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La démocratie malienne jusqu’au coup d’Etat du 22 mars dernier était considérée, pour certains observateurs tant nationaux qu’internationaux, comme une référence sur le continent. Si l’on s’en tient aux principes fondamentaux de la démocratie à savoir la liberté d’expression, l’égalité, la justice, la liberté politique, des élections libres et transparentes, la liberté de voyage, la liberté de culte….il paraissait très peu aisé à l’époque de remettre en cause notre jeune démocratie. Aujourd’hui, et depuis les évènements du 22 mars 2012, la donne a changé. La démocratie au Mali n’a pas été considérée comme un système permettant de choisir librement ses élus et d’assurer leur contrôle, mais tout simplement comme étant un système permettant de s’offrir un accès aux prébendes de l’Etat et aux revenus de la rente de l’aide internationale.

electionLa démocratie au Mali, au-delà de la violation de ses principes fondamentaux, demeure malheureusement ni plus ni moins qu’un outil de marchandage interne et international au service d’un Etat clientéliste de passe-droit dont la légitimité est acquise d’une part par l’octroi de faveurs distribuées grâce aux revenus de la corruption et d’autre part, par la tolérance des transgressions à la loi en guise de contreparties de l’allégeance au pouvoir. Et tant que perdureront ce système et cette instrumentalisation, la démocratie malienne se construira à reculons. D’où l’expression populaire : un pas en avant, deux pas en arrière ! Et ce paradoxe de la démocratie malienne est conforté tant au regard de ses principes fondamentaux (1) que de son évolution historique (2).

1) Le paradoxe de la démocratie malienne quant aux principes démocratiques :

La liberté d’expression, sous l’impulsion du désordre, a favorisé l’anarchie et ouvert la porte à toutes sortes d’inconsciences nationales.

L’égalité et la justice, prônées théoriquement dans le discours officiel et consolidées par les instruments et dispositifs y afférents, sont de plus en plus reniées au profit de l’impunité et de la corruption. La liberté politique, ayant d’ores et déjà engendré plus d’une centaine de partis politiques et encouragé la prostitution politique, présage la création d’un parti politique par famille si aucune mesure n’est prise. Et quand aux élections, elles ont toujours été libres et transparentes même si la légitimité et la crédibilité laissent toujours à désirer. Le paradoxe de la démocratie malienne est qu’elle tend soit vers l’anarchie, soit vers la fourberie ; d’où des incohérences notoires sur son évolution historique.

2) Le paradoxe de la démocratie malienne quant à son évolution historique :

De 1992 aux récentes élections législatives, la démocratie malienne aura connu plusieurs rebondissements, les uns aussi retentissants que les autres. ATT, en 1992, après avoir pris le pouvoir par les armes, le rend démocratiquement au terme d’une élection. Son successeur, Alpha Oumar Konaré, à l’issue de ses deux mandats et conformément aux dispositions de la Constitution, rend le pouvoir à celui-là même qui le lui a donné en 1992. Autant, nous concédons l’expression «simple coïncidence politique» ; qu’il nous soit permis, compte tenu de la fraude organisée lors de ces élections l’expression, d’utiliser le terme «jeu démocratique». De 1992 à 2012, la démocratie malienne était sans conteste un exemple dans la sous-région. Etant entendu que cette exemplarité était de façade, car ne prenant en compte que l’effectivité des principes fondamentaux et non leur respect. 22 mars 2012, la démocratie malienne dévoile ses défaillances et le comble de l’ironie au moment même où le Sénégal consolide son statut de pays démocratique. Résultantes de 20 années de corruption endémique, de népotisme et d’impunité, les mésaventures de mars 2012 ont tiré la sonnette d’alarme sur l’état de notre démocratie. A peine les réflexions amorcées, le Mali signe son retour sur la scène démocratique avec le retour à l’ordre constitutionnel et l’élection du Président Ibrahim Boubacar Keïta.

Sauf que ce retour se trouve encore une fois ébranlé aujourd’hui avec le fiasco des dernières élections législatives. Le faible taux de participation, contrairement aux présidentielles, et les raisons justifiant ce dernier, prouvent de la manière la plus inéluctable que la démocratie malienne continue son petit chemin, mais très difficilement. D’où, l’impérieuse nécessité de la repenser ou de l’approprier autrement, car quoique l’on dise la démocratie aura d’une part plus favorisé la classe intellectuelle que le citoyen lambda. Et d’autre part, rendu ce dernier (le citoyen) moins respectueux des institutions, valeurs et règles démocratiques.

Fousseyni MAÏGA

Le Flambeau du 27 Novembre 2013