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Hier, à partir de 8 h 30 déjà, un mini-embouteillage s’était créé devant le Palais de la culture qui abritait les cérémonies commémoratives de la Journée panafricaine des femmes. Entre les voitures et cars qui transportaient des femmes, des piétons se frayaient difficilement un passage pour entrer dans la cour.

Habillées presque toutes aux couleurs de la journée avec des coupes différentes (des ‘yorobani’ et des pagnes en général pour des dames, des jupes, robes et autres ‘regarde mon dos’ pour des demoiselles), elles voulaient toutes être les premières dans la salle.
« Si tu ne te dépêches pas, on n’aura pas de place », disait une femme à son compagnon avant de demander au gérant du parking si la cérémonie a démarré. « Non, pas encore, tu sais que les femmes ne sont jamais à l’heure, elles ont trop de protocoles. Pour s’habiller, se maquiller, se chausser, elles peuvent faire plus d’une heure de temps », répondit ce dernier. Dans le vide. Car la dame était déjà loin.

Derrière nous, un groupe de femmes se dirigeait vers la salle. Et parmi elles, une qui ne cessait de maudire son tailleur et de le traiter de tous les noms d’oiseaux, certainement pour un faux rendez-vous car elle n’arborait pas son uniforme.

Dans la salle, l’ambiance avait déjà commencé avec l’Ensemble instrumental national. Des banderoles bordaient le long de la salle de 1000 places qui était archicomble aux alentours de 9 h. Au milieu de la salle, l’ORTM avait déployé une armada de techniciens, de cameramen et de journalistes. A côté d’eux une vingtaine de confrères s’occupaient de tout et de rien en attendant l’arrivée des officielles.

Spectacles dans le spectacle

Et, ça y est, tout le monde se lève brusquement : c’est l’épouse du chef de l’Etat, Mme Touré Lobbo Traoré, toute rayonnante qui faisait son entrée en compagnie de la ministre de la Promotion de la femme, de l’Enfant et de la Famille, Mme Diallo Mbodji Sène et leurs suites. Elles ont été accueillies par la ministre de la Justice, Fanta Sylla, la secrétaire exécutive de la Cafo, Mme Traoré Oumou Touré et la secrétaire régionale de l’OPF, Mme Alwata Ichata Sahi sous un tonnerre d’applaudissements et sous les flashes des photographes. Pour saluer l’arrivée de la première Dame, deux griottes s’échangeaient le micro et « tiraient » ses louanges au point qu’on a dû leur retirer le crachoir.

Autour de nous, le spectacle ne manquait pas. D’abord une policière et une consœur de l’ORTM qui se disputaient proprement à cause d’une chaise. Ensuite notre voisine qui nous tympanisait. Elle appelait à la cantonnade les deux cameramen de l’ORTM (Demba Ouane et Harouna Diarra), qu’elle disait connaître pour leur signifier sa présence. « Il faut que je sois vue en gros plan », lança-t-elle dans un rire sardonique. Plus tard, elle défaisait et refaisait son mouchoir de tête, ouvrait son sac et prenait son miroir pour se mirer, nettoyait son visage et pourrissait l’atmosphère avec son déodorant bon marché qu’elle a utilisé malgré la marée humaine.

A 9 h 35 la cérémonie a commencé avec la lecture du programme, et vite, la scène est laissée au groupe Nyogolon, Lassidan et sa troupe. Pendant que ceux-ci faisaient rire la salle, une grosse dame a eu le mauvais réflexe de passer devant des spectatrices accrochées pour proposer sa marchandise : du jus de gingembre à 50 F. « He Allah, i bo an gnè sa », (quitte devant nous), s’écriait l’une d’elle. La dame s’est éclipsée sans mot dire avec sa marchandise.

Dans l’arrière salle des 1000 places, l’on avait installé deux écrans géants et les femmes qui n’avaient pas eu de places à l’intérieur se régalaient. Là aussi, les commentaires fusaient de toutes parts surtout quand Lobbo apparut en gros plan à l’écran. « Son habit est magnifique, moi je vais demander à mon tailleur de me coudre ce modèle ». « Ha, grobinè, si c’est à elle que tu te compares, tu es foutue, ça coûte une fortune ce modèle et qui sait si ça été cousu ici au Mali », devisaient-elles.

A la porte, une dame vendait des brochettes et à notre question de savoir pourquoi elle ne participait pas à la fête, « notre fête est pour ce soir », répondit-elle. A côté d’elle, un homme qui déversait tout le poids de ses gencives et canines sur un piquet de brochettes, sans être interrogé, allait répliquer : « si les femmes parlent de fête, c’est parce qu’elles ont quelque chose dans le ventre ».

Deux heures après le début de la cérémonie, des femmes commençaient toujours à « atterrir » au Palais de la culture sous le regard médusé des policiers.

Sidiki Y. Dembélé

01 Août 2006