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Kafougouna Koné sur le terrain pour désamorcer la bombe

Les règlements de compte meurtriers, qui opposent depuis un certain temps, Touaregs et Peulhs, les derniers accusant les premiers de vols répétés de bétails, menacent de plonger la région de Gao, le cercle d’Ansongo en particulier dans des affrontements communautaires de grande envergure. Surtout depuis le quadruple assassinat de Touaregs pour lequel le Mouvement d’auto-défense Gandaïso a été indexé et dont le chef, Amadou Diallo, arrêté récemment au Niger, a été extradé à Bamako où il attend que les autorités décident de son sort. C’est pour arrêter l’escalade que le ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales, le Général Kafougouna Koné, à la tête d’une forte délégation s’est rendu, du 2 au 5 octobre, dans la cité des Askias, Ansongo, Fafa et Sorori. Notre envoyé spécial, Chahana Takiou, était du voyage.

ll est 5 h du matin ce jeudi 2 octobre à la station Oilibya, située sur la route de Ségou, non loin de la Tour d’Afrique. La dizaine de véhicules de la délégation du ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales – société civile et forces de l’ordre et de sécurité-sont en marche et s’apprêtent à se mettre en branle.

Tous les invités étaient au rendez-vous sauf votre fidèle serviteur, venu à l’heure H. «C’est vous qu’on attendait. On allait démarrer tout à l’heure. Le ministre est très ponctuel» nous dit oumar Sangaré, le chargé de communication du département. «Heureusement que je suis à l’heure» ai-je répliqué.

A peine installé dans le véhicule, situé en troisième position du cortège que celui-ci s’ébranle en direction de Gao. Après deux heures trente minutes de course, voilà que la délégation s’immobilise au pied-à-terre du gouvernorat de Ségou où le chef de l’exécutif régional, Abou Sow et son proche entourage attendaient le ministre Kafougouna Koné et sa suite.

Un petit déjeuner bien copieux est pris sur le pouce avant de poursuivre la mission. Et d’atteindre Mopti vers 14 heures. Là également le gouverneur de la région, Mamadou Diarra, vient à l’accueil et conduit son patron et ceux qui l’accompagnent à l’hôtel Motel de Sévaré. Ils y trompent leur faim et procèdent à la prière de Zohr.

Quarante minutes après, le cortège à la tête duquel est placé le véhicule du chef d’Etat major de la Garde nationale, Broulaye Koné, démarre en trombe et contraint les autres véhicules à faire pareillement.

L’aiguille de notre véhicule oscille entre 120 et 140 km à l’heure. A 19 h 30, la délégation de Kafougouna Koné arrive à Gao. A la rentrée de la ville, le gouverneur de la région et son proche entourage accueillent les hôtes du jour. Ensemble, ils se dirigent au pied-à-terre de la cité des Askias où les directeurs des services régionaux attendaient la poignée de mains du ministre Koné. Ce dernier sera ensuite installé sur place dans une petite villa. Les autres membres de la délégation sont dispersés dans les différents hôtels de la place, notamment au Tizimizi.

Rendez-vous est donc pris pour le lendemain à 7 h à destination du village de Fafa, situé à 154 km de Gao et à 42 km de la frontière nigéro-malienne. A la délégation venue de Bamako s’est ajoutée celle de Gao. Ensemble, elles décollent de la cité des Askias à l’heure prévue. Première étape de cette mission, Ansongo. Le ministre Kafougouna Koné demande au préfet de réunir les gens pour 15 h, le temps pour lui d’aller à Fafa revenir. Sans donc tarder, la délégation poursuit son chemin jusqu’à destination.

Un accueil sobre et des salutations timides caractérisent l’étape de Fafa. Le maire de Ouatagouna (Fafa fait partie de cette commune), Zoumana Mamadou Maïga, ancien inspecteur d’enseignement fondamental en retraite, réputé être un proche de feu Mamadou Lamine Traoré, souhaite la bienvenue aux illustres hôtes. «Vous êtes arrivés au bon moment parce que nous sommes en pleine insécurité. Votre visite dissipera des zones d’ombre et permettra sans nul doute de retrouver la sécurité» souligne le maire Zoumana Mamadou Maïga, peu prolixe.

Pour sa part, le ministre Kafougouna Koné situe sa visite dans le cadre de la cohésion intercommunautaire et du retour rapide de la sécurité dans la zone. Il a également rappelé les évènements regrettables du 23 mai 2006, survenus à Kidal avant d’égrener les efforts déployés par l’Etat afin d’éviter que le conflit ne s’étende aux autres régions.

«Par rapport à ce qui est arrivé à Fafa, cela nous interpelle tous. Que tout le monde sache que c’est le gouvernement, à travers les forces de sécurité, qui assure la sécurité des populations.Un petit groupe d’individus ne peut pas et ne doit pas gérer la sécurité des populations» martèle Kafougouna Koné. Avant de rappeler que Amadou Diallo, sous-officier de la Garde républicaine, est un de leurs et qu’il n’a pas compris pourquoi il abandonné son poste à Dakar pour venir créer un mouvement.

Celui-ci, a-t-il dit, est créé contre qui ? «L’Etat du Mali ?» s’est-il interrogé. «Récemment, il y a eu quatre morts, tous des Touaregs. Cette attitude est contre l’éthique, la Constitution du pays et même la religion musulmane. Personne n’a le droit de se rendre justice. Sinon, il aura un dérapage. Ceux qui ont commis ces actes, ceux qui ont fauté répondront devant la justice. Nous allons gérer cette situation avec discernement et fermeté». Pour terminer son adresse, Kafougouna Koné lance un appel pour la paix, la cohésion et le renforcement de l’unité nationale.

Répression des militaires à Fafa

Ensuite, la porte-parole des femmes, Aïssata Moussa, l’émotion à la gorge, très attristée, dénonce l’attaque de Fafa par l’armée malienne le 16 septembre dernier, et accuse les «soldats rouges» d’avoir commis de multiples exactions sur les femmes avec comme conséquences plusieurs avortements. De même, elle soutient que les animaux appartenant à sa communautésont tués, d’autres sont perdus dans la nature.

Tandis que les champs sont abandonnés, laissés actuellement en ruine et les enfants du village ligotés et emportés à Gao. Quant au porte-parole des familles, Siaka Zakaria, il abonde dans le même sens que Aïssata Moussa. Avant de préciser que : «tous les jeunes enlevés ont été ramassés autour de la mare et ne savent même pas manier une arme».

Le ministre Kafougouna Koné revient à la charge pour répondre à ces deux intervenants en ces termes : «Je suis au courant de tout. Lorsqu’il y a un problème, il ne faut pas voir seulement les effets, il faut chercher les causes. Amadou Diallo a constitué un groupe de malfaiteurs. Cela est inadmissible. Vous avez parlé des enfants enlevés, nous sommes venus pour gérer cette situation. Mais, il faut dire la vérité à vos enfants. Tout le monde a laissé Amadou Diallo faire. Nous avons vu les photos d’entraînement».

Et le gouverneur de Gao, le colonel Amadou Baba Touré d’enfoncer le clou : «Vous n’avez pas été à la hauteur. Vous avez laissé une milice s’organiser chez vous. Le recrutement se faisait au Niger, au Burkina, à Gao et à Fafa. L’opérateur économique, Nema Ould Sidi Ahmed et le maire de Gao, Ali Alassane Touré dit Badjel m’avaient informé que Amadou Diallo a pris contact avec eux pour la constitution de cette milice. Nous avons des photos et une cassette vidéo qui prouvent l’existence de cette bande organisée». Après la fin de cette réunion, la délégation se rend chez le chef du village.

Discrètement, le ministre Kafougouna Koné donne à la famille 1,5 millions de nos francs pour gérer la situation des femmes, des jeunes et de tous ceux qui ont eu des problèmes, suite à l’intervention de l’armée le 16 septembre dernier.

En retour, le chef du village lui offre également un bœuf. La prochaine étape de la visite, la marre de Sorori, située à 9 km de Fafa, est considérée comme étant la base de «Gandaïso» (fils du tiroir) dirigé par Amadou Diallo, arrêté le 25 septembre à Niamey et extradé à Bamako où il séjourne à la Sécurité d’Etat. Là-bas, le colonel M’Bemba Kéïta qui a suivi les opérations, explique que 35 personnes ont été arrêtées sur l’île et il y a eu un mort de chaque côté.

De retour à Gao, aux environs de 13 heures, le ministre Kafougouna Koné se détache de la délégation pour aller saluer dans la famille de l’ancien Premier ministre, Ousmane Issoufi Maïga, à Bentia.

Il regagnera, aux environs de 14 heures, les autres membres de la délégation à Ansongo. Au cours de la réunion, tenue avec les élus et la société civile, Kafougouna Koné revient sur tous les propos qu’il avait dits à Fafa. Des différentes interventions, on retient la libération sans condition des jeunes de Fafa, le manque d’emploi des jeunes du terroir, l’absence de justice sociale, la pauvreté qui accroît l’insécurité.

Tous les intervenants ont également plaidé pour le retour de la paix, le dialogue, la concertation et la tolérance. Dans une déclaration lue par le maire d’Ansongo, Amadou Harouna Maïga, les élus du cercle réclament le redéploiement de l’unité méhariste de Amalawlaw, le retour de la brigade de gendarmerie de Tessit et son renforcement, la sécurisation des élus locaux et la réinsertion des jeunes.

De même, il demande «au cas par cas de démasquer et d’identifier les acteurs des différents crimes et les rendre à la justice». Le maire d’Ansongo promet aussi au ministre Koné de réunir tous les élus locaux et de sillonner, dès le lendemain, toutes les communes pour prêcher la bonne parole : la cohésion sociale et la paix intercommunautaire.

Auparavant, Kafougouna Koné avait rencontré les parents des quatre Touaregs, assassinés le 1er septembre. Il leur a présenté ses condoléances et celles du gouvernement, avant de prôner la paix et la cohésion sociale. Et de leur remettre 2 millions de FCFA.

Le cortège quitte Ansongo vers 18h 30 à destination de Gao. Le lendemain, c’est la société civile qui se retrouve avec la délégation dans la salle de réunion de l’école catholique sœur Généviève de Gao.

La tension est montée d’un cran. Le ministre Koné maintient le même discours. L’association des ressortissants de Gao à Bamako et le collectif des ressortissants du nord à Bamako, membres de la délégation demandent à intervenir. Arboncano Boubèye Maïga et Dr Almouzar Maïga ont, tour à tour, plaidé pour la paix, la cohésion sociale et l’unité nationale.

13 mineurs libérés

Le premier, très applaudi déclare : «…Croire que le gouvernement du pays accorderait tel ou tel privilège aux jeunes de Kidal est illusoire. Il n’y aura aucun privilège qui serait consacré sur la base de la couleur, de la race du sexe, de la naissance, de la fortune. S’il y a privilège, ce sera sur la base du mérite. Attention ! Que Hassan Fagaga et tous ceux qui lui ressemblent, le comprennent…».

Le second persiste et signe que le problème du nord tire son origine dans la «mauvaise administration».

Le troisième intervenant, le président du Conseil de cercle de Gao, Samba Almahady, rappelle les «hauts faits» du gouverneur, Amadou Baba Touré, fortement contesté par une certaine opinion. Ce qui a provoqué la colère de la salle. Des désapprobations et des mots peu courtois envers le chef de l’exécutif régional seront lancés et la tension monte d’un cran. Le ministre Kafougouna Koné s’était donc vu obligé de suspendre la séance alors que les débats n’avaient même pas commencé. Il se réunira plus tard en catimini avec certains notables notamment Baba Guindo, Ali Bady et autres pour prêcher la paix, la cohésion sociale et l’unité nationale.

Pour boucler la boucle, il ordonnera, en début de soirée de ce samedi 4 octobre la libération et le retour des 13 mineurs à Fafa. Ceux-ci n’avaient pas été inculpés par le Procureur mais ils étaient gardés chez Fati Soumeylou, présidente d’une association œuvrant pour la paix. Cette libération a calmé les esprits. Mais, il reste 22 autres personnes en détention. Ils sont tous majeurs et les enquêtes les concernant continuent.

Rappelons que depuis deux ans, les peulhs d’Ansongo sont victimes de vols d’animaux et d’assassinat. Le cas le plus récent est la mort de Boubacar Diallo, un marabout de 50 ans, égorgé par la nuque, le 18 mars dernier, à Tin–Hamma. Les assassins ont été identifiés et dénoncés mais les autorités administratives et judiciaires n’ont rien fait pour élucider les circonstances de sa mort. Avant lui, Abdramane Dicko, Amadou Abdoulaye Diallo et plusieurs autres ont été sauvagement assassinés.

Sans que justice soit rendue. C’est dans cette circonstance que Amadou Diallo qui suivait les nouvelles de son village depuis Dakar où il travaillait a abandonné son poste, pour dit-il, «défendre les siens». Il a été aidé en cela par des parents, des ressortissants de son terroir à Bamako, au Niger, au Nigeria, en Arabie Saoudite et, bien sûr, à Gao. D’où la naissance de son mouvement d’autodéfense «Gandaïso».

Dans la mouvance de la constitution de celui-ci, quatre Touaregs (Aguissa Ag Intawini, Zeïnoudin Ag Sidiya, Attaher Ag Ahkeck et Moha Ag Mahamad) ont été tués par balles à Hourara, non loin de la frontière nigérienne. Le leader de «Gandaïso» Amadou Diallo est désigné comme étant l’auteur ou le complice de ce quadruple assassinat. C’est ainsi que des Touaregs notamment les Imagads et les Daoussack d’Ansongo ont également reçu de leurs parents des soutiens.

Ils se sont bien armés et s’apprêtaient à descendre sur Fafa. Informé, le gouvernement lui-même a pris l’initiative d’agir. Ce qui a permis de limiter les dégâts. Cependant, la tension demeure très forte entre les Peulhs soutenus par les Songhoï et les Touaregs, appuyés par les Arabes. C’est donc pour atténuer la tension, voire désamorcer la bombe que Kafougouna Koné s’est rendu sur le terrain pour calmer et assurer les uns et les autres du soutien de l’Etat pour la paix et la cohésion sociale.

Maintenant, la sensibilisation doit continuer. L’Etat se doit également d’assurer sa mission régalienne de protection des populations et de distribution d’une bonne justice. Parce que la communauté noire a l’impression que l’Etat joue à la politique de «deux poids, deux mesures», en comparant la situation de Fafa à celle de Kidal.
A suivre.


Chahana TAKIOU

07 Octobre 2008