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Les cours de vacances organisés par la Fondation pour l’Enfance devaient prendre fin le week-end dernier. Initiés en 1994, ces cours dont l’idée est venue du président Amadou Toumani Touré alors à la tête de la Fondation pour l’Enfance, se sont désormais imposés dans l’agenda des vacances scolaires. Et les cours paient depuis quelques années, la rançon de leur succès, comme en témoigne les difficultés des organisateurs à contenir le nombre des effectifs par classe.

Tout est parti de l’initiative d’une dizaine d’étudiants de l’Université qui avaient décidé d’aider leurs cadets en leur dispensant des cours de vacances dans les matières scientifique et littéraire. Ils furent soutenus et assistés par le président de la Fondation à l’époque.

Ces jeunes étudiants recevaient comme rémunération une somme forfaitaire de 15 000 à 20 000 Fcfa mensuels. A l’époque, les cours se déroulaient dans un seul centre : l’école fondamentale Mamadou Konaté. Une centaine élèves étaient encadrée. Deux ans plus tard, un autre centre fut ouvert à l’École de la République, toujours à Bamako.

Depuis cinq ans, les cours de vacances de la Fondation pour l’Enfance se sont étendus au reste du pays, notamment les capitales régionales et les chefs-lieux de cercles. Au total, 200 classes ont ouvert leurs portes dans une cinquantaine d’écoles pendant ce mois d’août.

Le nombre de scolaires bénéficiaires s’accroît également d’année en année. Si vers la fin des années 90, les bénéficiaires se comptaient par centaines, aujourd’hui, ils sont des milliers. Ainsi en 2007, ils étaient quelque 13 000 élèves à être encadrés par 1 400 enseignants. Chacun de ces derniers reçoit 37 500 Fcfa pour le mois de cours.


La demande trop forte:

Ibrahima Samassékou est le coordinateur du programme d’éducation à la Fondation pour l’Enfance. Il constate que l’organisation des cours s’est nettement améliorée au fil des ans grâce notamment à une véritable implication des centres d’animations pédagogiques (CAP). Les programmes enseignés sont d’ailleurs proposés par les CAP. C’est pour cette raison que les programmes diffèrent d’une région à une autre.

« Les conseillers pédagogiques au niveau des académies d’enseignement élaborent les programmes de cours en tenant compte des difficultés constatée dans leurs écoles« , précise Ibrahima Samassékou.

Chaque année, la Fondation dépensait plus de 45 millions de Fcfa pour exécuter le programme de cours de vacances. Mais depuis l’année passée, avec les restrictions budgétaires, ce montant a été revu à la baisse. Aujourd’hui, le budget des cours s’élève à 35 millions. La fondation luxembourgeoise Raoul Follereau est le principal partenaire financier dans l’organisation des cours.

L’utilité des cours n’est plus à démontrer. Ils permettent à bon nombre d’enfants de rattraper leur retard et de se mettre à niveau. Les écoles sélectionnées pour abriter les cours sont sous forte pression. Aussi bien des élèves que des parents. Les cours des écoles sont envahies, les directions débordées.

La présidente de la Fondation pour l’Enfance, Mme Touré Lobbo Traoré, a pu le constater de visu la semaine dernière à l’école de Lafiabougou-Koda et celle des « 1008 logements » à Yirimadio qu’elle visitait en compagnie du ministre de l’Éducation de Base, de l’Alphabétisation et des Langues nationales, Mme Sidibé Aminata Diallo.

« Chaque année c’est le même constat, les enfants viennent nombreux pour s’inscrire aux cours, souvent accompagnés de leurs mères qui nous supplient. Dans nos classes, on a dépassé l’effectif recommandé de 50 élèves par salle. Dans ma classe de 5è année par exemple, on compte 69 élèves : 41 filles et 28 garçons« , explique Abdoul Wahab Berthé, un enseignant. Celui-ci confirme que la session est très importante pour nombre de scolaires qui ont ainsi l’occasion inespérée de renforcer leurs connaissances et même de prendre une longueur d’avance pour la prochaine rentrée scolaire.

« Nous ne savons pas comment remercier la Fondation pour l’Enfance. Cela fait 6 ans que mes enfants suivent ces cours. L’impact est palpable sur leurs résultats scolaires. Cela fait également 5 ans que je n’ai pas enregistré d’échec scolaire dans ma famille« , confie Bourama Guindo, un chef de famille habitant Lafiabougou.

Différence de niveau:

« Les cours à domicile sont trop chers pour nous. Il faut généralement débourser entre 5 000 et 7 500 Fcfa par mois et par enfant. Avec les cours de la fondation, nous ne payons que le cahier et le stylo. Tout le reste des fournitures est fourni à l’école« , témoigne Aminata Diarra dont les enfants sont inscrits aux cours de vacances.

Si l’initiative est unanimement appréciée, il y a aussi des difficultés, surtout au niveau des enseignants. Mme Koné Maïmouna Sidibé donne des cours en classe de 2è année à l’école publique des « 1008 logements« . Elle relève que ces cours rassemblent parfois des élèves de divers horizons. Certains viennent avec des niveaux très bas. « Pour cette classe de 2è année par exemple, nous avons des élèves qui ne savent même pas écrire « i« . Il faut donc les aider pour qu’ils puissent avoir le même niveau que les autres », note l’enseignante.

A cette difficulté s’ajoute le problème de la différence des méthodes d’enseignement. Ceux qui sont soumis durant l’année scolaire à un système d’enseignement classique ont du mal à suivre dans les écoles où les cours sont dispensés selon la méthode dite de la pédagogie convergente (français et langue nationale).

Une autre insuffisance des cours de vacances de la Fondation, est l’absence d’évaluation de leur impact sur les bénéficiaires. La solution à cela pourrait être l’établissement d’une fiche de suivi pour les élèves. Mais pour le directeur de l’école publique des « 1008 logements« , ce travail d’évaluation et de suivi s’avère très difficile du fait que les élèves viennent d’horizons très divers.

Doussou DJIRÉ

Les bienheureux de l’opération « école pour tous« 

Les cours de vacances ne sont pas la seule initiative de la Fondation dans le domaine scolaire. Il y aussi le programme « École pour tous » destinés aux enfants abandonnés (filles et garçons).

Ce programme également appuyé par la fondation luxembourgeoise Raoul Follereau entend contribuer à mettre fin aux inégalités entre les enfants de nantis et ceux de parents à revenus très faibles. Grâce à ce projet, 1200 enfants ont déjà été inscrits à l’école. Le premier contingent, une centaine d’élèves passent en classe de 6è cette année.

N’eut été le programme « École pour tous« , explique Ibrahima Samassékou, ces laissés pour compte allaient grossir le rangs de ces enfants que l’on désigne sous divers vocables (enfants de la rue, enfants dans la rue, enfants en situations difficiles, etc.).

Effectivement, beaucoup d’enfants sont orientés très jeunes par les parents vers des activités génératrices de revenus. Au moment où ils doivent justement aller à l’école. Les petits revenus qu’ils gagnent leur permettent de subvenir à leurs petits besoins et d’aider des parents qui n’ont même pas les moyens de payer leurs frais d’inscription (5 000 Fcfa) ou qui ont d’autres dépenses prioritaires. Grâce à l’opération « École pour tous », de nombreux enfants de parents démunis ont la chance d’apprendre à lire et à écrire et de profiter des plaisirs de l’enfance auxquels ils ont bien droit.

La stratégie adoptée par le programme est le parrainage. Dans ce cadre, 1 200 enfants bénéficiaient ainsi chaque année de kits scolaires : habits, sacs, manuels scolaires, alimentation. Chaque enfant recevait en outre pour la rentrée scolaire 9 500 Fcfa. Aujourd’hui avec les restrictions budgétaires, cette somme a été ramenée à 8 000 Fcfa.
Cette chaîne de solidarité de la Fondation mérite d’être davantage soutenue. Avis aux bonnes volontés.


D. D

1er Septembre 2008