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La DGE aurait bien fait de corriger le fichier au lieu de jeter son bébé avec l’eau du bain. Qu’est-ce qui se cache donc derrière les agissements du Colonel Siaka Sangaré ?

LES GERMES DU DOUTE SEMES

Depuis que la Délégation Générale aux Elections (DGE) a adressé à certains leaders de partis politiques un rapport confidentiel daté du 17 septembre 2008 sur l’état actuel du fichier électoral, des partis politiques comme le PARENA et l’UFDP ont émis de sérieux doute sur la fiabilité, la transparence et la sincérité des élections du 26 avril prochain. Le collège électoral est convoqué à cette date pour renouveler les mandats des 10 777 conseillers communaux du pays.

Par la même circonstance, les électeurs du cercle de Bougouni sont appelés ce jour-là à désigner celui ou celle qui succédera à Mamadou Sinayoko dit “Gaucher”, député élu à Bougouni en 2007 sous les couleurs du BARICA et décédé en fin 2008. En produisant un rapport sur le fichier électoral, la DGE a outrepassé ses missions et a fourni à l’opposition l’arme pour combattre le pouvoir. Son acte est assimilable à la haute trahison passible d’être jugé par la Haute Cour de Justice.
Dommage que cette juridiction pourtant prévue par la constitution n’est pas encore fonctionnelle. Mais, puisque le Colonel Siaka Sangaré a montré son incompétence pour nous produire un bon fichier électoral, il doit avoir le courage de démissionner.

LES CONSÉQUENCES DE LA PUBLICATION DU RAPPORT

Les propos au Délégué Général aux Elections, le Colonel Siaka Sangaré sur la non fiabilité du fichier électoral ont été relayés par le PARENA qui, à son tour, a produit un mémorandum datant du 23 janvier 2009 dans lequel le parti de Tiébilé Dramé a demandé le report de la date du scrutin du 26 avril prochain. Comme mentionné haut, le rapport confidentiel de la DGE a été adressé aux présidents des partis politiques. Ni le président de la République, ni le gouvernement n’a été saisi dudit rapport.

C’est pourquoi, nos sources nous rapportent que le délégué a été entendu sur le sujet lors du conseil extraordinaire des ministres du jeudi 8 février 2009. Il a été exigé du Délégué Général aux Élections d’adresser au président de la République et au gouvernement une copie de son rapport.

Cela tarde toujours à se faire car, le ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales, le Général Kafougouna Koné, lors de sa rencontre avec les partis politiques le 23 février dernier, a affirmé que la DGE est responsable du fichier électoral et qu’elle devrait leur envoyer un projet de communication si elle jugeait que le fichier était mauvais. En tout cas, le fichier électoral est le bébé de la Délégation Générale aux Élections.

Le gouvernement a exclu toute idée de report des élections du 26 avril 2009. Mieux, en prélude à ces échéances, la campagne électorale s’ouvre le dimanche 5 avril à zéro heure et se ferme le vendredi 24 avril à minuit.

CE QUE DIT LA LOI PAR RAPPORT AUX MISSIONS DE LA DGE

La Délégation Générale aux Elections (DGE) est chargée de: l’élaboration et de la gestion du fichier électoral, la confection et l’impression des cartes d’électeurs, la gestion du financement public des partis politiques.

Elle porte également assistance à la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) à la demande de celle-ci. La fonction de Délégué Général et de son adjoint est incompatible avec l’exercice de toutes fonctions administratives, politiques et toute autre activité professionnelle privée. La loi est très claire, nulle part on ne parle de la production d’un rapport par la DGE.

Pourquoi donc la Délégation Générale aux Elections a produit un rapport sur l’état du fichier électoral ? Au lieu de saisir directement le président de la République qui l’a nommé par décret, ou par l’intermédiaire du Général Kafougouna Koné, ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales, le Colonel Siaka Sangaré a préféré s’adresser aux chefs des partis politiques.

Puisque l’essentiel réside dans la forme, il y a là une vice de forme dans la démarche du Délégué Général aux Elections. Même au fond, il n’y a pas lieu de s’inquiéter face à une augmentation générale du nombre de la population. Le Mali est un pays à fort taux de fécondité. Ce n’est pas un hasard si les jeunes constituent plus de 60% de la population. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter de l’augmentation fulgurante du nombre d’électeurs qui est passé de 6 millions de 2007 à plus de 7 millions en 2008 comme le prétend la DGE.

LES AMBITIONS INAVOUEES DU COLONEL SIAKA SANGARE

L’avenir du Colonel Siaka Sangaré à la tête de la Délégation Générale aux Elections ne serait plus qu’une question de jours, voire de mois. Daba Diawara, dans son rapport sur la consolidation de la démocratie au Mali, a proposé la suppression de la DGE et de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). En lieu et place de ces deux structures impliquées dans l’organisation des élections, la commission Daba Diawara propose une structure pérenne avec de gros moyens.

Si ce rapport se concrétise, c’est la fin de la mission du Colonel Siaka Sangaré. Sentant sa mise à la retraite venir, le Délégué Général viserait la tête de cette structure en gestation. Depuis 2002, il est le délégué général, d’aucuns pensent qu’il a envie de changer de poste. Il lorgnerait en ce moment du côté du MATCL où il pourrait être ministre à défaut d’être désigné premier responsable de la structure pérenne dont rêve Daba Diawara.

Le Délégué Général aux Elections, le Colonel Siaka Sangaré aura-t-il le courage de démissionner, puisqu’il n’y a pas pour l’instant une juridiction susceptible de le juger ? Ou va-t-il attendre qu’il soit démis de ses fonctions ?

Daba Balla KEITA

02 mars 2009