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Cette année, c’est un homme ordinaire que nous vous présentons, mais un homme que les circonstances ont littéralement transformé en héros. La bande de voleurs qui s’était attaquée à ses bêtes n’est pas près d’oublier sa déconvenue. Mais reprenons les choses depuis le début. Zouda (ainsi s’appelle notre homme) était arrivé au Garbal de Faladié avec un important nombre de moutons de fête. Il était accompagné de trois de ses amis du village venus eux également faire les mêmes affaires que lui. Dans la nuit du 10 au 11 décembre dernier, les amis de Zouda l’avaient laissé seul surveiller les bêtes de tout le groupe et étaient partis en ville pour rendre visite à des proches. Tout le monde le sait, rien n’est plus difficile à assurer qu’une veille en solitaire. Zouda fit de son mieux pour rester éveillé, mais il finit par s’assoupir sans même s’en rendre compte.

UNE SILHOUETTE MENAÇANTE

Il prit ses aises sur la natte que ses compagnons et lui avaient acquise peu auparavant et sombra dans un sommeil de plomb, oubliant complètement les animaux dont il avait la garde. Plus tard dans la nuit, un groupe de jeunes rôdeurs se présenta au marché et entra du côté où se trouvait Zouda. Avec mille précautions, les voleurs quadrillèrent le parc à bestiaux et se rendirent compte que l’emplacement le plus propice à leurs desseins était justement celui qu’était supposé surveiller Zouda et qui se trouvait à l’extrémité ouest du marché. L’un d’eux armé d’un fusil de guerre vint s’arrêter tout près du dormeur et braqua sur ce dernier l’extrémité du canon de son arme. Une fois qu’il eut pris cette position, ses complices se mirent à l’œuvre et commencèrent à détacher les béliers.

Lorsqu’ils eurent libéré une bonne dizaine de belles bêtes, ils entreprirent de les faire sortir du marché. Tout se passait pour le mieux pour la bande jusqu’au moment où l’une des bêtes, affolée par la poussée que lui avait imprimée l’un des voleurs, se mit à courir à droite et à gauche. Le mouton dans son échappée vint heurter la tête du dormeur. Zouda se réveilla en sursaut et aperçut au-dessus de lui la silhouette menaçante d’un inconnu. Dédaignant le canon de l’arme braquée sur sa poitrine, le berger se dressa comme libéré par un ressort et comme poussé par une force irrésistible, il ceintura le voleur au niveau des bras. Son emprise était telle que l’homme au fusil ne pouvait même plus se débattre. A plus forte raison, libérer au moins un bras pour pouvoir pointer son arme sur Zouda. N’arrivant pas à desserrer l’étau du berger, le bandit voulut bluffer. Il menaça l’homme de l’abattre si ce dernier ne le lâchait pas.

La menace du voleur produisit l’effet inverse à celui recherché. Zouda se dit qu’il serait un homme mort si jamais il laissait l’autre recouvrer l’usage de son arme. L’alternative pour le berger était donc des plus simples : soit il neutralisait le malfrat, soit il périrait à coup sûr. Avec l’énergie du désespoir, il resserra son emprise. La respiration coupée, le malfrat fut contraint de laisser tomber son arme. Le combat entre les deux devenait alors égal. Zouda rassembla tous les rudiments de lutte traditionnelle qu’il connaissait pour exécuter une prise qui jeta à terre son adversaire. Le berger prolongea son avantage en se servant de son turban pour ligoter le voleur. Puis il se saisit de l’arme qu’il examina pour savoir si elle était chargée. Il se rendit compte qu’elle ne contenait pas une seule balle et que le bandit la tenait seulement pour se faire respecter. Zouda déposa donc l’arme inoffensive auprès du voleur.

PAS D’UN CIL

Les autres bandits avaient vu comment leur acolyte avait été neutralisé sans bavure alors que son arme aurait dû dissuader le berger. Ils prirent donc le large sans demander leur reste. Zouda rassembla toutes les bêtes dispersées par les voleurs et les attacha une à une à leur piquet. Puis il alla voir un vendeur de cordes avec lequel il acheta de quoi ligoter solidement son voleur. Une fois ce « travail » terminé, il approcha sa natte de son prisonnier et engagea son thé pour ne plus dormir jusqu’au petit matin, heure à laquelle ses camarades firent leur retour tandis que le marché recevait ses premiers clients.
Les premiers arrivés chez Zouda eurent droit à des informations détaillées sur ce qui s’était passé au cours de la nuit. Mais les choses se gâtèrent quand certains conseillèrent au berger de rendre à la police pour raconter son histoire. Le vendeur de moutons rétorqua qu’il ne bougerait pas d’un cil. Pour lui, c’était à la police de venir elle-même au marché et de chercher à comprendre comment cela se faisait qu’un voleur ait pu se procurer une arme de guerre. Malgré toutes les tentatives des uns et des autres de le convaincre d’informer les forces de sécurité, Zouda campa sur sa position. « Cette arme, persista-t-il, n’aurait dû se trouver qu’entre les mains de nos soldats. Je paie correctement mes impôts et j’ai le droit de savoir comment ce fusil est parvenu à ces gens là« .

Zouda resta donc obstinément sur cette position jusqu’à l’arrivée des policiers informés par téléphone par un autre vendeur de bétail. A l’arrivée des agents, il leur livra le voleur et l’arme. Non sans s’être livré à son petit commentaire. Selon Zouda, les armes seraient aujourd’hui disséminées un peu partout dans le pays. Donc les mauvaises personnes, comme son voleur, n’ont aucune peine à s’approvisionner.

Le malfrat fut conduit dans un commissariat de la rive droite où l’enquête se poursuit pour essayer d’identifier l’origine de l’arme. Et surtout pour savoir si le fusil de guerre récupéré ne fait pas partie d’un lot plus important qui servirait à approvisionner d’autres bandes de la capitale.

G. A. DICKO | Essor

18 décembre 2007