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Le retour au pluralisme politique, à la faveur des événements du 26 mars 1991, a conduit à la création de plusieurs partis politiques … dont certains sont la renaissance des anciens partis (US-RDA et PSP) qui avaient existé avant l’accession du Mali à l’indépendance.

Actuellement, le Mali compte plus d’une centaine de formations politiques (105 au total) inscrites dans les registres du ministère de l’Administration territoriale et des Collectivités locales. Ainsi, la démocratie malienne a fait l’objet d’une étude du Centre d’expertise politique et institutionnelle en Afrique de Ousmane Sy, ancien ministre. Les grandes lignes.

« Paradoxalement, ce foi­sonnement de partis poli­tiques n’a conduit à la pro­position ni de plusieurs alternatives politiques, ni de projets de sociétés diffé­renciés. La vie politique s’est très vite cristallisée autour de la personne des différents leaders au point que l’identité de la plupart des partis renvoie à celle de patrimoine personnel de ce chef… »

Au bout d’une quinzaine d’années, la désaffection de plus en plus grande des populations vis-à-vis de la chose politique, le plafon­nement voire la régression de la participation au vote, la grande présence des indépendants dans le débat politique et de plus en plus dans les compétitions élec­torales sont les caractéris­tiques principales de la démocratie pluraliste au Mali…. »

Voilà, entres autres, le constat de l’Etude réalisée par le Centre d’Expertise Politique et Institutionnelle en Afrique. Thème : « partis politiques au Mali ; quels constats, quels défis et quelles réponses pour la construction d’une démo­cratie pluraliste ».

Ce sont au total près de 150 personnes de toutes les catégories d’acteurs (acteurs politiques et acteurs non politiques) et de toutes les couches socio­professionnelles provenant tant du milieu urbain (Bamako, Ségou et Sikasso) que du milieu rural qui ont participé à cette étude. La très grande diversité des personnes rencontrées accorde donc un crédit cer­tain aux résultats de cette étude financée par le PNUD. Dans l’analyse croi­sée des résultats obtenus, il ressort clairement que « la politique au Mali est mala­de de ses acteurs politiques (mauvaises gestion interne des partis politiques, res­ponsables corrompus…). Que la démocratie malienne est caractérisée par un consensus qui vide de fait les partis politiques de leurs rôles et responsabilités dans la gestion des affaires de l’Etat (dénégation du fait majoritaire, consensus poli­tique « hypocrite ») et l’ab­sence d’une opposition poli­tique significative« .

Quant aux analyses des résultats des sondages opé­rés dans les différents milieux et complétées par la grande littérature qui existe sur la situation politique, elles montrent que depuis la création de la République du Mali, « aucune des Républiques n’a pu admettre une opposition politique ». On passe de « parti unique de fait » à « parti unique constitution­nel », puis parti majoritaire qui persécute l’opposition », à aujourd’hui, un « groupe unique de partis sans oppo­sition ».

Au sujet des prochaines échéances électorales, le Centre d’Expertise Politique et Institutionnelle en Afrique (CEPIA) indique que les « contradictions politiques se réveilleront inévi­tablement lorsque se lève le vent de la conquête du pou­voir et que les intérêts se verront menacés« . On sent déjà les prémices de cette agitation dans « la marmite du consensus politique » au Mali, conclut l’Etude.

Le « consensus« , selon cette étude, a indéniable­ment contribué à éloigner la tendance de la violence et des comportements extrêmes qui s’étaient par le passé manifestés à plu­sieurs reprises sous les régimes passés, dont la plus récente a abouti à l’annula­tion des premières élections législatives de 1997 et qui est restée en filigrane pen­dant tout le second mandat de Alpha Oumar Konaré, et déterminé les relations entre la majorité au pouvoir et les autres.

« Aujourd’hui, selon le CEPIA, dans l’ac­tuel mandat des questions importantes restent posées, concernant l’évaluation du comportement des partis politiques, et surtout le rôle qu’ils pourraient jouer dans un éventuel prochain quin­quennat de l’actuel prési­dent autour duquel se forme le consensus, car son attitude envers les partis né serait sans nul doute plus la même envers ses partisans politiques. Il va sans nul doute apparaître la diffé­rence de comportements qu’adoptent un président sortant, en fin de mandatu­re constitutionnelle et un président sortant briguant un autre mandat. Si l’un veut sauvegarder ses chances d’être réélu (qui veut aller loin, ménage sa monture), l’autre par contre, tient à avoir une sortie honorable (surtout, si c’est lui qui sort et que les autres veulent rester, donc doivent à s’accrocher à d’autres deux)« .

Le consensus poli­tique est antidémocra­tique

Le CEPIA constate que dans le système politique actuel, les limites sont d’au­tant plus perceptibles que la participation des partis politiques à la gestion du pouvoir ne s’est pas accom­pagnée d’une réelle implica­tion. « L’exécutif gouverne­mental a dû affronter seul les grandes bourrasques économiques et sociales, en entendant au mieux signi­fier une solidarité formelle. Le consensus aidant, les choses se passent bien« .

En fait, on parle de « consensus politique » au Mali. S’agit-il d’un vrai consensus ? s’interrogea le CEPIA. Par définition, expliqua le Centre, un « consensus politique« , intervient quand des partis politiques acceptent négo­cier sur la base de leur pro­jet de société et programme de gouvernement pour défi­nir la manière dont, de manière consensuelle, ils vont ensemble agir dans la complémentarité technique de leurs programmes et la convergence politique de leurs leaders, pour gouver­ner.

Selon le CEPÏA, « un consensus qui se base uni­quement sur la volonté des personnes (parfois des lea­ders) à se rallier, sans fon­dement technique, ni de vision politique est certes opportuniste, mais aussi sans avenir, ni pour les lea­ders, encore moins pour leurs formations poli­tiques« . Il ne peut même pas être appelé Coalition ou alliance politique.

« En effet, souligne le CEPIA, en démocratie on parle d’alliances/coalitions politiques, de prises de décisions consensuelles, de convergences politiques, mais jamais de consensus politique. On parle de consensus politiques par abus de langage, car il s’apparente à l’unanimisme politique« . En fait, indique le CEPIA, le consensus tel qu’on le vit au Mali s’appa­rente à de l’unanimisme politique, qui est antidémo­cratique.

« Même la simple coali­tion politique ne se décrète pas. Elle se construit tech­niquement et politiquement et a besoin d’être validée par les militants de part et d’autre« , ajoute le Centre.

Aujourd’hui, fera remar­quer le CEPIA, les relations qu’entretiennent les princi­pales formations politiques avec le pouvoir actuel (avec dans leurs entrejambes, quelques associations et mouvements), ont donc plus tenu de l’accompagne­ment que du partenariat, encore moins du consensus. L’accompagnement s’arrê­tera au bout du chemin (la fin de la mandature consti­tutionnelle), et ensuite, il faudra se frayer sa propre voie, sinon disparaître.

Tel est le dilemme face auquel se trouve toute la classe politique malienne, même les formations qui se sont manifestées candi­dates aux prochaines élec­tions. « Jusqu’où, il faut faire l’accompagnement ? » En réalité, à aucun moment n’est apparue entre les deux parties (partis politiques et pouvoir en place), une acti­ve synergie qui aurait, par exemple, amélioré la qualité de la vie sociale, apporté plus de consistance à la réflexion politique et socioéconomique, servi d’ai­guillon supplémentaire à l’action gouvernementale, constate l’étude.

Selon le CEPIA, « le consensus, dans la pra­tique s’est limitée à la non hostilité des partis poli­tiques et la gestion exécuti­ve commune des affaires publiques en se faisant exo­nérer de tout effort de pro­jection stratégique et par­fois même d’inflexion tac­tique« . Le CEPIA ajoute qu’une formule aussi res­trictive de collaboration ne pourrait être réactivée en cas de reconduite du prési­dent actuel, car elle porte­rait en elle les germes d’une « désagrégation de l’autorité de l’Etat dans la seconde moitié du mandat« .

« La conscience profes­sionnelle et la volonté du président actuel de se trou­ver une meilleure porte de sortie lui exigeront de dénoncer les mauvais com­pagnons. Aussi, il survien­dra inévitablement un moment où les prétendants à la succession se tourne­ront vers l’échéance 2012 et s’affranchiront des obliga­tions d’un attelage dans lequel ils ne trouveraient plus leur compte dans un échafaud commun« , conclut l’étude.

Birama Fall

07 février 2007.