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“En des temps immémoriaux, Dieu parlait aux hommes. Mais ces temps ne sont plus des nôtres, hélas ; parce que de nos jours, nous ne parlons plus le même langage que Dieu”. Ainsi s’exprimait, en soupirant, un vieux notable de village qui nous rapportait cette vieille anecdote. Un conte ou une fable? Peu importe, puisque l’histoire -et l’Histoire, en général- est toujours pleine d’enseignements.

En effet, ladite histoire démontre jusqu’à quel point la justice humaine est sujette à l’erreur qui, elle-même, dépend des sentiments humains. Ces sentiments étanteffectivement mus par toutes sortes de considérations inhérentes à la nature même de l’homme ( bonté, vanité, orgueil, timidité, méchanceté, humilité…), il est très rare que la justice humaine soit rendue de manière impartiale.

La justice ! Quel mot dont la responsabilité aussi dangereuse que redoutable ! “, avertissait l’écrivain français, le Duc François De La Rochefoucauld (1613-1680). Aussi, combien d’innocents croupissent (et croupiront encore)dans les prisons, de par le monde, à la place des vrais coupables?

Combien d’entre eux ont été exécutés par la justice des hommes, et cela, en toute conscience, parce que tous les témoignages et preuves de culpabilité militaient en leur défaveur, alors qu’en Vérité, ils n’étaient point coupables? Combien d’erreurs (pour ne pas dire d’horreurs) judiciaires ont séparé parents et amis, endeuillé des familles et plongé des justiciers (juges, magistrats, et même avocats…) dans le chagrin et le remords?


La justice de l’Homme

C’est dire qu’autant la justice divine est sans commune mesure avec celle des hommes, autant il faut reconnaître, hélas, que nul n’est infaillible, surtout en matière de justice. Comme va le prouver l’anecdote de notre vieil homme qui débute ainsi. Dieu s’adressa à l’homme avec indulgence et dit : “Homme, tu ne peux juger l’homme”.

Ce dernier protesta et insista : “Seigneur, je le peux ! ” Alors Dieu, compatissant, lui répondit : “Soit ! Monte sur cet arbre, près de l’eau, et observe attentivement ce qui va se passer. Ensuite, tu me feras le compte rendu de ton jugement”.

L’homme obéit ; et quelques instants plus tard, un homme transportant un sac plein d’or se présenta au bord de l’eau, y pénétra jusqu’aux hanches, cacha le sac au fond et s’en alla. Arriva un singe qui, en voulant batifoler dans l’eau, heurta le sac d’or gisant au fond, s’en saisit, le détacha, dispersa le contenu dans l’eau, le remplaca par des cailloux et déposa le sac au bord de l’eau.

Survint un autre homme qui découvrit le sac, s’en empara et voulut s’enfuir avec. C’est alors qu’il fut surpris par le propriétaire de l’or qui revenait sur ses pas. Aussitôt, une bagarre éclata entre les deux hommes, chacun s’attribuant, avec force arguments, la propriété du trésor… qui n’en est d’ailleurs plus un : ce qu’ils ignoraient tous deux.

C’est à ce moment que le Juge mandaté par Dieu (l’Homme) qui, du haut de son arbre, avait suivi toutes les scènes, descendit de sa cachette, rattrapa le singe et le bastonna correctement. Ensuite, il condamna le voleur (celui qui voulait fuir avec l’or), le tua et restitua le sac d’or à son propriétaire ( celui qui avait caché le sac au fond de l’eau.) Ce dernier continua son chemin.

Le Juge de Dieu croyait ainsi avoir jugé l’affaire sans commettre d’erreur. Certes, il l’avait fait en toute bonne foi, en âme et conscience, puisqu’il avait suivi toutes les scènes de ladite affaire. C’est dire qu’il en possédait toutes les preuves et qu’il n’en n’ignorait aucun détail. Pourtant, il se sra gouré (trompé) sur toute la ligne !…

La leçon de Dieu

Après qu’il ait fait le compte rendu de sa justice à Dieu, Le Tout Puissant et Miséricordieux garda le silence. Il entrepris tout d’abord de… ressusciter le tué, qui détala sans demander son reste. Ensuite, il se tourna vers l’Homme et lui dit : “Tu t’es trompé du tout au tout. Certes, tu as jugé en toute bonne foi et selon ta morale et ton équité.

Mais il y a des choses que tu ignores dans cette affaire et que tu n’as d’ailleurs pas cherché à savoir. Des choses antérieures à cette affaire, et que même le propriétaire, plutôt le prétendu propriétaire de l’or, ne sait pas, son voleur encore moins”.

En Vérité

Alors, Dieu éclaira la lanterne de l’Homme. Et ce qu’il lui révéla était loin de tout ce que ce dernier pouvait imaginer. Le Tout Omniscient et Le Tout Omnipotent lui dit : “En vérité, celui que tu croyais être le propriétaire de cet or ne l’est pas : il l’a volé au grand-père de celui que tu a condamné et tué. Ce grand-père aussi l’avait volé au grand-père de celui qui a déposé l’or au fond de l’eau”.

Et Dieu, de préciser : “L’or n’appartient donc pas au prétendu propriétaire, mais à son grand-père. Il n’appartient pas non plus au grand-père du voleur que tu as tué. Ce prétendu propriétaire et son voleur sont donc tous deux des voleurs. Mais aucun d’eux n’est ni fautif, ni condamnable pour autant. Seuls leurs aïeulsdé tiennent la vraie version des faits. C’est pourquoi, grâce à Moi, le singe a dispersé l’or au fond de l’eau et a remplacé son contenu par des cailloux”.

Et Dieu, d’administrer l’estocade (la leçon) finale à son Juge : “Ainsi, lorsque le prétendu propriétaire de l’or s’en rendra compte, son prétendu voleur sera loin. Et ainsi, aucun d’eux n’aura gagné ce qu’il n’a pas mérité. Tu vois bien, Homme, combien la justice est une terrible responsabilité. Mais tu fais la justice à Mon Nom, mais tu la fait en ouvrant tes yeux, tes oreilles et ton coeur sur l’apparence et selon tes propres penchants. Avant de juger, as-tu d’ailleurs invoqué Mon Nom?…


Oumar DIAWARA

09 Juillet 2008