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Après l’échec de l’extension prévue de la production du riz Nerica (New Rice for Africa), faute de semences, l’initiative riz tente de trouver ses marques en se reposant sur les systèmes d’irrigation habituels qu’elle vient renforcer. A cet effet, un approvisionnement abondant en engrais est en cours (complexe et urée) dans toutes les zones de production du pays et la disponibilité de l’eau dans les zones de maîtrise totale et de submersion contrôlée.

Ces mesures permettront-elles à l’initiative riz d’atteindre ses objectifs ? Nous avons sillonné des zones de production de Baguineda, Mbewani, Zanfina, Niono, Doura et Dioro où d’importantes quantités d’engrais ont été acheminées. Mais l’absence de la mécanisation du secteur risque d’être le talon d’Achille de l’Ini-tiative riz. Notre reportage au cœur des zones agricoles, au moment où le repiquage du riz bat son plein.

En présentant son opération Commando pour la production du riz, devenue par la suite Initiative riz, le Premier ministre Modibo Sidibé s’était beaucoup appesanti sur la production facile du riz Nérica. Ce choix a été guidé par le fait que le Nerica est un riz pluvial qui peut être cultivé dans les régions comme Kayes, Koulikoro et Sikasso, loin des casiers de maîtrise totale de l’eau de l’office du Niger.

Mais ce que le Premier ministre (PM) ne savait pas, c’était qu’il allait vite être confronté à un manque de semences du riz Nerica qui est pourtant connu pour avoir été vulgarisé dans notre sous région depuis plus d’une décennie, sans que les décideurs y prêtent une attention particulière.

Il a donc fallu que notre pays soit confronté à des perspectives très sombres qui n’excluent pas la famine, pour que nos gouvernants se rappellent subitement que le Nérica existe et qu’il n’a pas besoin d’avoir le pied dans l’eau pour bien produire comme le maïs, le mil, le sorgho, le fonio. Un vrai sésame sur lequel le Premier ministre Modibo Sidibé s’est tardivement précipité ! Moralité de l’opération Commando du Nerica : « rien ne sert de courir, il faut partir à point ! »

Le Nérica qui devait faire rentrer dans l’histoire un PM comme Commando du riz, dès sa première année d’exercice, s’est vite transformé en un conte de fée dont la moralité a permis de reporter l’Initiative Nerica à l’année prochaine. Pour cause. Les besoins de semences étaient de 3 990 tonnes pour prendre en compte l’extension prévue dans le cadre de l’Initiative riz. Sur cette quantité, seulement 1 500 tonnes ont pu être rendues disponibles.

Jusque là, le gouvernement court derrière 2000 tonnes de semences. Des acheteurs du gouvernement malien se sont rendus dans les pays comme la Guinée, la Gambie et l’Ouganda. Dans ce dernier pays, le fameux sésame était bel et bien là, mais le coût de revient devait atteindre 2 500 Fcfa, le kg. Alors, les Maliens ont rebroussé chemin en renonçant aux 2000 tonnes de semences de Nerica qui reviendraient très cher aux producteurs maliens.

Selon les membres de la Cellule de Coordination de l’Initiative riz qui ont rencontré la presse à la Primature le jeudi 10 juillet 2008, en prélude à une mission de celle-ci sur le terrain pendant le week-end dernier, la production du Nerica représentait l’extension prévue dans le cadre de l’Initiative riz, soit une surface de 34 900 ha. Avec l’insuffisance de semences qui rend impossible cette extension, les membres de la cellule de coordination ont évalué la production ratée à seulement 3,5 % de la production totale prévue dans le cadre de l’Initiative riz (1 618 323 tonnes).

B. Daou

15 Juillet 2008