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une-56.jpgDeux précieuses propriétés

Le vendredi 25 juillet dernier, alors qu’il travaillait tranquillement dans son bureau de Badalabougou, une de ses secrétaires vint lui annoncer qu’un certain Mensah Komi souhaitait être introduit auprès de lui. S.D. fit attendre son visiteur un court instant, le temps pour lui d’évacuer certaines affaires urgentes. Puis il autorisa l’inconnu à entrer. Mensah Komi laissait à première vue une impression favorable. Habillé d’un beau basin brodé de couleur verte, affichant un sourire engageant qu’éclairaient ses deux canines en or, faisant apprécier tout au long de la conversation un français impeccable, il indiqua qu’il était de nationalité togolaise et qu’il était envoyé par l’homologue de S.D. au Bénin.

Pour en venir à la raison de sa visite, il posa sur la table du directeur commercial un pot de fleur contenant une plante de laquelle s’échappaient des effluves des plus agréables. Mensah expliqua à S.D. qu’il s’agissait d’une plante aromatique qui avait deux précieuses propriétés : celle de tuer tous les insectes dans l’espace où elle était placée et celle de parfumer délicatement la pièce qu’elle ornait. En outre, elle présentait l’avantage d’être facile à entretenir puisqu’elle ne nécessitait qu’un arrosage par mois.

Comme nous l’avions dit, Mensah se comportait avec une très grande courtoisie et il vantait les avantages de sa plante sans donner l’impression de faire pression sur son interlocuteur. Ce dernier était déjà séduit par la plante miraculeuse et s’informa de son prix. Le Togolais lui indiqua qu’il cédait l’unité à 15.000 francs. Le prix ne fit pas sursauter S.D. Bien au contraire, il trouvait cet investissement plus que raisonnable pour une plante qui rendrait agréable à vivre tout lieu où il la poserait. Il se préparait donc à conclure l’affaire avec Mensah, lorsqu’un signal d’alerte s’alluma dans son esprit. Lecteur régulier de cette rubrique de l’Essor, S.D. se rappela de toutes les mises en garde que notre journal adresse régulièrement à propos de trop belles affaires proposées par de parfaits inconnus.

Il décida de tester l’air de rien son visiteur. Il lui demanda négligemment s’il avait le numéro de téléphone de son homologue béninois. Mensah Komi ne se troubla pas pour si peu. Il répondit qu’il était arrivé dans notre pays la veille et qu’il était sorti sans son carnet d’adresse, laissé selon lui dans sa chambre d’hôtel. L’hôte de S.D. promit de ramener le numéro demandé à sa prochaine visite. Le directeur commercial n’insista pas. Il avait dans un de ses tiroirs le répertoire de tous les agents de sa société qui remplissaient les mêmes fonctions que lui à travers le monde. Tout en continuant à converser avec Mensah, il fit sortir le document et se mit à le feuilleter discrètement.

Un style mielleux

Mais son visiteur n’était pas tombé de la première pluie. Il avait senti le changement presque imperceptible d’attitude de S.D. à son égard et avait compris qu’en s’éternisant il se préparait une situation désagréable. Il fit savoir au directeur commercial qu’il avait un taxi qui l’attendait au parking des visiteurs et qu’il allait le libérer pour ne pas avoir à payer trop cher l’attente. Il sortit en laissant derrière lui le pot contenant la plante aux remarquables vertus.

Après plusieurs longues minutes d’attente, le directeur commercial comprit qu’il venait d’échapper à une tentative d’escroquerie et que son très aimable visiteur avait pris le large en faisant la part du feu. Par acquis de conscience, il localisa dans le répertoire les coordonnées de son homologue béninois et l’appela pour l’interroger sur son visiteur. Son interlocuteur lui expliqua que leur collègue du Togo l’avait également appelé il y a quelques mois pour lui poser des questions sur la même personne qui l’avait abordé avec le même modus operandi.

S’étant fait une religion définitive sur son visiteur, S.D. appela l’Essor. Il tenait à nous narrer sa mésaventure afin que celle-ci puisse servir de mise en garde à nos autres lecteurs et évite à ceux-ci de se laisser endormir par le style mielleux de Mensah, l’homme aux dents en or et à la plante aromatique qui ne s’arrose qu’une fois par mois. Dans le bureau du directeur commercial, nous avons trouvé le fameux pot de fleur. Celui-ci contient en fait des plants de lavande, une plante aromatique d’origine méditerranéenne.

Pour mieux appâter ses victimes et augmenter le pouvoir odoriférant de son « produit », Mensah avait de toute évidence vaporisé un mélange très puissant de déodorant sur les feuilles et avait versé du parfum sur le terreau. Dès que vous approchez votre nez du pot de fleur, une odeur d’encens et de parfum vous monte aussitôt à la tête. Naturellement seules les abeilles oseraient s’approcher d’un tel cocktail de bonnes odeurs. Les autres insectes s’en éloigneraient à coup sûr.

Telle qu’elle se présente, la plante miraculeuse est incontestablement très séduisante. Il est donc fort possible que Mensah ait réussi à en placer quelques pots avant d’arriver à S.D. Il est aussi possible qu’il fasse des victimes dans d’autres villes de notre pays et peut-être de l’Ouest africain. Au cours du petit entretien qu’il a eu avec S.D., le Togolais avait dit qu’il poursuivrait sous peu son voyage sur Dakar. S’il n’est pas déjà parti pour d’autres cieux, soyez attentifs à celui qui viendra vous proposer une plante qui peut changer toute votre vie.

G. A. DICKO

Essor du 29 juillet 2009