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Beaucoup de nos sœurs veulent faire de la publicité. Certaines juste pour paraître à la télé. La publicité est une opportunité pour les jeunes filles diplômées sans emploi. Il suffit souvent d’être doté de certains atouts physiques. Ce critère est valable pour les filles comme pour les garçons.

jpg_b.jpg Le métier attire, de plus en plus, les jeunes filles. Elles se pressent aux portes des agences de Publicité. Il est vrai que la création d’agences est en pleine expansion au Mali.

Les mannequins et autres agents publicitaires sont à la mode un peu partout dans notre pays. Les femmes occupent un rôle central dans le créneau de la publicité. Elles en sont à la fois les actrices principales et les cibles. Les images de femmes sont utilisées dans des spots vantant les produits de beauté dont la gent féminine est consommatrice traditionnelle. Il s’agit des parfums, des vêtements des voitures, des produits alimentaires. Les maîtresses de maison et leurs filles sont encouragées à acheter.

Les consommatrices-cibles sont censées se reconnaître dans les vedettes qui leur parlent à l’écran ou dans les pages publicitaires des journaux et des magazines. Les messages véhiculés les mettent en condition pour s’identifier à ces modèles. Les promoteurs des crèmes de beauté, des vêtements, des accessoires jouent sur l’ambiguïté du véritable destinataire du produit. Faut-il séduire les femmes consommatrices ou leurs maris les « consommateurs indirects ».

Devenir des stars

Dans la publicité, le lien entre le produit et le personnage féminin n’est pas clairement défini. Mais l’image de la femme est utilisée comme une accroche picturale, comme un instrument de provocation. L’objectif est d’attirer l’attention sur le produit.

jpg_m3.jpg L’objectif n’est pas nécessairement d’identifier le personnage féminin au produit. La femme est représentée comme un objet de fantasme, en particulier sexuel, stimulé par des allusions. La cible de la publicité est aussi bien les hommes que les femmes. L’imaginaire érotisé de la publicité est basé sur la dynamique de la séduction, qui fait interagir les deux sexes. La publicité véhicule une sorte de propagande patriarcale traditionnelle.

Toutes les filles qui font de la publicité ne sont pas forcément des étudiantes. Le métier est ouvert. Il est devenu le refuge pour les jeunes filles en quête de notoriété. A.M. est une actrice très sollicitée dans la publicité dans notre pays. Elle définit les préalables pour se faire un nom. Il faut être belle, se construire un réseau de relations, proposer ses services aux agences. Vous finirez tôt ou tard par taper dans l’œil des responsables d’agences de publicité ou même des gros commerçants.

La jeune A.M déplore le fait que « beaucoup de filles veulent faire de la publicité, juste pour paraître à la télé« . Ce faisant, elles ont déjà dans la tête l’idée de rencontrer plus tard des hommes riches.

Aminata Traoré est une vedette dans la publicité des produits de beauté. « Personnellement, je n’ai jamais utilisé ces produits. Mais comme j’ai un teint naturellement clair, le publiciste m’a choisie pour présenter ses produits.

Séduites par mon image beaucoup de femme achètent les produits pour me ressembler« . Aminata Traoré voulait être star. Le monde de la publicité lui a ouvert des horizons riches de découvertes stimulantes » Je voulais être une vedette dont la silhouette serait reconnue par tous dans la rue. » Aujourd’hui, elle a gagné son pari. « Dès la sortie de mon message publicitaire les hommes ont cherché à avoir mon numéro de téléphone. »

La belle Safiatou Sall contrairement aux autres filles a une maîtrise en publicité. Selon elle, les jeunes filles ayant une forme physique (à l’européenne) ne peinent pas à s’imposer dans le job. Elles doivent seulement connaître le « B-A BA« , c’est-à-dire savoir se tenir face à une camera. Elles doivent savoir lire le message pour atteindre le but recherché. Les connaissances théoriques sont complétées par la pratique.


Pas de prix fixe

Si, le métier attire beaucoup de jeunes filles en quête de notoriété, la rémunération pose problème. De prime abord, le métier est considéré comme un sous-métier, qui manque d’organisation spécifique. Le tarif des prestations varie selon les agences.

jpg_m5.jpgLe rôle est attribué en fonction du scénario mais aussi de l’élégance de l’actrice. Selon, Bréhima Koné, concepteur de spot publicitaire à l’Agence Malienne de Presse et de Publicité (AMAP), la rémunération des actrices se situe dans une fourchette comprise entre 50.000 et 300 000.

Il est exigé un engagement signé par la jeune fille avant le tournage si elle est majeure. Le document est signé par ses parents ou tuteurs si elle est mineure , explique le spécialiste. Il ajoute que certains commerçants imposent eux-mêmes leurs actrices.

Les jeunes filles qui arrivent à se faire une place au soleil dans le métier profitent naturellement de nombreux avantages. Mais certaines en abusent et posent des actes qui jurent avec la morale.

D’autres prennent des libertés en foulant au pied l’éthique et la morale de la profession en adoptant un port vestimentaire décrié. Il est vrai qu’à chaque génération correspond une mode de s’habiller, le plus souvent extravagante. Certes l’ère de la camisole et autres « marinières » est révolue.

Elles ont laissé la place à des tenues plus osées. Aujourd’hui c’est le phénomène des «Starmania, Coupé-Décalé ou Fouka-Fouka». Les starlettes de nos spots publicitaires se laissent aller à l’extravagance vestimentaire. Elles oublient qu’elles sont au contact de personnes respectables.

L’ancienne actrice de « pub » condamnent ces filles frivoles. Après quelques sorties à la télé, constate la doyenne, « mes petites soeurs changent de tenues vestimentaires. Elles adoptent des jupes courtes, des robes transparentes et des blue-jeans moulants ». L’aînée Kadiatou conseille à ses consœurs de s’habiller décemment.

La doyenne déplore aussi la dépigmentation chez les jeunes filles. Mme Traoré explique qu’ « après une première sortie à la télévision, les filles deviennent méconnaissables. Elles doivent garder leur teint naturel parce que les autres femmes s’identifient à elles. Les filles doivent être correctes et éviter les comportements qui écornent l’image de la femme dans la publicité « .

Par ailleurs Kadiatou Traoré n’est pas d’accord avec les personnes qui assimilent ce métier à la prostitution. « Les promoteurs culturels et agences publicitaires exploitent notre image. Mais elles nous payent très mal« , conclut l’actrice retraitée.

Doussou DJIRÉ

21 Novembre 2008