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Les interventions françaises, d’abord diplomatiques aux Nations Unies en septembre 2012 pour l’adoption d’une résolution en faveur du Mali, et surtout militaires sur le territoire malien depuis janvier 2013 suite à l’attaque de Konna dans la région de Mopti perpétrée par les jihadistes et narcotrafiquants, ont soulevé une vague de liesse, de grande estime et de reconnaissance envers la France et son président François Hollande.

Ces sentiments sont demeurés intacts durant tout le temps de l’opération Serval qui a abouti à la libération des principales villes des zones occupées et, en collaboration avec les troupes tchadiennes, à l’anéantissement des terroristes narcotrafiquants et jihadistes dans leur réduit des grottes de Tegharghar dans la région de Kidal.

Partout au Mali, à Bamako comme à l’intérieur du pays, des drapeaux français fleurissaient à côté des étendards maliens. On achetait drapeaux malien et français. Jamais l’un sans l’autre ! C’était de mode que d’arborer de façon ostentatoire les étendards malien et français sur les voitures, les motos, les bicyclettes et autres tricycles ainsi dans les cafés, bars, restaurants, etc.

Un jour, pendant que j’étais arrêté à un feu tricolore, un jeune homme vint me proposer les deux drapeaux. Je pris le nôtre et m’en tins à lui. Le jeune homme interloqué me demanda :
– Et le drapeau français, mon père ?
– Mon fils, je dis merci à la France, mais ma confiance en elle est peut-être moindre que celle que vouerait une souris à un chat. Je me contente du drapeau malien, tu le comprendras plus tard.

Malheureusement, l’histoire est en train de me donner raison. Entre la France et nous, c’est comme on le dit « je t’aime moi non plus ». Sinon comment comprendre l’attitude du gouvernement français dans cette affaire de Kidal ? Doit-on être étonné de cette position laxiste voire de complicité vis-à-vis du Mnla (Mouvement National de Libération de l’Azawad) ? Pour les Maliens de notre génération, qui ont eu à apprendre l’histoire de la France et particulièrement celle de sa conquête coloniale et les péripéties qui ont conduit à l’indépendance des Etats de l’Afrique francophone, notamment ceux de l’Afrique de l’ouest, l’attitude française ne prête point à surprise.

En effet, s’il existe une constance dans la politique française à l’égard des pays colonisés et ex-colonisés, c’est celle de « diviser pour régner ». Une politique vieille comme le monde. Sans entrer dans les détails, nous avons souvenance de certains faits qui ont illustré la conquête du Soudan Occidental, aujourd’hui Mali : exacerbation du conflit entre Samori Touré et les frères Tièba et Babemba Traoré du Kenedugu; attisement des conflits entre Toucouleurs et Bamana, entre Bamana (on s’allie au beledugu pour anéantir wesebugu), entre Kunta et leurs alliés touarègues du Hoggar, et Touareg Oulliminden (on s’allie aux Kunta pour anéantir les Oulliminden), etc.

On rappelle que la puissante confédération oulliminden, qui a atteint son apogée sous l’Amenokal Kahoua au 18ème siècle et qui survécut jusqu’au 20ème siècle, fut détruite à l’issue de la bataille d’Andéramboukane le 9 mai 1916 contre l’armée coloniale. Un massacre sans discernement de la part de l’armée coloniale eut lieu. On n’épargna ni femmes ni enfants avec en bonus pour les vainqueurs, la spoliation d’animaux. Un massacre qui, de nos jours, aurait été sans doute qualifié de génocide, de crime contre l’humanité ! La confédération oulliminden ne s’en est jamais remise. Rappelons aussi que c’est suite à cette tragédie que plusieurs vassaux, dont les touaregs Ifoghas de la région de Kidal, ont obtenu « leur autonomie » made in France !

C’est cette idylle qui est sans cesse remise au goût du jour à la faveur des rebellions qu’on qualifie injustement de touarègues et qui sont toutes parties de Kidal. Ajouter à cela l’existence d’un lobby de rêveurs et de racistes impénitents européens qui fantasment sur les « hommes bleus », les « peuples libres, fiers du désert » et sur que sais-je encore. Mais derrière ces considérations que nous qualifierons de sentimentales, la véritable raison de cette accointance entre la France et le Mnla n’est-elle pas celle de l’acquisition de matières premières à bon marché ? J

e doute que oui, car aujourd’hui plus qu’hier, la lutte est de plus en plus rude entre les grandes puissances occidentales et les puissances émergentes pour l’obtention de la garantie de leurs sources d’approvisionnement en matières premières. Qui, mieux et même autant que la France peut connaître les potentialités de ce désert malien ? Et quid de la position stratégique de cette région ?

Est-ce par hasard que les alliés occidentaux (qui créeront plus tard l’Otan) de la 2ème guerre mondiale contre l’Allemagne nazie ont érigé une base aérienne à Tessalit ?

Contrairement à Olivier Zajec, chargé de recherches à l’Institut de Stratégie et des Conflits(ISC) qui pense « que faute de vision stratégique, la France, risque de s’enliser dans de vastes zones désertiques propices à la guérilla », (Monde diplomatique n°707 de février 2013 page 1 « Le Mali, l’inusable refrain de la guerre au terrorisme »), nous pensons que la vision stratégique de la France pour cette partie de l’Afrique est très claire. Quant aux risques qu’elle encoure pour la mise en place de cette stratégie, c’est un autre problème : l’histoire des hommes ne saurait être une science exacte.

Malgré les déclarations lénifiantes des politiques français, la complicité entre le Mnla et le gouvernement de François Hollande est évident, et l’objectif de ce mariage est aussi clair : il s’agit ni plus ni moins sous prétexte de ne pas ignorer « le fait touareg » de créer une république dans le nord du Mali prélude à la résurgence de l’Ocrs (Organisation Commune des Régions Sahariennes) qui n’a jamais pu voir le jour. Ce, suite au rejet par lesTouareg de cette entité voulue par le Général De Gaule lui-même.

Rendons grâce au doyen Amadou Seydou Traoré dit Amadou Djicoroni qui l’avait dénoncé dès les premières heures de l’intervention militaire française au Mali. A l’époque, nous lui avions dit, et nous en sommes encore persuadé, que nous n’avions pas le choix. A chaque étape son combat.

Les derniers évènements corroborent notre propos : à savoir la purification raciale, comme ça s’est produit en Mauritanie dans les années 1980, a commencé. On veut « blanchir » la région de Kidal sous les yeux des soldats de la patrie des Droits de l’Homme ! Quels gâchis !

Ne nous leurrons pas, le matraquage médiatique, la clameur itérative et la péroraison du groupe « la voix de la France » (RFI, TV5, France 24) voulant nous faire croire que la région de Kidal est occupée par le Mnla est une couleuvre indigeste. C’est la France qui occupe bel et bien la région de Kidal. A la lumière de ce qui se passe à propos de Kidal, deux questions essentielles taraudent l’esprit du citoyen malien lambda:

– Est-ce un encouragement à une partition du Mali ?
Tout laisse à le croire car, même dans le très sérieux journal Le Monde Diplomatique dans sa série « Manière de voir » n°128 avril/mai 2013 : « Faut-il abolir les frontières ? » en page 35, on montre une carte de l’Afrique avec les zones de conflits ; carte dans laquelle sur le territoire malien on porte de façon insidieuse la mention Azawad.

– Est-ce une recolonisation qui ne dit pas son nom ?
L’histoire nous édifiera. Mais, au juste, ce propos de ce grand intellectuel français ne mériterait-il pas une réflexion ? «Dans l’ADN de nos amis socialistes, il y a un gêne colonial et un gêne atlantiste » (cf. Régis DEBRAY page 6 du Monde Diplomatique n°708 de mars 2013 dans l’article, « Lettre ouverte à Hubert Védrine : La France doit quitter l’Otan »)

Hamidou ONGOÏBA B.P E 1045 BAMAKO

Bamako le 06 juin 2013

Publié le 14 Juin 2013