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“Il a peu d’entreprises dans nos pays en voie de développement, mais beaucoup d’affaires de genres divers. L’affairisme se définit par sa préoccupation exclusive de gagner de l’argent par tous les moyens. De ce point de vue, l’affairisme englobe la corruption, la concussion, les trafics d’influence, le népotisme, la fraude et toutes sortes de trafics”. Aucun autre propos, ni aucune autre analyse, ne pourraient mieux décrire, plus que cette remarque d’ATT, ce lancinant problème qui, à force de détruire la vie des citoyens et de compromettre leur avenir, s’est finalement érigé en loi du silence sous nos cieux : la corruption et la délinquance financière.

Mais à quoi, diable, est lié ce phénomène devenu désormais un effet de mode ? Le Président de la République en donne un élément de réponse (entre autres) : “Probablement, cela tient au poids de l’Etat dans les pays en voie de développement où, en dépit du libéralisme, il demeure un acteur majeur du jeu économique ; à la faiblesse de la socété civile, dont fait partie le secteur privé, et qui explique l’absence de contre-pouvoir, face à la prédominance économique et politique de l’Etat. Il y a peu d’alternative à la fonction publique et aux pastes de responsabilité politique. Certainement que cela tient aussi aux modes de consommation. Il est important de comprendre ces aspects socio-économiques et culturels, pour conduire une lutte efficace contre la corruption“.

Et puisqu’il ne s’agit plus de se complaire dans le constat que le phénomène est mondial, africain ou sous-régional, encore moins de s’en satisfaire, il va donc sans dire que cette lutte implique toute la société malienne, sans exclusive : société civile, associations de femmes et de jeunes, organisations socio-professionnelles, syndicats, ordres, comités d’éthique, cultes religieux, notabilités, professionnels des médias, secteur privé, administrations d’Etat, partis politiques, personnes ressources, Maliens de l’extérieur…

Où se trouve la racine du mal?

Il ne s’agit plus, comme le constate le Chef de l’Etat, “de se limiter à l’indignation morale ou à la dénonciation outrée”, mais de vaincre le mal en l’arrachant par la racine, telle une dent pourrie. Mais pour ce faire, il faudra désormais, aussi nécessairement qu’obligatoirement, une redéfinition des rôles, missions et prérogatives des agents de l’Etat, ainsi qu’une rééducation morale et mentale de tous ceux qui sont chargés de la gestion des sous de l’Etat, de tous les citoyens, qu’ils soient bénéficiaires ou non des prestations de l’Administration.

C’est dans ce cadre qu’ATT l’a si bien compris, qui dit : ”il n’y a pas de corruption sans corrupteurs et corrompus. La question se pose de savoir : de quel côté vient le mal qui gangrène nos sociétés? Vous comprenez aussi que le défi n’est pas de se quereller autour des responsabilités du phénomène. Le défi, c’est de comprendre les facteurs qui favorisent la corruption et d’expliquer pourquoi il est nécessaire, et même vital, pour un pays comme le Mali et un continent comme l’Afrique, de combattre la corrupion sous toutes ses formes. Enfin, et c’est le plus important, comment combattre durablement et efficacement la corruption ?“.

Là réside tout le noeud gordien du mal, surtout quand on sait qu’en dépit des efforts de tous les Chefs d’Etat maliens qui se sont succédés au pouvoir (de Modibo Keïta à Alpha Oumar Konaré, en passant par Moussa Traoré), le mal (que disons-nous?), le fléau n’a fait qu’empirer d’année en année. C’est que de nombreux cadres de l’Etat et autres personnalités haut placés n’ont que faire du manque à gagner de l’Etat, du chômage endémique des jeunes (diplômés surtout), de la détérioration de la qualité de l’enseignement, des minables conditions de vie de la majorité de leurs concitoyens…. Tout ce qui leur importe, c’est d’amasser plus l’argent, toujours plus, quels qu’en soient les voies et moyens, pourvu qu’à la fin, ils s’en sortent financièrement et statutairement assurés, couverts et protégés pour tout le restant de leur vie.

Un phénomène complexe

Mais quid de la prise de conscience? Sur ce plan, tous les Maliens souhaitent que ce cri du coeur d’ATT soit entendu : “Il s’agit d’une prise de conscience collective. Aussi, c’est chacun de nous qui est interpellé en des termes très simples : au delà de ma personne et de mes intérêts individuels, quelle est mon ambition pour le Mali ? Autrement dit, qu’est-ce que je fais pour faire avancer mon pays, pour donner à mon pays les raisons et les moyens de préserver sa dignité, pour être fier de servir, et non de me servir ?”.

Mais le véritable mal, c’est que de nos jours, peu de Maliens nourrissent ces notions de civisme, de patriotisme, de responsabilité ou de dignité, dès qu’il s’agit de se remplir illicitement les poches au détriment de leurs semblables. Bref, ils ne se sentent guère interpellés par le problème. C’est surtout cela qu’il faut continuellement décourager, voire combattre par tous les moyens permis.

Surtout que la corruption s’est derechef installée en “maîtresse des lieux” au sein de la société, imposant ses règles et rendant le phénomène encore plus flou, voire “sophistiqué“. Toute chose que reconnaît le Chef de l’Etat : “La corruption est un phénomène complexe, aux formes de plus en plus sophistiquées ; mais surtout, elle implique la loi du silence : corrupteur et corrompu sont des complices. Aussi, chaque pas fait dans le sens de réduire la corruption , si minime soit-il, doit être salué à sa juste mesure. Chaque acquis doit être renforcé et intensifié“.

C’est dire, en d’autres termes, que la lutte contre “l’épidémie“ (la corruption) étant une lutte de longue haleine, elle nécessite urgemment l’adaptation continuelle des normes, principes et procédures de gestion des ressources publiques, des mécanismes de contrôle et d’évaluation des structures en charge de la prévention et de la répression.

Il faut un réel sursaut national

“Il n’est un secret pour personne que la qualité de la formation intellectuelle et morale des hommes et des femmes commis à des tâches de développement est un facteur important de la réussite de nos programmes“, constale le Président de la République. Mais il ajoute : “Il ne suffit pas cependant de mettre en branle l’arsenal repressif (NDLR : en effet, cela ne suffira pas). Il faut aussi, en nous inspirant de nos propres expériences et des expériences pertinentes des autres pays, améliorer le cadre du travail de tous ceux qui sont imliqués dans la gestion de affaires publiques (NDLR : tout en espérant que cette améloration leur suffise)“.

C’est dire que la complexité du phénomène en appelle forcément à une prise de conscience de tous les Maliens: c’est l’une des seules chances, pour notre pays, de réléguer la corruption aux calendes du passé. Ce que confirme ATT : “Il nous faut alors susciter un sursaut national, une mise en cause de certains de nos comportements, par rapport non seulement aux exigences de l’Etat de droit, mais ausi à la nécessité d’acc roître les resources de l’Etat, de les sécuriser, de les protéger et de les utiliser exclusivement pour les besoins du développent du pays“.

Ce sursaut national en appelle donc non seulement à une mobilisation populaire en vue d’anéantir le mal, mais implique aussi une détermination de “crever l’abcès”, comme on dit. “Cette prise de conscience doit déboucher sur une meilleure implication de la population dans la lutte contre le fléau, et favoriser l’émergence, chez nos concitoyens, d’une forte exigence, par rapport à l’intégrité morale, à la sauvegarde du bien public, et à la fourniture de services corrects et performants. Cette dimension pédagogique est essentielle“, signale le Chef de l’Etat.

En conclusion, une mobilisation populaire s’avère capitale en vue de “crever l’abcès“ de cette cette corruption, une plaie qui n’est plus que “gangène pestilentielle”. Cela est possible, pour peu que tous les citoyens s’y mettent consciencieusement, en s’appropriant ces propos d’ATT : “…Nous avons pris le parti d’en parler sur la place publique, de ne pas dissimuler les problèmes ; car chaque franc compte dans le combat implacable que nous menons contre la pauvreté et pour le bien-être des Maliennes et des Maliens. Dans cette lutte contre la corruption et la délinquance financière, nous devons combiner les possibilités que nous offrent, d’une part, la mémoire, d’autre part, l’imagination : la mémoire pour capitaliser les expériences vécues, et l’imagination pour construire des solutions nouvelles et des démarches novatrices, susceptibles d’éclairer et d’orinter utilement nos efforts de développement ”.

Oumar DIAWARA

03 décembre 2008