Partager

Soumeylou Boubèye Maïga hier lors du lancement des travaux de reconstruction de l’armée malienne

– «La procédure judiciaire lancée contre Sanogo est une initiative des familles de victimes»

– «La quête d’une armée républicaine au cœur des préoccupation»

Les locaux du ministère de la défense et des anciens combattants ont abrité hier, lundi 2 décembre une cérémonie destinée au lancement officiel des groupes de travail pour la restructuration, la refondation et la reconstruction de l’armée malienne. C’est le ministre Soumeylou Boubèye Maïga qui en a donné le coup d’envoi, en présence de tous les chefs de groupes. Une occasion pour lui de revenir sur l’arrestation et l’inculpation du Général Amadou Haya Sanogo. Pour lui, ce sont les familles des victimes qui ont enclenché la procédure judiciaire contre l’ex-chef des putschistes. Il a donné aussi l’assurance qu’aucun élément des forces armées concerné par la procédure en cours ne sera soustrait à la justice.

Le Ministre de la défense et des anciens combattants, Soumeylou Boubèye Maïga, a été on ne peut plus clair sur les circonstances de l’arrestation et de l’inculpation du général Amadou Haya Sanogo, intervenues en fin de semaine dernière. Selon lui, ce n’est pas le gouvernement qui a enclenché la procédure judiciaire à l’encontre de l’auteur du putsch du 22 mars 2012. Mais plutôt les familles des victimes qui n’ont eu aucune nouvelle d’elles aux lendemains des affrontements du 30 avril au 1er mai 2012.

Rappelons qu’aussitôt après sa mise en place, le collectif des parents et épouses des bérets rouges disparus avait décidé d’organiser des actions de protestation pour réclamer l’arrestation du Général Sanogo. Les leaders du collectif ont été reçus par le ministre de la Défense qui leur a demandé de surseoir à leurs activités tout en leur promettant que le chef de l’ex-junte sera arrêté. Au cours de la cérémonie d’hier, Soumeylou Boubèye Maïga a indiqué que son département n’a fait que mettre ce dernier à la disposition de la justice malienne qui avait délivré un mandat d’amener contre lui.

Evoquant le refus du Général Sanogo de se plier à l’exécution de ce mandat d’amener, le ministre a précisé qu’aucun élément des forces armées ne sera soustrait à la justice. Ajoutant qu’un militaire qui refuse de répondre de gré à une convocation de la justice sera contraint de le faire. Il a souligné que c’est la seule implication dans ce dossier de son département qui n’a fait que donner son autorisation afin que le Général Sanogo réponde à la convocation de la justice. Pour lui, cela participe à la restauration de l’honneur de l’armée, à l’image que les citoyens doivent se faire d’elle et de l’éthique que les militaires doivent incarner pour conduire les missions qui sont les leurs.

S’agissant de la réforme de l’armée, il faut rappeler que la crise sécuritaire a révélé les faiblesses dont souffre l’armée malienne. Outre le fait que l’équipement faisait défaut, elle souffrait également d’un manque de formation et surtout de motivation en ce sens que les conditions de vie des militaires étaient précaires. Ainsi, pour pallier au déficit de formation, la Mission Européenne d’Entrainement au Mali a été lancée quelques mois après le déclenchement de l’Opération Serval qui a permis de libérer le nord du pays des mains des groupes terroristes. Lancée depuis le 18 février 2013 sur décision du Conseil de l’UE pour un mandat initial de quinze mois, cette mission a pour objectif de restructurer l’armée malienne afin qu’elle puisse venir à bout des groupes terroristes.

Selon le ministre de la Défense et des anciens combattants, la présente rencontre est destinée à répondre à trois objectifs majeurs pour mettre en place une armée qui s’acquitte convenablement de ses missions régaliennes.

Premièrement, il s’agit de définir des actions qui tiennent compte des menaces auxquelles l’armée doit faire face.

Ensuite, une grande importance sera accordée aux ressources humaines. Dans ce cadre, il est prévu de réactiver tous les programmes de formation et d’instruction permanente. Les participants devront aussi se pencher sur des améliorations à apporter aux conditions de vie des militaires afin d’accroître leur capacité opérationnelle et leur motivation.

Le troisième axe vise à bâtir une armée tournée vers le futur et qui se projette dans une perspective de sécurité régionale. D’où la mutualisation des capacités entre les pays voisins. C’est donc toutes ces questions qui seront au menu des groupes de travail mis en place à cet effet.

Rappelons que ces groupes sont au nombre de onze. Le premier est destiné à l’organisation territoriale ; le second est chargé de l’opérationnalisation des moyens de défense ; le troisième est relatif au soutien logistique ; le quatrième est la préparation opérationnelle ; les 5e, 6e et 7e groupes vont se pencher sur la gestion des ressources humaines ; le 8e, est quant à lui, chargé de l’organisation des fonctions ; le neuvième est consacré aux renseignements ; le 10e groupe est relatif à la coopération régionale et le 11e au Secrétariat et la communication.

Ce sont ces groupes qui auront en charge les travaux de restructuration, de refondation et de reconstruction de l’armée malienne. Soumeylou Boubèye espère que les travaux de ces groupes prendront fin avant le 20 janvier, date à partir de laquelle les militaires auront à commémorer trois fêtes.

Il s’agit, d’abord, de la fête du 53e anniversaire de l’armée nationale, ensuite de l’an 1 de la célébration du déclenchement des opérations militaires franco-africaines qui ont permis la libération des régions septentrionales du Mali; enfin le cycle des commémorations nationales et internationales du Centenaire de la Première Guerre mondiale. Toutes ces fêtes ont un même socle de valeurs à savoir l’indépendance, la souveraineté et la restauration des forces armées.

Bruno D SEGBEDJI

L’Indépendant du 3 Décembre 2013