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Appelées «conférences flottantes», elles ont porté sur des thèmes suivants : «Ségou : Evolution historique jusqu’à la dynastie des Coulibaly», «Ségou : sous le règne des tondions et de la dynastie des Diarra».

Dr Mamadou F. Simaga, écrivain historien, Bandiougou Danté, professeur d’histoire, Seydou Thiéro, PESG en retraite, Yamousa Coulibaly, tous éminents conférenciers, étaient face à Natié Pléa, ministre de la Jeunesse et des Sports, Oumar Kanouté, député de la Commune IV, Dramane Coulibaly, ex- premier maire et ex-premier député de Ségou, Me Mountaga Tall, premier vice-président de l’Assemblée Nationale du Mali, Abou Sow, Gouverneur de Ségou, Pascal Dénon, Gouverneur de Dédougou au Burkina Faso, des élèves et étudiants.

D’entrée de jeu, Mamadou F. Simaga, le principal conférencier, sous les notes mélodieuses du goni de Djéli Daouda Dembélé et de Almamy Ba, est passé à la clarification du concept Griot ou Djéli. Selon lui, le premier n’est pas propice, car il est venu de la colonisation. Le second, en revanche, donne au statut tout son sens.

Dans son exposé, il a mis l’accent sur la conquête de Ségou par l’armée coloniale française, le 6 avril 1890. Il a dressé un tableau de Ségou à la veille de la pénétration française. Dans ce tableau, il ressort que Ségou, à cette époque, était secouée par des crises politico-sociales internes. Il faisait allusion au conflit entre les Toucouleurs et les Bambara.

Selon lui, ces conflits ont affaibli la cohésion sociale jusqu’à la révolution industrielle au XIX siècle. L’arrivée des Européens sur le sol africain s’est caractérisée par la signature de nombreux traités qui n’ont rien servi finalement. « Les traités étaient des chiffons pour le petit Blanc » a martelé M. Simaga. « L’Afrique ne voulait pas la guerre mais le dialogue ». Ce qui témoigne, selon lui, des nombreux traités de non-agression.

Cependant, la prise de Ségou, selon M. Simaga, n’a mobilisé que 304 soldats français. Le reste était tous des Africains. Il a ajouté : « Ce sont les Ségoviens qui ont combattu les Ségoviens ». Il a expliqué que Mari Diarra, ne voulant pas être gouverné par les Toucouleurs ou les Tall, a prêté une main forte aux troupes françaises pour conquérir la ville de Ségou afin d’être intronisé.

Ce qu’il a oublié, a rappelé le conférencier, c’est que «les Français n’étaient pas venus pour lui donner le trône, mais plutôt pour s’emparer de l’or de Ségou».
Le conférencier s’est délibérément réservé le droit de faire la rétention de certains points de l’histoire, «de peur de réveiller certaines rancoeurs entre les populations». M. Simaga a affirmé que la bataille de Bomboti a symbolisé la grande résistance contre la pénétration française. Et l’Afrique n’était pas prête à se livrer.

C’est ce qui explique, selon lui, le suicide collectif de Bandiougou Diarra de Ouessébougou. Le conférencier soutient aussi que «tous les chefs blancs tenaient à épouser les Africaines». Pour preuve, il évoque le cas du mariage entre le Général Louis Archinard et Bintou Kanté, originaire de Ségou.

Seydou Thiéiro, à son tour, a ajouté que la prise de Ségou, l’intronisation de Mari Diarra et sa trahison par les Français étaient préparées d’avance. Il a expliqué que les raisons du désaccord entre Mari et les Français n’étaient qu’un coup monté. Par rapport à la résistance, M.Tiéro a laissé entendre que les Africains n’ont pas compris qu’il fallait s’unir pour faire front. Mais aussi, il a déploré l’infériorité des Africains sur le plan de l’armement.

Après une pause, le Dr Mamadou Simaga reviendra à la charge pour affirmer que les Blancs ont toujours respecté les traditions de Ségou. Ils les ont maintenues pour les exploiter à leur avantage. « Ce sont les nègres qui tuaient leurs frères » a-t-il affirmé, avant de tomber dans l’explication la fameuse numérologie de la symbolique des multiples de 3 et de 4 dans la culture ségovienne.

Rappelons que c’est Abou Sow, Gouverneur de Ségou, qui est l’initiateur de cette série de «conférences flottantes». Interrogé sur ses motivations, il affirme : « j’ai initié ces conférences pour la réconciliation. Je veux faire de Ségou un site touristique pour que les touristes s’y s’arrêtent. Je veux faire de la culture un produit économique. C’est pour aussi inviter les partenaires à s’intéresser davantage à Ségou. Je veux mieux vendre Ségou« .

Il continue : « en organisant ces conférences flottantes, mon objectif était de restituer l’histoire de Ségou, permettre à la jeune génération de Ségou de mieux la connaître ». « Ces débats doivent nous enrichir et nous permettre d’aller de l’avant. Il faut laisser les choses mourir de leur propre poison » a-t-il conclu.

Le temps fort de cette conférence fut l’intervention de l’auditoire pour poser des questions et afficher sa préoccupation.

Il a été question d’éditer ces conférences en un document écrit pour pérenniser les connaissances.
Soulignons enfin que le Gouverneur de Dédougou du Burkina Faso, présent à Ségou à l’occasion de cette Biennale, a remercié son homologue malien pour l’accueil chaleureux qui lui a été réservé.

Il en a profité pour offrir un cadeau d’amitié à son homologue de Ségou et la somme de 50 000 Fcfa aux griots ou « Djélis » qui animaient cette série de conférences.

Abdoul K KONE

12 septembre 2005.