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Le coup d’Etat militaire qui a mis fin la semaine dernière, au régime démocratique en Mauritanie, s’est fait sans violence pour la bonne raison qu’il a été perpétré par des éléments qui assuraient la sécurité du président. A la tête des putschistes, le général Ould Abdel Aziz, chef d’état-major particulier du président et commandant de la garde présidentielle. Ce dernier venait d’être démis de ses fonctions quelques heures au paravent par le président Mauritanien.

Après la libération, lundi, du premier ministre mauritanien ainsi que de trois de ses collègues, le Général putschistes, Ould Abdel Aziz et ses compagnons font l’objet toujours de vives pressions de la communauté internationale et de l’Union africaine pour un retour à la légalité constitutionnelle.

Malgré cette condamnation unanime, les putschistes regroupés au sein d’un « Conseil », ont adopté en début de semaine, une « ordonnance constitutionnelle » qui a pour objet de définir ses « pouvoirs provisoires » sans porter atteinte aux dispositions de la Constitution de 1991, selon un communiqué du Haut conseil d’Etat.

« Sans porter atteinte outre mesure que nécessaire aux dispositions de la Constitution du 20 juillet 1991, modifiée, la présente ordonnance constitutionnelle a pour objet de définir les pouvoirs provisoires du Haut Conseil d’Etat« , souligne le communiqué du Haut conseil d’Etat publié hier.

L' »ordonnance constitutionnelle« , contenant dix articles, octroie au Haut conseil d’Etat « les pouvoirs nécessaires à la réorganisation et à la conduite de l’Etat et des affaires publiques pendant la période nécessaire à l’organisation d’élections présidentielles« .

Les pouvoirs du président de la République définis par la Constitution, « sont exercés, en la forme collégiale, par le Haut Conseil d’Etat », note encore le texte, qui ajoute que le chef du Haut conseil d’Etat en Mauritanie a le pouvoir de nommer le Premier ministre.

« Lorsque pour des raisons quelconques, le fonctionnement du Parlement est entravé, le Haut Conseil d’Etat édicte par ordonnance les mesures de force législative nécessaires à la garantie de la continuité des pouvoirs publics et à la garantie de la liberté et de la transparence des élections présidentielles prévues« , souligne encore l’ordonnance.

Tout en restant sourde aux injonctions de la communauté internationale, la junte mène des consultations en ce moment avec une dizaine de partis politiques. En effet, Le président du Haut conseil d’Etat en Mauritanie, le général Mohamed Ould Abdel Aziz, a entamé mardi des consultations avec ces partis politiques, en vue de former un nouveau gouvernement.

Parmi les autres leaders de partis reçus mardi par le président du Haut Conseil d’Etat, figure le chef de file de l’Opposition démocratique, Ahmed Ould Daddah, président du Rassemblement des forces démocratiques (RFD), favorable au putsch.

D’après un responsable politique Mauritanien, les nouveaux hommes forts du pays auraient également fait connaître leur intention de nommer un nouveau Premier ministre. L’ultime tentative du Général Mohamed Ould Abdel Aziz de légitimer le putsch du 6 août dont il est l’instigateur ne semble nullement séduire les Mauritaniens. Dans leur grande majorité, les Mauritaniens réclament plutôt le retour à la légalité constitutionnelle.

Peu après sa libération lundi, le premier ministre a d’ailleurs été acclamé lors d’un meeting organisé dans un stade par des milliers de sympathisants du régime. Yahya Ould Ahmed Waghf leur a transmis un message du président renversé qui les encourageait à poursuivre la lutte contre les putschistes afin de rétablir le pouvoir initial. Par exemple Sidi Ould Cheikh Abdallahi du parti APP appelle au « retour immédiat à la légalité constitutionnelle » et à la reprise par de ses fonctions.

Par contre dans les plus hautes sphères politiques également, les opinions sont mitigées. Par exemple le président de l’Assemblée nationale a reçu les critiques de certains députés plutôt favorables au putsch. Ces parlementaires n’ont pas apprécié que leur président condamne le renversement du pouvoir par la junte. La démocratie pourra t-elle encore être sauvée en Mauritanie, seule l’avenir nous le dira.

ALPHA KABA DIAKITE

14 Aout 2008