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L’armée malienne et son administration civile seront-t-elle présentes à Kidal avant la tenue de l’élection présidentielle du 28 juillet 2013 ? La réponse est oui, si on en croit le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Tiéman Coulibaly.

Depuis Addis-Abeba (Ethiopie), où il se trouvait pour le 21e sommet de l’UA, M. Coulibaly, n’est pas allé par quatre chemins pour rejeter la proposition faite le mercredi 22 mai à Ouagadougou (Burkina Faso) par le MNLA de « permettre la tenue de l’élection présidentielle sans la présence de l’armée malienne dans la 8e région administrative du Mali, Kidal ».

Pour le ministre des Affaires étrangères, cité par la Pana, « l’offre du MNLA est irrecevable ». Et de s’interroger : « Comment le MNLA peut-il encore continuer à dire que l’armée malienne ne doit pas entrer à Kidal ? ». Pour le ministre Coulibaly, l’Etat malien a fait violence sur lui et a proposé le dialogue et la réconciliation au MNLA, « ses dirigeants ne peuvent pas prétendre empêcher l’armée malienne de se déployer à Kidal ».

Le chef de la diplomatie malienne a appelé le MNLA à être réaliste et à admettre que l’armée et l’administration malienne doivent se déployer sur l’ensemble du territoire national. « Un pays, c’est son armée, c’est son administration, c’est sa diversité culturelle. C’est cela que le MNLA doit accepter ». Et de tendre la main : « Nous sommes prêts à nous asseoir sur la même table pour discuter avec des groupes qui ont porté tort au pays, qui ont commis des choses graves », a ajouté M. Coulibaly, qui a poursuivi que de la même manière que « les gens du MNLA sont des Maliens et qu’ils sont prêts à s’asseoir autour d’une table avec eux, les soldats de l’armée malienne sont des Maliens à qui on ne peut interdire de mettre pied sur une partie du territoire national ».

Bis repetita

Pourtant, la position du ministre Coulibaly ou du moins du gouvernement malien est loin d’être celle de la France. Depuis la fin de l’offensive armée contre Ançar Eddine et le Mujao, et l’occupation de la ville de Kidal par le MNLA, le chef de l’Etat français, François Hollande a changé de sémantique.

En lieu et place de la présence de l’armée malienne à Kidal, M. Hollande ne cesse de parler de « présence de l’administration civile malienne à Kidal avant les élections ». Les élocutions de M. Hollande ont été bien apprises par des membres du MNLA basés en France. Chaque phrase de M. Hollande est reprise le lendemain par le MNLA sur les stations françaises et des vrais faux spécialistes français des questions du Nord du Mali.

En tout cas, le gouvernement malien bien que soumis à des pressions de la communauté internationale avec le déploiement d’une force onusienne à Kidal est décidé à voir son armée se déployer dans cette région, non pas pour plaire à sa population (hostile à toute discussion aboutissant à des traitements de faveur pour le MNLA), mais pour des questions de souveraineté.

S’il est vrai que l’armée est un des piliers fondamentaux de la souveraineté et de la sécurité de la nation, les forces armées du Mali doivent marquer, selon plusieurs spécialistes leur présence à Kidal, « sauf si la France à l’intention de cautionner les âneries du MNLA ».

Le président français doit comprendre que sa démarche pour régler le cas Kidal n’est pas la bienvenue dans l’opinion nationale quand bien qu’il a été applaudi par le peuple malien. « Placer Kidal sous mandat des forces de l’ONU, c’est isoler davantage cette communauté, c’est aussi semer le sentiment de division entre les fils d’un même pays, c’est également contribuer à diviser le Mali ».

Toute proposition par Paris d’autre chose qu’un Mali un et indivisible serait du plus mauvais effet. D’ores et déjà Human Rights Watch, craint « de nouvelles exactions qui risqueraient d’exacerber encore les tensions ethniques au sein d’une population… ». « Si cela arrivait la France serait pointée du doigt comme responsable », a averti un député élu à Gao.

Amadou Sidibé

Les Echos du 27 mai 2013