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« On a les hommes politiques que l’on mérite ». Cette expression, les Français la connaissent sans doute mieux que quiconque, à l’exception peut-être de nos amis Américains… Forcément, depuis le temps qu’on nous la rabâche cette fameuse expression…

La palme de la semaine revient sans doute à Jean-Pierre Raffarin, ancien premier ministre de Jacques Chirac, rendu particulièrement célèbre par cette petite phrase lancée devant les jeunes du Parti populaire européen (PPE), lors de la campagne référendaire sur le projet de traité établissant une constitution pour l’Europe : « The yes needs the no to win against the no ».

Pour les non anglophones, comprendre : « Le oui a besoin du non pour gagner contre le non ». Atterrés, les Français ne furent pas les seuls à se demander où notre éminent représentant gouvernemental était allé cherché une formule aussi risible.

Pour l’anecdote, des amis allemands sont encore hilares lorsque l’on évoque cette raffarinade. Cette semaine, notre bon Pointevin en a remis une couche, sur un autre sujet : les présidentielles.

Devant « 1500 convives réunis dans un grand hôtel parisien par ‘Dialogue et Initiative’, club cofondé en 1998 avec Jacques Barrot, Michel Barnier et Dominique Perben », relate l’AFP, Raffarin a cette fois exhorté ses amis de l’UMP à être les « casques bleus de l’union (de la droite) », histoire que le séisme de 1981 ne se reproduise pas.

Pas celui du 21 avril 2002, où Le Pen s’invitait au second tour des présidentielles, mais bien celui que provoqua en son temps François Mitterrand en accédant à la plus haute marche de l’Etat.

Pour mémoire, la droite mettait alors en garde les Français, les préparant psychologiquement à voir débarquer les chars russes dans les rues de Paris… En fait, si l’on prenait les propos de Raffarin au pied de la lettre cela donnerait quelque chose de semblable à cela : si les socialistes gagnent, Poutine prendra le contrôle de la France.

Si l’extrême-gauche passe, Paris ne sera rien de plus qu’une enclave espagnole de Type Melilla ou Ceuta – forcément, comment pourrait-il en être autrement de la part de ceux qui s’émeuvent que l’on puisse traiter autrement que dignement des immigrés, pour certains clandestins… ; si c’est le Pen, un régime excluant toute notion d’immigration, choisie ou non.

Bref, une France repliée sur elle-même, option tourelles et mitrailleuses avec. Une vision certes un peu caricatural mais sans doute la moins éloignée de l’esprit du programme du président du Front national. Grosso modo, celui qui n’aurait pas compris que seul Sarkozy peut sauver la France de tous ces périls ne serait qu’un pauvre imbécile.

La démarche électorale est un peu simpliste mais faut-il vraiment encore s’en étonner ? Reste que l’on aurait pu attendre de la presse française qu’elle joue un tant soit peu son rôle de garde-fou. Quelle nuance cette vision réductrice, sinon démagogique, des choses.

Mais si l’on a les hommes politiques que l’on mérite, sans doute la maxime vaut-elle aussi pour les médias, étrangement de plus en plus mal en point – la faute au Marché, nous dit-on. Mais question : pourquoi achète-t-on un quotidien ?

Naïvement, serait-on tenté de penser, parce qu’on y apprend quelque chose. Parce qu’un média est certes fait pour nous informer – depuis le terrain – mais aussi, peut-être, pour pousser plus en avant la réflexion sur tel ou tel sujet. Parce que l’on peut espérer de lui qu’il soit un brin critique quand la situation s’y prête.

Ne parlait-on pas un temps de quatrième pouvoir ? Pas dans le sens institutionnel du terme mais bien plus citoyen. Le problème aujourd’hui est que médias et politiques ne semblent plus faire qu’un. Quand Chirac explique que deux mois de campagne sont amplement suffisants pour une présidentielle, nul journaliste ou presque ne s’en émeut.

Quand un rédacteur en chef vous expliquait encore début 2005 que l’Europe n’intéressait personne, qu’elle n’était pas vendeuse et qu’il n’y avait donc pas lieu d’en couvrir l’actualité quand bien même les décisions communautaires influenceraient 70% de notre droit interne, même son de cloche.

Alors oui, de nombreux mea culpa ont depuis été faits : à l’issu du référendum constitutionnel européen, tous le médias ou presque nous ont promis plus d’Europe. A l’issu du 21 avril 2002, moins de gros titres sur l’insécurité, réelle ou supposée.

Reste que tout comme en politique, les promesses n’engagent que ceux qui veulent bien y croire. Et puis n’est-il pas connu que l’adoption d’un petit Malawi par Madonna intéresse bien plus les lecteurs que la remise en cause de la pertinence de certaines analyses politiques…

Il n’y a pas si longtemps de cela, la presse était la première à s’indigner du virage people que choisissaient de prendre les chaînes privées de télévision, Tf1 en tête. « Comment, des émissions de divertissements débiles à 19h ?! Comment, de la téléréalité avec de parfaits inconnus écervelés en prime time ?! »

Oui mais voilà, l’audience suivant, non seulement ces programmes sont devenus incontournables mais la presse – sérieuse -, aidée de quelques patrons et rédacteurs en chefs, fins connaisseurs des attentes des Français, choisissent aujourd’hui la même voie.

Alors on fait toujours plus court, quitte à ne plus rien expliquer. On ne prend surtout pas parti de peur de diviser : officiellement, cela s’appelle l’objectivité journalistique…

Et cerise sur le gâteau, on ne s’étonne même plus que personne ne réagisse à une raffarinade ou de voir repris, sans davantage de commentaires, ce merveilleux sondage expliquant qu’à l’issue du premier débat entre les trois candidats à l’investiture socialiste pour les présidentielles, Dominique Strauss-Kahn apparaît comme le gagnant de l’exercice pour ceux qui ont vu l’émission et Ségolène… pour ceux qui ne l’ont pas vue !

D’ici à ce que l’on vote pour E.T., il n’y a pas loin… Pas plus tard qu’avant-hier soir, un journaliste me demandait sur une radio allemande pourquoi le monde politique et la presse allaient mal en France.

Pourquoi de plus en plus de Français se tournaient vers les blogs, de citoyens dits « reporters » ou de journalistes « bougons », au ton souvent bien moins consensuel que celui diffusé dans les médias traditionnels.

Allez savoir pourquoi… Le commentaire laissé par Jean-Claude, suite à la dernière chronique de 55e Faubourg Saint-Honoré me laisse encore sans voix tant il reflète l’ahurissante situation française du moment : « Ce qui est grave dans le cas des banlieues et tout particulièrement de la mienne (93) c’est que les politiques jouent à la roulette russe en permanence. L’équilibre précaire maintenu par les élus locaux est remis en cause par des déclarations ‘sanglantes’ de candidats à la présidence de la République, qui évitent bien entendu d’habiter dans les endroits qu’ils stigmatisent.
La couverture médiatique est quasi nulle mais les ‘reporters’ sont en attente du moindre fait divers pouvant allumer à nouveau des incendies ou émeutes. Le reste du temps, personne ne vient. Signe des temps, je suis sollicité en tant que blogueur pour accepter de faire des micro trottoirs ou écrire des papiers sur ces ‘zones de non droit’.
»


Christophe Nonnenmacher

Blog : http://55efaubourgsainthonore.blogspirit.com

20 octobre 2006.