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Il est largement admis que les conditions économiques sont un déterminant essentiel des migrations. Selon les modèles économiques d’inspiration néo-classique, la rationalité migratoire s’inscrit ainsi dans le déséquilibre entre les conditions défavorables des milieux de départ et celles plus attractives, des lieux de destination.

En effet, certaines théories ont ainsi expliqué les migrations du rural vers l’urbain comme un phénomune d’ajustement face aux déséquilibres résultant d’un système de dualisme économique entre des sites agricoles faiblement productifs et des sites urbains pourvoyeurs d’emplois.

Dans le contexte du développement, on oppose les zones rurales pauvres, excédentaires en main d’oeuvre au zones urbaines, alors en plein développement économique et demandeuse de main d’oeuvre.

En dépit de la crise économique et des contraintes liées à la dégradation de l’environnement qui sont entre autres :

la sécheresse, l’irrégularité des pluies, l’accroissement démographique et des ressources naturelles limitées, ont contribué à entretenir les mouvements migratoires et à inscrire le recours à la pratique migratoire dans les stratégies de diversification des revenus développés par les familles pour faire face à la détérioration des conditions économiques en milieu rural.

Améliorer la situation économique du milieu de départ

Il serait simpliste d’envisager les relations entre migrations et pauvreté dans un schéma de causalité univoque. Si le niveau de développement socio-économique est un facteur de migration, les mouvements migratoires peuvent en retour jouer sur le niveau de pauvreté du milieu de départ.

L’émigration peut contribuer à améliorer la situation socio-économique dans le milieu de départ en allégeant la pression sur les ressources et par les flux de moyens adressés par les migrants à leur communauté d’origine.

Mais elle peut aussi contribuer à entretenir, voire à dégrader, les conditions de vie quand la force de travail captée par l’émigration déséquilibre l’organisation du système de production locale.

Des chiffres

L’apport matériel des migrants internes dans leur milieu d’origine n’est pas négligeable mais consiste essentiellement en des aides ponctuelles destinées à la famille d’origine. La contribution des migrants internationaux s’avère plus substantielle.

Ainsi, les flux financiers transférés par les Maliens de l’extérieur à travers les réseaux bancaires ont été estimés à 52 milliards 507 millions de F CFA en 1999.

Ce chiffre est passé 113 milliards 280 millions de F CFA en 2000, auxquels il faut ajouter près de 61 milliards de F CFA ayant transité par les “circuits mallettes”. L’ensemble de ces flux financiers représente non seulement pour les familles mais aussi pour le Mali une importante source de devises qui confortent la position de change du pays.

La migration varie t-elle avec le niveau de pauvrete des regions?

L’analyse des différentiels régionaux en terme de pauvreté et de migration réalisée dans les parties précédentes a avant tout mis en évidence l’écart considérable entre la situation de la capitale et du reste du pays. C’est à Bamako que la pauvreté des conditions de vie évaluée par la disponibilité des infrastructures socio-économiques est la plus faible.

C’est aussi très majoritairement au profit de Bamako que s’opère la redistribution spatiale de la population malienne. En comparaison, les différences entre les autres régions sont relativement modestes.

Ainsi, la plage de variation de l’incidence de la pauvreté est de plus ou moins 30% autour de la moyenne dans les régions alors que le rapport s’établit du simple au triple entre Bamako et la moyenne nationale.

De même, l’indicateur de croissance est supérieur à 40% à Bamako, alors qu’il ne dépasse pas 3% dans aucune région. Si l’on s’en tient à cette bipolarité, la relation pauvreté/migration semble avérée. Mais qu’en est-il si l’on met à part la situation particulière de la capitale pour ne s’intéresser qu’aux autres régions ?

La relation est-elle confirmée : l’orientation des mouvements migratoires intérieurs se calque-t-elle sur la carte de la pauvreté conduisant les populations à quitter les milieux les plus défavorisés au profit de ceux qui le sont moins ?

Les indicateurs confirment dans une large mesure l’association énoncée par les intéressés entre pauvreté et migration. Classé parmi les pays les plus défavorisés du monde, le Mali est un pays d’émigration. A l’échelle nationale, c’est Bamako, la capitale économique et politique qui bénéficie principalement de la redistribution des populations liées aux migrations internes.


Liens entre pauvréte et migration au niveau regions

L’articulation entre pauvreté et migration se vérifie aussi à l’échelle régionale, mais en partie seulement. Ainsi, la région de Sikasso qui bénéficie de conditions naturelles favorables et d’une répartition satisfaisante des infrastructures socio-économiques s’affirme comme un pôle d’attraction migratoire.

A l’opposé, la région enclavée et désertique de Tombouctou où l’encadrement sanitaire, scolaire… est faible, connaît un déficit migratoire élevé. La corrélation entre les indicateurs de migration et de pauvreté des régions s’avère cependant relativement lâche.

Elle est modulée par les caractéristiques propres au contexte : enclavement et contraintes climatiques, caractéristiques des régions environnantes, pression démographique, organisation des relations entre les migrants et leurs familles, histoire migratoire passée, sont autant de facteurs qui interviennent dans la relation, mais de façon variable selon les régions.

Il s’avère par ailleurs que le niveau des migrations dans une région ne dépend pas tant du niveau général d’équipement en infrastructures socio-économiques que des inégalités d’accès à ses services. Les régions que les gens quittent sont celles où les populations privées d’encadrement socio-économique sont nombreuses.

C’est donc à la répartition régulière des infrastructures sur le territoire, plus qu’à leur quantité, qu’il conviendrait de veiller dans le cadre d’une politique de lutte contre la pauvreté et l’exode.

Mamoutou DIALLO (Stagiaire)

13 Mai 2008