouvement démocratique“.

Toujours à la même époque, le “Pionnier” du RPM, Bakary Konimba Traoré, maintenait : “La victoire du 26 Mars n’a pas été un exemple pour toute l’Afrique”.

Toutes ces remarques relatives au 26 Mars semblent se résumer au mot de feu Maître Demba Diallo qui, en 1999, citait le pholosophe latin, Sénèque : “Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va”.

A moins qu’une future maturité démocratique au Mali vienne prouver le contraire, en justifiant objectivement tous ces drames passés et en réhabilitant ainsi tous ceux qui sont tombés, perdus ou oubliés pour une cause qu’ils avaient revendiquée à cor et à cris : la démocratie

Oumar DIAWARA

21 Mai 2008