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La Françafrique, c’est une infime minorité de Français qui, aidés au plus haut niveau de l’Etat, pillent les richesses des ex-colonies françaises en Afrique, en utilisant l’argent public et ce au mépris de millions de vies humaines. Il s’agit de nombreux politiciens et partis politiques, de hauts cadres et actionnaires de multinationales françaises (Elf-Total Fina, Bolloré, Bouygues..), certains militaires, les chefs d’Etats africains dictateurs et leurs entourages, les marchands d’armes.

Bref, ce sont des réseaux bien organisés qui disposent de nombreux relais dans les médias tant en France qu’en Afrique. La Françafrique, c’est aussi des centaines de milliards d’euros détournés, en 44 ans de coopération France-Afrique.

Pour tenir ses promesses électorales sur le pouvoir d’achat de ses concitoyens et la croissance économique de son pays, le président de la République française, Nicolas Sarkozy, fait allégeance désormais à la Realpolitik à défaut de pouvoir traduire dans les faits, son discours anti-Françafrique, largement galvaudé pendant la campagne électorale. La vraie nature de la coopération France-Afrique ne peut être connue qu’à l’Elysée.

Et depuis que Sarko s’y est installé et qu’il a compris que c’est tout un pan de l’économie de son pays qui est constitué à partir des ex-colonies françaises en Afrique, il a renoncé à son projet de détruire les réseaux françafriques. En effet, il est de plus en plus fréquent de voir la diplomatie française s’enliser en Afrique. Le récent discours de Nicolas Sarkozy en Tunisie et la mutation de Jean Marie Bockel de la coopération en sont les preuves. En même temps, les mécontentements en Afrique sont de plus en plus nombreux à s’indigner.

En présentant ses vœux de fin d’année aux Français, Sarkozy ne dévoile pas sa politique africaine, et dernièrement, lors de l’interview réalisée par les grandes chaînes de télévision françaises, à l’Elysée, nous pouvons déplorer le manque de question sur la promesse de Nicolas Sarkozy sur sa politique africaine. Mais, de jour en jour, le vrai visage africain de Nicolas Sarkozy se révèle.


Deux poids, deux mesures

A chaque fois, que Sarkozy est en Afrique, il tient un comportement humble dans les pays anglophones (en référence à sa dernière visite en Afrique du sud), mais par contre, dans les pays francophones, il adopte des comportements truffés d’arrogance, de dénigrement et d’humiliation des peuples africains, pendant qu’il chouchoute les dictateurs francophones.

Ainsi, lors de son voyage en juillet 2007, au Sénégal, Nicolas Sarkozy a fait une insulte gravissime à l’Afrique dans un discours, tenu à l’Université Cheick Anta Diop, à l’intention de milliers d’étudiants en déclarant que: « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ».

Cette déclaration de Sarkozy a suscité l’ire des intellectuels africains dont le président sénégalais, Abdoulaye Wade et l’historienne malienne, Adam Ba Konaré, ex-première Dame du Mali. En effet, celle-ci s’insurgeait par ces mots : « Avec les propos de Sarkozy, nous avons été atteints dans notre dignité. Comment peut-on dire que l’Afrique est un continent immobile ? Il (le président français) ignore certainement que le premier humain a marché en Afrique.

Il ignore que les sciences ont pris naissance en Afrique…Nous avons perdu notre mémoire faute de l’avoir entretenue. Nous avons souvent manqué de vigilance. Il nous faut maintenant monter la garde devant notre mémoire…Si nous nous taisons, ce sera l’histoire qui nous jugera du haut de son tribunal. Si nous nous taisons, ce sera ne pas faire honneur à la mémoire de tous nos devanciers, parmi lesquels Joseph Ki-Zerbo et Cheikh Anta Diop, qui se sont lancés corps et âme dans la bataille de la réhabilitation de l’histoire africaine ».

Sarkozy, avec assez de démagogie, soutenait dans le même discours, ceci: « le colonisateur est venu, il a pris, il s’est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. Il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail. Il a pris mais je veux dire avec respect qu’il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu fécondes des terres vierges, il a donné sa peine, son travail, son savoir. Je veux le dire ici, tous les colons n’étaient pas des voleurs, tous les colons n’étaient pas des exploiteurs ».

En Afrique du sud, il calme le jeu, en disant : « La France n’a pas pour vocation de demeurer un gendarme en Afrique et tous les accords de défense seront renégociés ».

Récemment, en Tunisie, en voyage d’Etat, Nicolas Sarkozy accompagné, pour la circonstance, des hommes d’affaires et de Rama Yade, Secrétaire aux droits de l’homme, évoque les questions de droit de l’homme en Tunisie : C’est le satisfecit attribué lundi 28 Avril 2008, au soir, par Nicolas Sarkozy au président tunisien Zine El Abidine Ben Ali sur le terrain des droits de l’Homme qui a suscité la polémique, aussi bien en France qu’en Tunisie : « L’espace des libertés progresse en Tunisie » avait-il déclaré devant son hôte, assurant ne pas vouloir s’ériger en donneur de leçons.

La colère des démocrates, des défenseurs des droits de l’homme et des droits de la femme, ne s’est pas faite attendre, pour un peuple sous l’une des dictatures les plus féroces du Maghreb. Monsieur Mokhtar Trifi, président de la ligue tunisienne des droits de l’homme, a regretté les propos du président français Nicolas Sarkozy. Et pour couronner le tout, Rama Yade, annule le rendez-vous prévu avec l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD).

« La France n’a pas d’amis, la France a des partenaires », (Général de Gaulle)
Nicolas Sarkozy, joue toujours la même carte, celle de privilégier les intérêts économiques français, au détriment de la bonne gouvernance et des droits de l’homme en Afrique francophone. Sa Realpolitik n’est qu’une priorité au commerce, à l’économie, à l’amitié avec les dictateurs africains.

En cela, il crée l’indignation et heurte la sensibilité du peuple africain francophone. On peut résumer, qu’en Afrique, la France n’est plus défenseuse des valeurs. Les années à venir s’annoncent dures pour les démocrates africains et français contre la Françafrique, des manifestations contre la faim et contre les tripatouillages constitutionnels et électoraux en Afrique seront attendus, dans les mois à venir, au nom de « Trop, c’est trop ».

Selon l’ancien Premier ministre français, Michel Rocard, dans une interview au journal Les Afriques n°16 du jeudi 14 février 2008, « La Françafrique m’a empoisonnée la vie. J’ai parfois tenté d’empoisonner la sienne, mais elle a la vie dure… ».

La Françafrique est un système mafieux qui protège les intérêts du peuple français et les intérêts des chefs d’Etat africains, au grand dam des intérêts du peuple africain.

A la tête de la diplomatie françafricaine de France, se superposent 4 mains : le président de la République, Nicolas Sarkozy ; le ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner avec sa politique de civilisation ; le Secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant ( qui est le nouveau Monsieur Afrique) ayant obtenu la tête de Jean Marie Bockel ; et enfin, le nouveau ministre de coopération, Alain Joyandet, ( c’est l’un des accompagnateurs au Gabon du Secrétaire de l’Elysée en mission pour la Françafrique).

Il existe aussi, du côté de la diplomatie françafricaine de l’Afrique, des poids forts comme : Omar Bongo Ondimba, un des doyens et respecté de la Françafrique, Denis Sassou N’Guesso, le défenseur et le protecteur des intérêts de la Françafrique. Enfin, dans la dernière crise du Tchad, en sollicitant directement l’aide matérielle à Sarkozy pour Idriss Déby. On y trouve aussi : Paul Biya du Cameroun, François Bozizé de Centrafrique, Idriss Déby Itno du Tchad, etc…

D’après le journal, « Le Canard enchaîné » du mercredi 20 février 2008 : « A la demande de l’Élysée, le chef du personnel des Affaires étrangères, Xavier Driencourt, vient d’adresser un télégramme aux ambassades et consulats de France pour leur annoncer que plusieurs grands services du Quai d’Orsay allaient changer de patrons avant que Sarkozy n’occupe, en juillet 2008, la présidence de l’Union Européenne (UE). Les directions des secteurs suivants seront concernées: Afrique, Europe, Asie, Amérique, Affaires stratégiques, etc…. ».

Un coup de balais sans précédent. C’est sans surprise que l’on verrait à ces postes, des sarkozystes et des françafricanistes confirmés, pour appliquer une politique plus atlantiste pour les uns et plus françafricaine pour les autres.

La Françafrique doit savoir que : « la constitution n’est pas un paillasson que l’on doit changer tout le temps, lorsque les amis de la Françafrique arrivent en fin de mandats », selon le centrafricain Adrien Serges Poussou.
La Françafrique doit savoir que : « Seules des commissions électorales consensuelles, permettent au mieux les élections propres et évitent, par conséquent, les affrontements intercommunautaires » pour éviter les mêmes scénarios que le Kenya.

“Les honorables“(entendez les chefs d’entreprises français, en Afrique, qui font de l’espionnage) doivent savoir: « qu’on ne peut pas duper les peuples à vie, même avec la solidité et la solidarité de ses membres mafieux qui violent l’Afrique, il arrivera que, les peuples d’Afrique ne supporteront plus à être colonisés via les potentats locaux ».

La Françafrique doit savoir que : « le monde est en pleine mutation, que l’Afrique n’en échappe pas, au contraire l’attitude actuelle de la France, arrange les Américains et les Asiatiques, en particulier les Chinois, qui sont en osmose presque avec les peuples africains ».

Alpha Kaba Diakité

05 Mai 2008