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France légitime le Mnla et sa revendication de l’autodétermination
Les autorités françaises ont planifié, coordonné et mis en œuvre une intervention militaire au Mali à travers l’opération «Serval» et ne parlaient plus de solution politique au Nord (alors que la solution politique définitive était leur cheval de bataille durant tout le temps où le MNLA avait en apparence le leadership des groupes armés !).

Cela m’a amené à me poser un certain nombre de questions :

1. Où les autorités françaises voulaient- elles en venir ?

2. Quelle était leur analyse sur les origines de cette crise armée et quelle solution politique à terme était-elle envisagée ?

3. Quels étaient au juste les buts de cette guerre ?

4. Quand pourra-t-on considérer que les opérations militaires seront terminées ?

5. Pourquoi la France semble autant s’intéresser aux souffrances des maliens ? N’est-ce pas à cause des richesses qui sont les causes de cette motivation ?

Ce sont des questions que le gouvernement français n’aborde jamais, tout en faisant pression sur les Nations unies pour obtenir la mise sur pied d’une force des Nations-Unies au Mali. Tout se passe comme si on veut affaiblir le Mali, voire le démembrer. Il s’agit en fait d’une occupation coloniale du Mali. Sinon, comment expliquer autrement cet amour immodéré de la France et d’autres pays pour le MNLA ?
Mais, il faut voir dans l’attitude de la France une manœuvre subtile dont l’objectif stratégique est double :

– la première manœuvre fait légitimer le MNLA et sa revendication de l’autodétermination d’une part, et obligera les autorités maliennes à dialoguer avec lui ;

– la seconde manœuvre consistait à faire avaliser l’intervention militaire pour assurer au MNLA un territoire réel et des populations vivantes sous «son autorité», et surtout permettra d’imposer par le truchement des forces étrangères (la CEDEAO, la Mission internationale de soutien au Mali-MISMA et bientôt les Nations Unies) occupant le territoire, la tenue d’un referendum sur l’autodétermination (laquelle sera sans doute truquée ou n’aura jamais lieu parce que le MNLA, honni par les populations locales ne peut pas gagner démocratiquement des élections) ; en ce cas, l’enlisement conviendrait mieux à la France pour faire gérer cette partie de notre territoire par ses suppôts et à son compte.

Et c’est dans cette vision stratégique qu’il convient de situer et d’analyser les nombreuses interventions du président Blaise Compaoré et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui sont :

a) de fournir au MNLA une légion d’experts en droit international qui lui ont élaboré une stratégie fine avec comme première étape une étrange version du principe de l’autodétermination et des documents juridiques secrets pour la suite ;

b) faire imposer par la CEDEAO aux autorités maliennes, la création d’une structure nationale pour les négociations avec les groupes armés qui se sont démarqués des terroristes islamiques que sont le MUJAO et AQMI. Un Comité national de négociation existe, au moins sur le papier sur «proposition» du Pr. Dioncounda Traoré. Mais, Blaise Compaoré a demandé avec insistance la création officielle d’une telle structure pour la même mission, dans le but évident de servir les desseins de la France.
L’absence de vision du Gouvernement, son amateurisme scandaleux et son extrême légèreté dans la gestion de la crise politique, institutionnelle et sécuritaire ne laissent aucune marge de manœuvre au pays, pour construire une approche politique et diplomatique en mesure de le prévenir des menaces qui le guettent. La situation est bloquée et il n’existe aucune perspective de solution allant dans le sens du changement souhaité par l’immense majorité des maliens.

Sous la dictée de la CEDEAO et des puissances étrangères notamment la France, le Gouvernement de la Transition dirigé par le Professeur Dioncounda Traoré a précipité notre pays dans la guerre contre les islamistes et a créé les conditions d’une occupation coloniale longue au coût politique et humain particulièrement élevé. Cette occupation n’apportera que malheurs et souffrances pour le Mali et les Maliens.
Souvenons de l’occupation de Haïti depuis 1992, par les troupes étrangères placées sous la bannière des Nation s unies ; celle de la République démocratique du Congo où il y’a eu plus de 3 millions de morts et des millions de réfugiés et où la guerre civile se poursuit accompagné du pillage des richesses de ce pays ; l’occupation de l’Irak par les troupes américaines qui aura coûté selon l’économiste américain et prix Nobel de la paix Joseph Stieglitz 3.000 milliards de dollars US.
Cette somme astronomique aurait pu servir à construire 8 millions d’habitations décentes aux Etats-Unis, ou sur le continent africain, à recruter 15 millions d’enseignants et à permettre un meilleur accès aux soins de santé pour 530 millions d’enfants dans le monde pendant au moins une année ! Elle devrait également assurer des bourses universitaires pour 43 millions d’étudiants de pays au revenu faible et résoudre les problèmes de sécurité sociale aux Etats-Unis même pendant 50 années.
Les Etats-Unis accordent en moyenne par an 5 milliards de dollars d’aide au continent africain soit l’équivalent du budget de 10 jours de guerre en Irak ! D’ailleurs, ces estimations s’avèreraient bien inférieures si on y ajoute les coûts du diagnostic, du traitement et des compensations financières pour les vétérans handicapés. Il faudra souligner par ailleurs que plus de 4.500 soldats américains ont perdu la vie au cours de ces huit années d’occupation en Irak, sans compter le nombre de blessés et les cas de suicide parmi les soldats rentrés au pays.

Cette occupation n’a pas amélioré la situation sociale et économique du pays où la mortalité infantile a augmenté de 150% depuis 1990, lorsque pour la première fois, les Nations-Unies ont décrété un embargo contre le régime de Saddam Hussein après l’invasion du Koweït par son armée.
En 2008, 50% des enfants en âge de fréquenter l’école primaire allaient en classe contre 80% en 2005. Cette même année, les statistiques fournies par des organismes humanitaires intervenant sur le terrain ont établi que le pays comptait 5 millions d’orphelins et près de 2 millions de veuves, que 2,7 millions d’irakiens s’étaient expatriés dont 2,2 millions ont trouvé refuge dans les pays voisins, soit 1 irakien sur 6.
Le Croissant Rouge irakien pour sa part, a estimé que 83% de ces expatriés sont des femmes et des enfants dont la majorité a moins de 12 ans.
En 2010, il a souligné que 8 millions d’irakiens ont besoin d’aide humanitaire, que 70% n’ont pas accès à l’eau potable. Le taux de chômage est évalué à 50% officiellement, mais 70% officieusement. Parmi ces chômeurs, 43% d’entre eux vivent dans une extrême pauvreté, 4 millions souffrent d’un manque de nourriture et plus de 60% de ces affamés dépendent de l’aide alimentaire et ont accès aux ratios distribués par le système de distribution publique contre 96% il y’a sept ans (7) !

Outre le désastre humain et social que cette invasion a occasionné en Irak, elle a également consacré l’anéantissement de pans entiers de l’histoire de l’humanité. On se souvient des exemples historiques du pillage de Constantinople, en 1204 par les croisés catholiques, de celui de la destruction de Mexico-Tenochtitlan, en 1521 par les Conquistadors espagnols et de la mise à sac de Rome, en 1527 par les troupes de Charles Quint qui restèrent comme les plus importantes marques du déni de la civilisation humaine.
Dans la continuité des souvenirs tragiques de cette époque de l’humanité, Bagdad avait connu deux grandes destructions :
– celle de 1258 par les Mongols qui ont jeté dans le Tigre 400.000 volumes de la grande bibliothèque Mustansiriya ;
– celle de 1401, par d’autres Mongols sous la conduite du terrible Tamerlan, le «boiteux de fer» qui saccagèrent la plus grande somme de richesse culturelle jamais rassemblée.

L’Irak symbolise la région de la Mésopotamie, du Croissant Fertile, des vallées du Tigre et de l’Euphrate et considérée comme le «berceau de l’humanité». C’est dans cette région que sont apparues les civilisations Akkadiennes, sumériennes, babyloniennes, assyriennes.
L’agriculture, la ville (Babel), l’Etat, l’écriture cunéiforme, la loi (avec le code de Hammourabi), la religion monothéiste, la médecine, l’astronomie, la culture de la canne à sucre, le zéro et les chiffres arabes y sont nés dans cette région que la bible a désignée comme le paradis terrestre, le «jardin d’Eden» où Dieu a créé la femme, la terre de la légendaire bibliothèque de Ninive de la Tour de Babel et des jardins suspendus de Babylone, considérés par les grecques comme l’une des 7 merveilles de l’univers.
L’invasion américaine a fait disparaître les témoignages de toutes ces gloires antiques. En une semaine d’invasion, le plus vieil Etat du monde a vu l’essentiel de ses trésors archéologiques et artistiques pillés sous le regard de soldats américains plus tôt préoccupés à sécuriser le Ministère Irakien du Pétrole ! Les 7 plus grands musées nationaux ont été mis à sac. Les musées d’archéologie à Bagdad, Mossoul, Tikrit ont été dépouillés de plus de 80% de leurs 150.000 pièces. La Bibliothèque Nationale a été incendiée.

A ce tableau noir il faut ajouter l’incendie du Musée d’art moderne contenant 7500 objets, du Conservatoire National de Musique, de la Bibliothèque coranique. Par ailleurs, les ruines de Babylone ainsi que plus de 5000 sites archéologiques ont également été pillés.
Un autre exemple de pays qui a sombré après l’intervention des armées occidentales : La Libye. L’agression militaire de l’OTAN13 a non seulement crée les conditions d’une guerre civile dans ce pays, mais transformé l’ensemble de la région sahélo-saharienne en une poudrière. On signale la disparition de plus d’un million de pièces d’artillerie à tripoli, plus de 100.000 Kalachnikovs et 15.000 missiles sol-air.

Les infrastructures économiques ont été détruites afin de créer les conditions pour un marché florissant de la reconstruction évaluée à 470 milliards de dollars US. Ce sont les multinationales des pays ayant participé aux frappes notamment les USA, la Grande-Bretagne, la France, l’Italie qui se partagent les juteux contrats. Quelques miettes reviendraient aux entreprises turques et qataries en guise de remerciement pour avoir soutenu avec un zèle outré l’intervention militaire. Ainsi, les 200 milliards de dollars de fonds souverains libyens qui sont déjà confisqués par les Etats occidentaux s’avéreraient insuffisants, ce qui signifie que la Libye va sombrer dans la spirale de la dette en faisant appel au FMI.

Que deviendra notre pays après cette guerre dans les années à venir ? Qui va payer les factures de cette opération «Serval» quand on sait aujourd’hui qu’en deux mois de guerre, la France a déboursé 140 millions d’euros, uniquement liés à la première phase de déploiement de l’opération ? Elle débourse un montant de 2,6 millions d’euros en moyenne par jour, selon les chiffres donnés par le Ministère français de la défense, soit environ le double comparé à celui de l’intervention en Libye qui était de 1.246.OOO euros.
La France va-t-elle supporter toutes ces dépenses colossales sans rien n’exiger en contrepartie ? Comment les Nations unies qui vont prendre le relais de la France vont-elle vont-t-elles financer la poursuite de la mission au Mali ? Quels seront les mécanismes de financement qui sont mis au point ? Quelle sera-la contrepartie du Mali dans cet effort financier ?

A terme, la solution politique qui s’impose à notre pays pour la résolution de la crise qu’il traverse peut se résumer en cinq propositions concrètes :

1. Le Mali doit souverainement engager une double action diplomatique et politique, dès maintenant, pour éviter une occupation prolongée de notre pays et sa mise sous tutelle des Nations unies et de certaines puissances coloniales. A cet effet, il nous faut sceller une alliance stratégique avec l’Algérie qui risque aussi d’être la prochaine cible des puissances coloniales.

La politique de renationalisation des hydrocarbures courageusement mise en œuvre en 2006 par ce pays, la restauration de la souveraineté de décision économique, l’injection d’importants investissements publics dans la relance économique, les augmentations de salaires et autres dépenses sociales malgré les pressions du FMI, de la BM, de l’UE et des gouvernements des grandes puissances, l’instauration de la règle de 51/49 dans les contrats de partenariat avec les étrangers, le droit de préemption au profit de l’Etat, la préférence nationale, l’obligation pour les entreprises étrangères d’investir une part de leurs bénéfices en Algérie, sont autant de raisons qui expliquent cette politique d’hostilité et de chantage permanent menée par certains pays occidentaux notamment la France et les Etats-Unis qui rêvent même de créer un nouveau CNT en Algérie.

Il y’a aussi l’extrême convoitise des multinationales US et européennes du marché de la relance économique de ce pays qui s’élève à plus de 286 milliards de dollars et pour l’octroi duquel des pressions de toute sorte sont exercées sur l’Etat algérien afin qu’il leur offre le pactole sur un plateau d’argent. Une autre raison de cet acharnement contre le pays : son opposition ferme et résolue à l’installation d’Africom sur son sol et dans l’ensemble de la région.

2. Il ne doit laisser aucune force étrangère occuper le terrain ;

3. tout appui doit venir en appoint sans possibilité de s’installer pour introniser un groupe rebelle et piller les ressources de la région après la guerre ;

4. la première aide sincère et honnête doit être de faire débloquer toutes nos armes retenues dans les ports des pays voisins et en Europe et de rompre avec les politiques de chantage qui se poursuivent à un rythme effréné et qui n’ont d’autre but que discréditer notre armée et la réduire en une force auxiliaire ;

5. la seconde, tout aussi capitale, c’est de laisser les maliens décider souverainement du devenir de leur pays (en particulier la tenue de la concertation nationale) chose que la CEDEAO, l’Union Africaine, la France s’est employée à empêcher par tous les moyens depuis le 22 mars 2012. A Suivre

Nouhoum KEITA

L’Inter de Bamako du 20 Mai 2013