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Ici! Ici! J’ai trouvé! » En un clin d’œil, le cercle s’est formé autour d’un bac noyé sous une épaisse boue rouge. Dans ses mains gluantes, l’orpailleuse exhibe sous les yeux jaloux de ses collègues sa trouvaille du jour: une minuscule pépite d’or. Nathenje, à une vingtaine de kilomètres au sud de Lilongwe, la capitale du Malawi. Malgré le soleil brûlant de l’après-midi, une cinquantaine de femmes en boubous chatoyants creusent, piochent et tamisent les alentours de la rivière. Leurs silhouettes multicolores grêlent à perte de vue le paysage, lunaire à force d’avoir été retourné. Il y a quatre mois, tout le village a tourné le dos à ses champs et à leurs récoltes souvent aléatoires, emporté par la fièvre de l’or et de ses promesses de vie meilleure. Des centaines d’hommes et de femmes des alentours n’ont pas tardé à rejoindre les villageois après qu’un Indien fraîchement débarqué sur ces terres en eut extrait quelques paillettes. « Au bout de quelque temps, il s’est enfui parce que la police était à ses trousses et qu’il n’avait pas de permis », se souvient un dignitaire du village, Misheck Chilayisoni. « Deux de ses hommes sont restés et ont ensuite fait venir des amis. » Leur manège a commencé à intriguer les villageois, qui n’ont pas tardé à les rejoindre et à piocher à leur tour. Ils sont aujourd’hui plusieurs milliers à se presser tous les jours le long des berges de la rivière en charriant sur leur tête des tonnes de terre qu’ils lavent à grande eau dans l’espoir d’y faire apparaître quelques grammes de métal jaune. Leur butin est souvent nul. Maigre au mieux les jours de chance. – « Soulagement » – Misheck Chilayisoni s’y est mis en achetant à l’Etat un rectangle de 5 m sur 10 pour 40.000 kwachas (moins de 50 euros). « C’est du boulot », soupire-t-il. « Il faut payer les femmes qui portent la terre, les camions qui évacuent le sable des rives et ceux qui lavent le sol pour dégager l’or. » Sa voisine de labeur confie qu’elle ne savait pas à quoi ressemblait l’or il y a quelques mois encore. « Je savais juste que c’était une pierre précieuse », rit Tandizeni Natani. « Le premier jour, j’en ai vendu pour 25.000 kwachas (30 euros). Jusqu’à présent, j’ai gagné 100.000 kwachas », proclame-t-elle. « J’ai pu acheter des fournitures scolaires aux enfants. » Tous les villageois n’ont pas la même veine. « Les premiers temps, ça plutôt bien marché, mais il m’arrive de creuser pendant des jours sans rien trouver », rouspète Fatima Chikalipo. « Alors je n’ai guère fait de bénéfices. » A l’incertitude de la chance s’ajoute celle des prix, qui font régulièrement le yoyo… AFP