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Des quinquagénaires et même des septuagénaires se marient avec des jeunes filles ayant l’âge de leurs filles voire de leurs petites filles. Celles-ci deviennent très influentes dans la famille, au grand dam des premières épouses

Convoler en juste noce à un âge très avancé est une pratique courante dans notre pays chez les hommes. Ils sont nombreux nos grands-pères et papas, à vouloir vivre une nouvelle aventure amoureuse après la soixantaine.

Ils le font, au grand dam des épouses et de leurs enfants. Ces dernières noces communément appelées «tolasé muso» “tasalé ta muso” ont très souvent l’âge de leurs filles ou petites filles.

Une fois dans la cour du vieux, elles bouleversent l’ordre établi et s’érigent en vraies reines de la maison.

Une fois dans le ménage, il est acquis que la “petite épouse” est de toute évidence la préférée du vieux, la “bara muso”.

Paradant en terrain fraîchement conquis, la nouvelle élue ne se prive pas d’étaler les faveurs qui lui sont accordées et elle multiplie les caprices, simplement pour montrer l’emprise qu’elle exerce sur le maître des céans. Les autres épouses sont affublées du sobriquet “galo muso” et se voient reléguées à la case des regrets.

Et leurs confidents deviennent des murs de lamentations qui reçoivent leurs récriminations. Ces “grandes sœurs” se battent bec et ongle pour ne pas êtres entièrement dépouillés de leurs droits.

Une nouvelle vie

La polygamie est le régime de mariage le plus répandu dans notre société. Ses adeptes ne manquent pas d’arguments pour expliquer leur choix. Dans la société traditionnelle, les garçons se mariaient entre 17 et 18 ans ; les filles entre 13 à 15 ans.

À cause de la maternité, des travaux champêtres et ménagers, la femme est très vite affaiblie physiquement. À 50 ans déjà, avec les petits problèmes de santé, en plus de la ménopause, nos mères ont du mal à bien remplir les devoirs conjugaux.

L’homme se trouve donc dans l’obligation de prendre une nouvelle épouse, plus jeune. Parfois, la nouvelle a le même âge et même plus jeune que les propres enfants parfois plus jeune que ceux-ci. Malgré son jeune âge, elle devient la petite maman «Ba tchini» des enfants de la famille.

Elle doit du respect à la ou aux autres épouses qui sont considérées comme ses grandes sœurs. Ces grandes sœurs sont donc les conseillères et guides pour la jeune mariée qui s’occupera désormais en plus du mari mais de tous les travaux ménagers et autres petites corvées de la cour.

Moussa Samaké est un septuagénaire. «J’ai marié ma deuxième épouse, il y a seulement 3 ans. Elle est âgée de 24 ans et moi j’ai 72 ans. Elle s’occupe seulement de moi, de mon entretien et de mon hygiène», témoigne ce septuagénaire à qui la “petite épouse” a redonné goût à la vie.

«C’est une nouvelle vie qui commence avec elle. À la mosquée, mes camarades m’envient à cause de ma propreté et de ma bonne senteur», se réjouit le vieux Moussa Samaké. La tradition bambara veut que la “petite épouse” libère les premières épouses fatiguées par le poids de l’âge des contraintes du ménage.

«Ma petite épouse, Assitan, c’est mon pied, mes bras. Elle me fait tout en un mot», insiste Adama Diallo, un vieux de 81 ans. «Le matin, elle me fait de l’eau chaude pour ma douche et mes ablutions. Avant mon retour de la mosquée, le petit-déjeuner est déjà prêt et la chambre est nettoyée et encensée pour que je me repose avant le lever du soleil», se réjouit le vieux Diallo.


La dérive

Notre société évolue et se modernise. On pourrait tempérer ce jugement en soulignant que certaines coutumes continuent de prospérer, surtout celles dont la survivance arrange bien les affaires des hommes. Ainsi en est-il du mariage des jeunes femmes par les vieillards.

Celle-ci est aujourd’hui en pleine expansion, surtout au niveau des couches qui naguère ne la pratiquaient que parcimonieusement. Il s’agit notamment des vieux retraités et des vieux commerçants. Ne faites surtout pas de remarques aux hommes qui font le choix d’entretenir des foyers polygamiques.

Ils vous diront qu’ils ont la loi pour eux, aussi bien au point de vue traditionnel que de celui du religieux. Pourtant Dieu seul sait les problèmes qui surgissent actuellement de cette situation.

Les théologiens ainsi que les théoriciens de cette pratique vous diront que la base de la coexistence de plusieurs femmes dans le même foyer est l’égalité du traitement que l’époux doit leur réserver. Mais dans la réalité, ce principe est régulièrement battu en brèche.

Maïmouna Fofana est une vieille de dame de 68 ans. Après 47 ans de vie conjugale, son mari décida de prendre une seconde épouse. Une petite fille de 21 ans qui a l’âge du cadet de ses enfants. “Au début, elle me respectait. Après, elle devint très impolie et mon mari l’a soutenue. Lors d’une dispute, elle m’insulta. Mes enfants contrariés, la frappèrent. Et le vieux sans chercher à comprendre me renvoya de sa maison avec mes enfants. Grâce à la médiation de l’imam, je suis de retour dans mon foyer, mais mon mari ne m’adresse même plus la parole”, se lamente Maïmouna qui comme beaucoup de nos grand-mères souffrent à cause de cette pratique. Elles se voient écarter de la vie conjugale avec l’arrivée de la “petite épouse” de leurs conjoints.


Mariée à l’ami de son père

Dans les villages, les jeunes filles sont souvent forcées de se marier aux vieux amis de leurs pères comme «petites épouses». Une fois mariée, une fille est censée oublier son enfance et assumer le rôle d’une femme, entrant subitement dans une vie impliquant des relations sexuelles, la maternité et toutes les obligations domestiques qui incombent à une épouse.

«Un jour, on m’a juste amenée chez le grand frère de mon père et c’est sur place que j’ai entendu chuchoter que je venais d’être remise à la famille de mon futur mari dont les autres membres n’attendaient que le soir pour venir me chercher. Mon mari n’est autre qu’un ami de mon père», explique Oumou, une jeune épouse ayant vécu cette situation.

«Mon mari était aussi vieux que mon père. On m’a dit que je devais m’occuper de lui correctement pour renforcer les liens entre sa famille et la mienne», ajoute-t-elle. «Je me souviens du jour où j’ai été envoyée au puits d’où j’ai pu m’évader. J’étais comme une bonne à tout faire pour mes coépouses, en plus la nuit aussi je ne dormais pas. Car il fallait satisfaire le vieux», confie-t-elle.

Ramata Sylla avait 14 ans quand elle devenait la femme d’un vieillard. Après la mort de sa maman, sa tante s’était occupée résolument de lui trouver un mari pour qu’elle puisse prendre ses frères et sœurs à sa charge. «Je me souviens du jour où on m’a amenée mains et pieds liés chez mon mari. Il passa la nuit à me faire des promesses que je réfutais. Un mois après, je l’acceptais», raconte la petite Ramata qui a vécu le calvaire dans ce mariage.

«Mes deux coépouses me frappaient dès que le vieux sortait de la maison. Malheureusement, ce dernier mourut 2 ans après. C’est encore moi qui suis taxée de porte-malheur».

Malgré ces dérives, se marier avec un vieux, est actuellement à la mode chez les jeunes filles. Tant de jeunes filles parfois très jolies, âgées de 20 à 30 ans s’amourachent des hommes de 60 à 70 ans. Le but final est évidemment un mariage.

«Ma meilleure amie de 26 ans est la 3è épouse d’un vieux commerçant de plus de 73 ans.
Elle espère donc vivre dans l’opulence même à côté d’un vieux mourant
», explique Aminata, une jeune étudiante.

«Dans la famille, elle ne respecte personne. Et le vieux fait tout ce qu’elle dit. Le vieux a même banni son fils aîné à cause d’elle. Et elle s’en réjouit d’ailleurs. Ma copine a juré de prendre tout l’argent du vieux avant la mort de ce dernier», explique la jeune fille qui trouve ce comportement sidérant.

Doussou DJIRÉ

L’Essor du 15 février 2008.