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Arrivée à Djenné, la délégation conduite par le ministre Cheick Oumar Sissoko s’est aussitôt transportée à la mosquée pour constater les dégâts occasionnés par les émeutes de mercredi dernier suite au démarrage des travaux par les techniciens du Réseau Aga Khan.

Juste après cette visite, elle a rencontré les notabilités, la société civile et les chefs de services techniques.

Il s’agissait, pour le ministre, de se faire une idée précise des circonstances de ces événements avec des autorités administratives et politiques, les notabilités et les chefs religieux. Tour à tour, chacun a donné sa version des faits.

On retient surtout que c’est le manque de communication qui a été le plus cité comme cause de la révolte des populations contre les travaux de rénovation de la célèbre mosquée.

Mais, cette version a été contredite par le représentant de l’imam. Selon lui, les travaux de la mosquée ont été annoncés à plusieurs reprises et personne ne s’y était opposé.

Mais, manifestement, tous les canaux de communication n’ont pas été exploités. C’est pourquoi d’aucuns parlent de règlements politiques, de règlements de compte et aussi du mur de méfiance et de soupçon entre fidèles. En tout cas, le manque de communication ne justifie pas les violences de mercredi dernier.

Au-delà du saccage à l’intérieur de la mosquée, les manifestants se sont attaqués à la Mission culturelle, où rien n’a été épargné, au domicile du maire de la ville de Djenné. Même le préfet, représentant de l’Etat, a essuyé des jets de pierres dans son bureau. Et à cause de la tension qui y prévaut, la ville n’a pas célébré le 22 septembre.

« Cette situation est une honte pour toute la ville de Djenné connue à travers le monde », commente Aliou Sidibé, le gouverneur de la région. Pis, il y a eu mort d’homme. Il s’agit de Mamadou Moussa dit Baliki Djitey, un jeune diplômé de 28 ans.

C’est suite à une course-poursuite entre les forces de l’ordre et les manifestants jusque dans leurs domiciles que le jeune (qui n’avait rien à avoir avec les manifestations) a été chassé aussi.

Pris de panique, il a escaladé le mur de sa concession pour se jeter dans le fleuve où il s’est noyé, confirment des témoins oculaires. Plusieurs personnes sont arrêtées.

Certains instigateurs de la révolte sont en fuite, mais ils seront recherchés et traduits devant la justice promet le colonel Diallo du ministère de la Sécurité intérieure.

Cette violente manifestation a mis en évidence l’insuffisance de l’effectif de la gendarmerie et de la garde nationale à Djenné.

De plus, les éléments sont sans matériels de protection et de défense. C’est ainsi, que malgré l’engagement du commandant de la brigade de gendarmerie et du chef de peloton de la Garde nationale, il a été difficile de contenir les manifestants.

Au cours de cette rencontre, presque tous les intervenants ont demandé à ce que la loi soit appliquée dans toute sa rigueur afin que Djenné ne connaisse plus jamais une telle violence. Une fermeté vivement saluée par des applaudissements dans la salle.

Prenant la parole, Cheick Oumar Sissoko (très apprécié à Djenné) s’est dit très triste de ce qu’il a vu et entendu. Il a instruit aux autorités locales de faire toute la lumière sur l’affaire.

Le calme est revenu malgré des tentatives de marche organisée par les femmes pour revendiquer la libération des émeutiers.

Lévy Dougnon

25 septembre 2006.