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Aujourd’hui, l’opinion nationale est largement informée des conditions de vie et de travail du personnel enseignant. Mais celle- ci s’interroge encore sur le bien fondé de la sortie médiatique et hasardeuse du ministre Amadou Touré sur les antennes de l’Office des Radio Télévisions du Mali (ORTM) et de certaines stations FM de la capitale, accusant ses collègues de tous les pêchés d’Israël et qualifiant de passage leur arme fatale « la rétention des notes » d’anti- pédagogique.

Le Pr. Amadou Touré doit savoir raison gardée en cessant d’attiser le feu. A notre connaissance, il est enseignant et il le demeure toujours. Le constat est clair : quelle belle théâtralisation orchestrée par le ministre Touré, professeur de son état, qui a beaucoup communiqué ces derniers jours sans convaincre.

De sa nomination à ce jour, qu’a- t- il réellement fait pour régler les problèmes de l’école malienne? L’histoire retiendra qu’après la mort du Pr. Mamadou Lamine Traoré, un autre ministre, professeur de son état, a montré toutes ses limites dans la gestion des problèmes de l’école malienne, en créant un sentiment de malaise, de frustration, de déception dans les rangs de son corps d’origine.

Une remise en cause des acquis ou recul dans la continuité? Est- il réellement du corps? Ou en mission? Non? C’est un passager qui ignore la destination du bateau- Mali.

Le ministre Touré, précédemment professeur à la FLASH, est considéré comme le grand absent des événements de mars 91. Mais hélas! Il est le chef d’un micro parti politique (UMP) dont les militants se comptent à bout de doigt.
Il ne suivait jamais les mots d’ordre du SNESUP dont les militants se méfiaient d’ailleurs de lui. A- t- il renoncé aux fruits de la lutte des syndicats? Pourquoi a- t- il attendu qu’il soit dans le fauteuil ministériel pour dénoncer le comportement de ses collègues du supérieur et du secondaire?

Le ministre stagiaire a lui aussi dans un passé récent procédé à la rétention des notes. Il a également fait pression sur ses collègues en leur demandant de faire passer sa femme en classe supérieure avec une moyenne de 6,85. Cette révélation de taille a été donnée par les responsables du SNESUP, lors du point de presse qu’ils ont organisé le mardi dernier à la Maison de la presse pour dénoncer le climat d’insécurité dans lequel vit les enseignants du supérieur.


Le gouvernement en panne d’idées

ATT a- t- il mesuré la portée de ses propos en s’adressant au Parlement des Enfants? Incitation à la violence ou simple haine contre les enseignants qui ne réclament que leurs droits dans le Mali démocratique?

Chaque augmentation d’un franc sur les salaires a fait l’objet d’un long combat par les syndicalistes. Les réponses données par le gouvernement aux doléances des syndicats, le lundi 4 février, sont de la poudre aux yeux, à la limite un mépris ou une insulte, selon les syndicalistes.

Le gouvernement, dans sa diatribe contre les enseignants, est allé jusqu’à rejeter les revendications qui ont un coût financier, notamment l’indemnité de logement demandée par la Coordination des syndicats de l’enseignement secondaire (COSES). Cette puissante coordination est prête à renoncer aux autres points, sauf ce point.

Selon le gouvernement, en accordant cette indemnité aux enseignants, les autres corporations peuvent être tentées d’en réclamer. Quelle honte? Les pays qui se respectent n’agiront pas de la sorte. L’Etat n’a- t- il pas accordé les indemnités de logement à certains corps? Les professeurs du supérieur et les magistrats ne diront pas le contraire. Ils ont perçu respectivement 60.000 F et 50.000F, l’équivalent de la moitié du salaire d’un professeur de l’enseignement secondaire Ce dernier n’a que 1500 F comme indemnité de logement, octroyée depuis 1960 par Modibo Keïta. Quelle injustice?

Que dire des augmentations des primes et indemnités accordées aux conseillers de la présidence, de la primature, des départements ministériels et des hommes du commandement (gouverneurs, conseillers du gouverneur, des préfets et sous- préfets variant de 250.000 à 150.000F par le décret du 20 avril 2007 à la veille de l’élection présidentielle). Ont- ils déposé un préavis de grève pour obtenir ces avantages?

Pourquoi les autres n’en feront pas la demande? Pour le gouvernement, les enseignants n’y ont pas droit. L’école est à l’image des responsables du pays. Ils ont élaboré le plan de liquidation de l’école publique pour devenir des promoteurs d’écoles privées. L’amélioration des conditions de vie des milliers des chefs de famille pourra apaiser l’espace scolaire.

Au lieu de chercher des solutions durables, le Pr. Touré menace ses collègues en ces termes: « l’Etat exercera désormais sa pleine autorité et chaque fois que les enseignants observeront une grève, il y aura rétention sur les salaires« . Cet avertissement est la preuve de l’irresponsabilité et de l’incompétence de nos autorités.

L’Etat est dans son rôle s’il applique la même loi sur les autres corporations sans discrimination. Cela n’a jamais été d’ailleurs le cas. Combien l’Etat a retenu sur les salaires des militants de l’Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM), de la Confédération Syndicale des Travailleurs du Mali (CSTM), des médecins?

Laissez les voies les plus autorisées agir, M. le ministre. La Loi N° 8747 du 10 août 1987 relative à l’exercice du droit de grève a été violée lors du dernier préavis de la COSES, faisant obligation au gouvernement de créer, par un Arrêté une commission de conciliation. Quel mépris pour ce syndicat? Quelle honte pour les deux départements (Fonction publique, Education).

C’est une première dans l’histoire syndicale du Mali au moment où ces deux ministères sont gérés par un juriste et un enseignant. La même Loi en son article 17 précise qu’il faut opérer des retenues sur les salaires. Le respect de la loi s’impose aux ministres et aux syndicats.

L’école malienne n’est pas une préoccupation pour les autorités actuelles qui pour la plupart inscrivent leurs enfants dans les universités européennes ou américaines. Comment font- ils pour payer les frais d’études de Papou, de bijou et de Mimi?

Le premier responsable de la COSES lors du meeting d’information tenu le 6 février dernier au Centre Islamique, Tiémoko Dao a rappelé : « au vu du traitement réservé aux points ayant fait l’objet d’accord, nous constatons une volonté affichée du gouvernement dirigé par Modibo Sidibé de les remettre en cause. Plus grave encore, on a tendance à vilipender l’ancien premier ministre Ousmane Issoufi Maïga… »

La COSES maintient son préavis de mot d’ordre de rétention des notes, de non évaluation et de boycott de toutes les compositions. C’est le pauvre qui en souffre.

Où est l’intelligentsia malienne? Quel silence coupable des parents d’élèves et de l’APE face aux comportements des autorités qui sont entrain de brader, de liquider, de dépouiller l’école malienne et ses enseignants?

Chacun de nous a son maître, son professeur, son formateur. Accordons le minimum de respect aux enseignants.

C’est un métier noble…

B Z. COULIBALY

18 Février 2008.