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Que pense l’Organisation des Nations-Unies (ONU) de la possibilité d’une guerre pour libérer le territoire malien ? Comment pense-t-elle organiser cette intervention ? Pour être légitime, toute intervention militaire d’une coalition internationale doit satisfaire une condition cardinale qui est d’ordre juridique et politique: il faut qu’un instrument international (généralement une résolution du Conseil de sécurité) autorise ladite intervention et encadre rigoureusement le déroulement pratique des opérations.

jpg_une-1081.jpgAlors, qui fera quoi ? Qui apportera quoi ? Qui commandera les opérations ? Quelle est la portée et les pouvoirs d’intervention reconnus aux forces mobilisées ? Ce sont les quatre questions majeures auxquelles la résolution des Nations-Unies doit apporter des solutions idoines. Ce n’est donc pas une « simple autorisation d’aller guerroyer » que le Conseil de sécurité donne à une éventuelle coalition internationale. L’instrument juridique de l’organe de maintien de la paix a pour objectifs principaux de fixer les contours de l’intervention militaire (forces, commandement, mandat, etc.) et de définir les modalités pratiques du déroulement des opérations sur le terrain.

Il ne s’agit pas, juste de permettre au pays de l’Oncle Sam (Etats-Unis) d’aller tirer quelques bombes afin de tester ses capacités militaires et son armement. Or depuis des années, l’ONU a connu des déboires successifs qui la poussent à se montrer de plus en plus prudente concernant les interventions militaires tous azimuts. Elle n’a même pas encore fini de se dépêtrer de ses deux immenses bourbiers, sous couverture des Etats-Unis et de leurs alliés de l’OTAN : l’échec retentissant de la guerre interminable en Irak, et le fiasco de l’intervention en Afghanistan contre les Talibans. Rappelons cependant que toute autorisation de l’ONU est soumise à un consensus entre les grandes puissances mondiales détentrices du Droit de véto au Conseil de sécurité.

Donc, les intérêts des «Cinq Grands» doivent être en convergence sur le dossier en débats. Si les Etats-Unis, la Chine, la Russie, la Grande-Bretagne et la France ne sont pas d’accord pour autoriser une intervention militaire, les autres membres du Conseil de sécurité (qui sont pourtant majoritaires, rappelons-le) ne peuvent prendre aucune initiative: leurs demandes resteront donc au stade de « vœux pieux», malgré la nécessité, la pertinence et l’urgence de l’intervention sollicitée.

Compte tenu de tous ces impératifs de consensus et des précédents échecs, l’ONU a décidé de se désengager de plus en plus de la question du règlement militaire des conflits mondiaux, en « passant la main » aux organisations régionales comme la CEDEAO et l’OTAN. Or, sur la crise malienne, l’ONU est ardemment sollicitée, ne serait-ce que pour apporter son soutien logistique à l’organisation ouest-africaine, tout en «couvrant» juridiquement les opérations grâce à une résolution du Conseil de sécurité. C’est dans ce sens que le 26 septembre dernier, devant la tribune du Conseil de sécurité, le Premier ministre malien avait demandé à l’ONU de prendre une résolution pour autoriser l’intervention de troupes internationales dans son pays, tout en plaidant pour un règlement rapide de la crise malienne par des voies militaires et affirmant que « le temps des négociations est passé ».

Malgré ce brillant plaidoyer de Cheick Modibo Diarra, les maliens craignaient que l’ONU fasse la « sourde oreille » a cette sollicitation, obligeant ainsi la CEDEAO à prendre ses responsabilités et à faire face seule à la crise malienne. La position de l’ONU penche plutôt vers la seconde option: par son « silence diplomatique », l’Organisation internationale veut plutôt obliger la CEDEAO à s’engager plus activement et formellement dans le règlement militaire des conflits dans sa sous-région, sans attendre constamment son aide. Il ne reste donc plus qu’à appeler la CEDEAO à plus de responsabilité afin de régler de manière autonome la crise malienne car elle en a non seulement la capacité militaire, mais aussi la possibilité juridique.

Paul N’Guessan

Le Combat du 8 Octobre 2012