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Quoi qu’il en dise, le président ATT a eu chaud le 21 mars, quand les mutins sortent de leur base à Kati et s’emparent du palais de Koulouba. Le général n’imagine pas, un seul instant, que les mutins peuvent prendre d’assaut ce haut lieu. Bilan : 5 morts. Depuis ce soulèvement et le départ du Général qui est pratiquement à la fin de son mandat, tous les Maliens se posent la même question : Comment les mutins ont-ils pu atteindre Koulouba sans coup férir ?

Les mutins ont surtout profité d’un gros défaut de leur adversaire : l’excès de confiance. Aujourd’hui, le départ du général fuyard a permis aux Maliens de tous bords de comprendre comment ATT et son entourage géraient le pays. Ils ont compris les mécanismes d’un système qui a dilapidé une partie des ressources du pays. Principale source de recettes du pays, la douane est le corps le plus touché par la corruption. Presque systématiquement, une importante partie des ressources censées atterrir dans les caisses de l’Etat se retrouvent sur des comptes de quelques particuliers proches de l’homme. Un audit des dix ans de gestion donnera des vertiges. Loin d’être fortuit, l’état de délabrement de l’économie du pays s’explique en partie par cette gestion prédatrice.

La Constitution qui donne droit au président de l’Assemblée nationale de prendre la place du Général, c’est en tout cas la conséquence du non renouvellement de la classe politique. Dioncounda Traoré pourra-il se détacher de ces hommes sans foi ni loi ? Aura-t-il la tâche facile pour ramener la paix dans le nord du pays ? Mais le devoir de mémoire maintiendra vivace le souvenir de cette situation dans le nord de notre pays. Avec le souhait que les morts dorment en paix. Avec l’espoir que les blessés recouvrent la santé. Avec la joie que les déplacés reviennent au bercail. Avec la conviction que le peuple malien saura émerger du cauchemar dans lequel l’ont plongé ces drames. Avec la certitude que les survivants sauront panser leurs plaies et se libérer des restes d’un terrible choc traumatique.

En dehors de cette situation, nous sommes face à une administration malade, l’école sous le règne du président ATT est toujours paralysée par des grèves des enseignants. Ces réalités, tel un cancer, font courir à notre pays un risque majeur. C’est douloureux, en effet, pour un pays de se mettre à la diète forcée. La bonne formule pour une sortie de crise honorable, sans casse majeure ni dommage irréparable.

Nombre de Maliens, et non des moindres, auraient dû se taire ces jours-ci plutôt que de s’illustrer par une gestion malheureuse, sinon calamiteuse de la parole publique. Et quelle catastrophe quand cette parole est relayée par les médias qui, comme on le sait, amplifient tout. Les médias agissent, en effet, comme des lunettes à fort grossissement. Loin de nous l’idée de tuer le débat dans une société de liberté comme celle que nous nous appliquons à construire. La vitalité d’une démocratie ne se mesure-t-elle pas aussi à l’intensité des échanges d’idées et de points de vue entre les citoyens soucieux de dire leur part de vérité dans un débat à plusieurs voix ? Tout un chacun y va dans le débat, à sa manière.

Ceux qui sont pour et ceux qui sont contre ce coup de force de la junte. Et les premiers qui, sur ce chapitre, doivent battre leur coulpe, ce sont nous les journalistes, nous gens des médias, appelés par les conditions mêmes d’exercice de notre profession à nous commettre publiquement, par la plume, par la parole, par l’image, mais sans toujours bien appréhender le poids de nos responsabilités, individuelles et collectives, dans nos différentes élaborations journalistiques.

Destin GNIMADI

Le Prétoire du 20 avril 2012