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Pour le Bamanan, la musique est la combinaison harmonieuse de la chanson avec les sons produits par les instruments de musique : tam-tam, balafon, guitare, etc. A bien analyser le fond de ces chansons, on s’aperçoit qu’elles expriment des états d’âme, des sentiments et des émotions que l’on fait accompagner par des sons musicaux propres à assurer le repos et la détente.

Il paraît un effet normal pour l’homme de se reposer dans un cadre agréable après une journée harassante faite de labeur et de fatigue. Le besoin viscéral de se reposer et de se divertir est à l’origine de la naissance de la musique et de chant.

Dans la nature, à l’état sauvage, les chants des oiseaux et des insectes ont d’abord diverti et amusé le genre humain avant que celui-ci n’arrive à produire ses propres instruments de musique. On notera d’ailleurs que l’évolution de l’espèce humaine est allée de pair avec le développement des genres musicaux et chaque société a développé les siens propres.

De façon générale, dans notre société, l’apparition de la musique commence dès le bas âge lorsque les jeunes filles se regroupent la nuit après le dîner sur la place du village pour battre des mains, chanter et danser au clair de lune. Du côté des garçons, si ceux-ci ne chantent pas comme les filles au clair de la lune, ceux qui se sentent une vocation d’artiste peuvent jouer, à l’aide d’instruments rudimentaires façonnés par eux-mêmes, de morceaux soit de leur cri soit repris après d’autres.

Mais dans la société traditionnelle, l’artiste, surtout le musicien, étant considéré comme un fainéant, ces jeunes talents ne sont pas encouragés ; mieux on met tout en œuvre pour les écraser et les empêcher de s’épanouir. Ceci est particulièrement courant dans les cultures où l’art est le domaine réservé des hommes de caste comme les griots, les forgerons et parfois les anciens esclaves.

Chez les Bamanan, à l’âge adulte, la musique développée est celle rituelle des grandes sociétés d’initiation. Elle est spéciale, fermée et jouée uniquement à l’occasion de la célébration de la fête de ces sociétés. Elle est sacrée et renvoie aux grands principes fondateurs de la société bamanan, de même qu’elle relate certains événements graves survenus dans le passé.

Provenant du Ségou Fanga, on la retrouve dans toutes les zones de peuplement bamanan : Ségou bien sûr, le Baninkô, le Bélédougou et le Kaarta. Il faut aussi souligner que dans la société bamanan, chaque groupe ou corporation disposait de son propre art musical. Les fêtes des chasseurs par exemple étaient exclusivement animées par les musiciens de la chasse provenant de toutes les régions du pays, singulièrement du Wassoulou. De la même manière, les grands producteurs de céréales avaient leurs propres musiciens qui les louaient dans leurs chants et auxquels ils distribuaient des cadeaux.

Beaucoup de ces musiciens traditionnels ne jouaient pas pour l’argent, mais plutôt pour la renommée, c’est-à-dire la gloire. Quelques-unes de ces figures illustres sont décédées pauvres ou dans l’anonymat le plus total parce que la musique traditionnelle n’était pas produite pour être vendue et enrichir son homme.

Telle n’est pas la situation de la musique moderne entrée chez nous sous la colonisation. La formation des orchestres modernes, calquée sur le modèle occidental, a donné une autre orientation à la musique. Faite au départ pour divertir et amuser, progressivement la musique est devenue un gagne-pain comme l’exercice de la médecine, l’enseignement ou la menuiserie. Ses produits s’achetant comme n’importe quel article au marché (ce n’était pas le cas auparavant), les musiciens, pour vivre en ville, sont obligés de produire en quantité et se faire acheter.

La tendance s’est maintenant inversée parce qu’avant c’était la qualité qui était recherchée ; maintenant, c’est la quantité de cassettes sur le marché qui fait la loi. Au bas mot, la musique est devenue du commerce comme le sport ou le trafic des stupéfiants. La conséquence de cela est le nombre trop élevé de musiciens, de chanteurs. Il y en a tellement maintenant que même les techniciens de l’ORTM ne connaissent pas leur nombre exact.

Et chaque jour, de nouveaux talents voient le jour. A tel point que les griots sont dépassés et s’en remettent à Dieu. La concurrence sévit durement dans le secteur et fait des victimes à longueur de journée. A cela s’ajoute la piraterie devant laquelle même les plus hautes autorités du pays se disent désarmées et incapables d’agir. Tous ces éléments font que le musicien n’a pas la vie facile comme beaucoup le pensent. En fait dans la corporation, s’il y a des gros bonnets, il y a aussi plein de petits foulards qui battent encore de l’aile pour vivre.

De nos jours, la musique est devenue plus un gagne-pain qu’un moyen de divertissement et de détente. Alors qu’autrefois, on devenait musicien par vocation, maintenant, on fait des études et des stages de formation pour le devenir et se maintenir à un bon niveau. L’idée est même communément répandue maintenant que les choses sérieuses comme les études et le travail bien fait ne rapportent plus gros ; en revanche celles considérées comme futiles autrefois comme le sport et la musique le font.

C’est vrai qu’en Europe et en Amérique, les musiciens ne sont pas de pauvres hères, mais chez nous la profession n’est reluisante que pour quelques professionnels qui tirent leur baraka, eux seuls savent où, mais ne le disent pas bien évidemment.

Facoh Donki Diarra

18 mai 2007.