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Le rapport de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) sur « l’exploitation minière et les droits humains » , publié la semaine dernière dans notre pays, à la suite d’une mission d’enquête internationale, a été très mal pris par le ministre de l’Energie, des Mines et de l’Eau.

Sous le coup de la colère et de l’émotion, le ministre Hamed Diané Séméga , au cours de son point de presse de mardi, s’est inscrit en faux contre le document qui, selon lui , « ne reflète pas la réalité » . Il s’est permis de qualifier ses auteurs de « n’importe qui et de gens qui manquent d’honnêteté intellectuelle » .

Dans sa diatribe, il n’a apporté aucun élément contradictoire au rapport qu’il incrimine de façon véhémente et dont les éléments ont été fournis par son département, les sociétés minières, les syndicats et travailleurs des mines, les populations des zones minières, entre autres.

Il est vrai, le Mali réalise 100 milliards de F CFA par an sur les ressources aurifères et plus de 70 % des recettes d’exportation proviennent du métal jaune. Mais qu’est-ce que cela a changé dans la vie du Malien moyen, dans le quotidien des populations vivant dans les zones minières ou même dans la vie de la main d’œuvre locale ?

Au Mali, les premiers responsables de l’Etat sont allergiques aux critiques même objectives. Certains refusent le débat d’idées estimant être visés. Il y a deux ans, le gouvernement avait sorti l’artillerie lourde pour apporter un démenti au classement du développement humain durable. Les plus hautes autorités avaient vu là encore un coup fourré du Système des Nations unies qui, à leurs yeux, n’avait pas tenu compte des chiffres réels mis à sa disposition.

Paradoxalement, l’Etat, qui boudait son classement parmi les plus pauvres fêtait avec faste quelques mois plus tard son élection au Millenium Challenge Account des USA, qui n’est autre qu’une prime à la pauvreté. Le président, à la tête d’une importante délégation, avait effectué le déplacement de Washington. Il fallait le faire afin de brandir le pactole comme un trophée de guerre tout en crachant sur le rang « peu enviable » d’avant-dernier des pauvres de la Terre.

La critique, en principe, permet toujours à un individu ou à un Etat de s’améliorer. Au Mali, hélas ! Mais, il n’y aura peut-être jamais de point de presse sur les 11 millions de thé achetés en une journée, décelés par le Vérificateur général au ministère des Mines. Au juste qui est le bienheureux fournisseur de cette marchandise ?

Abdrahamane Dicko

27 septembre 2007.