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La polyarthrite n’est plus une maladie à présenter. Pour rappel,c’est un rhumatisme inflammatoire chronique. La polyarthrite rhumatoïde provoque des gonflements douloureux au niveau des mains, des poignets, des genoux… L’atteinte de plusieurs articulations donne son nom à la polyarthrite rhumatoïde.

La polyarthrite rhumatoïde est une maladie fréquente. Mais malheureusement 90 % des malades au Mali arrivent dans les hôpitaux avec déjà des déformations et des complications. La maladie peut se déclencher à n’importe quel âge et touche principalement les femmes. 75 % des personnes atteintes par la maladie sont des femmes. A noter que la Polyarthrite est aussi le plus grave des rhumatismes compte tenu du risque de développer des destructions articulaires irréversibles avec des déformations articulaires source de handicap important. (Comme on peut le voir sur l’image ).

Selon la rhumatologue Mme Dembélé Maïmouna sidibé

“On utilise le terme arthrite quand il y a de l’eau dans l’articulation. L’apparition des symptômes de la maladie, si des mesures ne sont pas prises à temps il va arriver à un moment où la croissance au niveau de cette articulation va s’arrêter. C’est-à-dire, si c’est au niveau du bras, l’enfant aura un bras plus long que l’autre et si c’est au niveau de la jambe il aura une jambe plus longue que l’autre. Chez l’enfant, il faut que la maladie soit détectée rapidement pour prévenir aux déformations qui peuvent en découler. Il faut comprendre qu’une fois atteint on ne plus être guéri du rhumatoïde, mais on peut mener une vie normale avec la maladie quand on fait un suivi régulier. Le traitement se fait le plus souvent avec des médicaments de première intensité qui coûtent très chers. Ce n’est pas une maladie qui est causée par une germe ou des microbes, mais provoquée par la présence de l’eau dans les articulations. L’arthrite est une maladie héréditaire, quand les parents sont atteints, l’enfant est prédisposé à la maladie”

C’est effectivement le cas de Oumou Konaté, qui l’a héritée de son père : “ Ce sont des douleurs atroces et surtout quotidiennes. On vit avec cette maladie. Derrière nos sourires c’est des douleurs diminuant nos mouvements d’épaules, de hanches, des pieds au quotidien. Vous savez comme si plein de fourmis vous piquaient en même temps sur une partie du corps. Dès fois je fais semblant de chasser “ces fourmis” mais à vrai dire ce sont les douleurs de la polyarthrite. C’est à l’âge de 20 ans ( aujourd’hui j’en ai 42) que j’ai commencé à ressentir des douleurs intenses, des gonflements et des inflammations dans les articulations jour après jour et allant jusqu’à 6 mois, voire plus. C’est alors que mon père m’a amenée chez son docteur qui a confirmé le diagnostic. Aujourd’hui mes articulations des doigts, de poignets, des coudes, des épaules, des pieds, des genoux et des hanches sont enflées. Si le diagnostic était fait précocement j’aurai pu éviter tout cela”. C’est le gros bémol aujourd’hui auquel est confronté les médecins maliens. Beaucoup de malades viennent avec déjà des complications sans savoir réellement ce qu’ils ont comme maladie.

Une sensibilisation peu poussée ?

C’est tout au moins ce que nous explique la sage-femme monitrice, Bintou kane d’une clinique médicale. Cette dernière souhaiterait voir plus d’échanges entre les autorités et les malades.”Qu’ils leur expliquent leur contrainte et sollicitent un peu d’aide de leur part. En plus de cela, pour une guérison ou un apaisement des douleurs, les séances de discussion entre les malades sont très préconisées. C’est des options thérapeuthiques efficaces pouvant aider des cas à apprendre plus sur leur maladie, à se sentir compris parce qu’ils ne sont pas les seuls à vivre ces douleurs. Cela peut aider des malades à diagnostiquer leur cas à temps pour une prise en charge plus rapide. Cette maladie lorsqu’elle est prise en charge de façon précoce, on arrive à éviter les malformations”.

Les médicaments de première intensité sont bien trop chers !

C’est une vérité très amère pour les personnes atteintes de cette maladie. Aujourd’hui c’est la préoccupation majeure de Assetou Camara, une malade : “Les médicaments de la polyarthrites sont chers et presque inaccessibles à nous qui sommes issues d’une classe sociale peu aisée. Certains médicaments comme l’IMETH qu’on m’avait prescrite en France coûte très cher au Mali. Et la cerise sur le gâteau, il ne fait pas parti de l’AMO ( l’ Assurance Maladie Obligatoire)”.

Comment faire alors pour que certains médicaments de la polyarthrite soient pris en charge par l’Assurance maladie et le gouvernement ?

Selon une source bien informée , “ Ceci doit être un combat de l’Association Malienne des Malades de la Polyarthrite Rhumatoïde (AMMAPR). Mais depuis les fanfarons de la 22ème journée mondiale des malades de la polyarthrites organisée à l’hôtel salam,en 2017, cette année, je n’ai pas eu écho d’une quelconque commémoration. De plus, ce n’est pas des conférences organisée les 12 octobre ( journée internationale de l’arthrite) qu’on va tout d’un coup se souvenir de nous! Il faut qu’il y ait des dons pour nous les malades et même s’il y en a, qu’on voit les traces. Parce que jusque là, je crois qu’on nous donne plus que nous recevons dans cette association.”

L’Association Malienne des Malades de la Polyarthrite Rhumatoïde (AMMAPR) a fait de son combat le soutien des malades mais aussi la sensibilisation de l’opinion publique et les responsables politiques à prendre en compte le calvaire des victimes de cette maladie. Mais certains sollicitent encore et toujours plus d’espace d’échange entre les malades, plus de dons et plus de faveur sur le plan professionnel à leur égard. Car selon eux, leur maladie est un combat silencieux qu’il mène tous les jours pour survivre. Et derrière leur sourire, c’est des brûlures dont eux seuls connaissent la vraie intensité !

Aissata Keita,

Bamako, le 05 Novembre 2018

©AFRIBONE