Partager

Comment avez-vous passé le réveillon à Bamako? Quels sont vos résolutions au début de cette nouvelle année ? Quels sont vos projets ? Vos vœux pour le Mali en 2014? Voici les questions auxquels une dizaine de nos concitoyens ont accepté de répondre ce lundi 6 janvier. Notre envoyé spécial a baladé son micro à travers la ville de Bamako.

Mlle Fatoumata Traoré, élève au lycée Niger de Torokorobougou : «Après le baccalauréat, je souhaite me marier»jpg_une-2489.jpg

J’ai célébré le réveillon parce que j’étais en bonne santé et bien joyeuse ce jour. Je fais le bac cette année et j’ai donc décidé de me consacrer entièrement à cet examen, Incha Allah. C’est ma résolution. Après le baccalauréat, ce que j’espère, c’est de pouvoir me marier tout en continuant mes études jusqu’à leurs termes.

En 2014, je souhaite que le pays soit plus calme, que la pauvreté régresse et que tout le monde soit à l’aise dans la société. La priorité, c’est de pacifier le nord car c’est la base pour avoir un pays stable. Par ailleurs, es autorités doivent absolument mettre en œuvre les programmes sur la base desquels elles ont été élues.

Boubacar Sylla : mécanicien : «Le Mali se compare au Cameroun en termes de corruption»
jpg_une-2491.jpg
J’ai fêté le 31 décembre en famille, dans la limite de mes moyens.

En termes de résolution, je suis mécanicien et je compte développer mes connaissances. C’est pourquoi je souhaite faire une formation dans ce sens. J’ai soumis l’idée à la chambre des métiers et j’espère avoir une réponse favorable en 2014. Tous mes projets professionnels sont donc suspendus à cette formation.

Pour le pays, je pense qu’il faut rigoureusement lutter contre la corruption puisqu’en la matière, le Mali se compare aujourd’hui au Cameroun. Cette corruption a une part entière dans la crise que nous traversons. Il faut également davantage de justice.
Sachons que le président ne peut pas tout faire seul, il faut que les citoyens l’accompagnent. Fonctionnaire ou non, nous devons tous travailler dans le cadre fixé par la loi et chacun doit évoluer en ayant conscience de ses droits et devoirs.

Abdoul Karim Doumbia, adjoint d’administration à N’Tomikorobougou : «La paix doit être impérativement consolidée»jpg_une-2492.jpg

En 2014, j’ai décidé d’arrêter de sortir la nuit. Ça fait environ six ans que je célèbre le réveillon en famille. Si je suis sorti ce 31 décembre, c’était dans le cadre professionnel.
Cette année, j’ai décidé d’arrêter de fumer. Je me suis fixé une date butoir. Elle n’est pas encore arrivée et c’est pourquoi vous me voyez présentement avec une cigarette. (rire)

Comme tout malien, j’ai des projets, des ambitions… mais compte tenu du manque d’argent, leur concrétisation peut s’avérer être un véritable défi. J’ai des ambitions dans beaucoup de domaines tels que les aménagements territoriaux et l’organisation de la jeunesse dans les quartiers, etc. Je rêve même de l’ouverture d’une boîte de nuit. Bien sûr, aucun de ces projets ne connait un début d’exécution. On sait qu’à Bamako, ce n’est pas facile de réunir des fonds pour la réalisation de telles ambitions. Raison pour laquelle je souhaite de toutes mes forces que la crise que nous traversons prenne fin. Il nous faut la paix et la tranquillité afin que le pays puisse prospérer. Je formule des vœux pour un Mali Un et indivisible dans un contexte d’union et de communion au sein de la population. Je pense que les gens doivent se pardonner. C’est vrai, on ne peut pas oublier nos morts mais on peut pardonner aux bourreaux. Ce n’est pas facile mais c’est nécessaire.
Les maliens doivent savoir que personne d’autre ne viendra construire ce pays à leur place. Et comme cela nécessite une union sacrée, la paix doit être impérativement consolidée.

Daouda Konaté, Coiffeur au Badjalan I : «Nous devons accompagner le président de la République dans sa volonté de lutte contre la corruption»jpg_une-2493.jpg

J’ai fêté le réveillon à ma manière, c’est-à-dire différemment de mon habitude, compte tenu de la situation de crise que traverse le pays. J’estime que nous devons nous préoccuper de choses plus importantes. Les occasions de fêter arriveront après cet épisode de crise.

Concernant les résolutions, j’ai décidé d’arrêter de fumer à partir du mardi 31 décembre 2013. Donc, depuis six jours [entretien réalisé le 6 janvier 2014, Ndr], je n’ai pas allumé une seule cigarette et je compte bien continuer sur ma lancée.

Les décisions qui nécessitent des ressources financières, comme par exemple se fixer une échéance pour se marier, ne sont simplement pas possible à prendre car leur concrétisation relève de la volonté de Dieu.
Pour le moment, je fais de mon mieux en me consacrant à mon travail.

Mon premier vœu pour le pays, c’est la paix et une solution définitive à la crise du nord. Le président de la République que nous avons élu mérite notre respect. Nous devons l’accompagner dans sa volonté de lutte contre la corruption et tout le monde doit se sacrifier au travail.

Mme Zéinabou Maïga, ménagère à Gouana (périphérie de Bamako) : «Les problèmes d’emploi sont préoccupants»
jpg_une-2494.jpg
Nous souhaitons simplement qu’en 2014, le pays reparte sous de bons auspices. Au Mali, les problèmes d’emploi sont très préoccupants. Il est tellement difficile de se procurer de quoi subvenir à ses propres besoins. Si les autorités pouvaient parvenir à résoudre les problèmes d’emploi, il y aurait moins de frustrations.

Je suis Sonrhaï mais je ne suis pas une déplacée du fait de la crise. Je suis mariée ici à Bamako depuis longtemps. J’ai une fille au baccalauréat cette année et une autre qui fera le DEF. Je leur souhaite bonne chance à leurs examens mais aussi celle de trouver des maris cette année.

Personnellement, sur cette crise du nord, mon avis est qu’il faut la résoudre par le dialogue et la concertation. Ce qu’il est important de savoir, c’est que la situation de précarité économique est générale dans tout le pays.

Aboubacar dit Kôkè Tangara, artiste-peintre, réalisateur de cinéma et professeur de lycée : «J’ai des projets intimes…»
jpg_une-2495.jpg
Sincèrement, je n’ai pas fêté le réveillon parce que j’estime que c’est une fête catholique mais je l’ai passé en bonne santé, à la maison.

Concernant les résolutions, je n’ai rien décidé singulièrement cette année par rapport à ma conduite personnelle. J’évolue à mon rythme et je ne compte pas changer cela.

Sur le plan professionnel, j’ai des projets intimes que je me garde bien de dévoiler. Tout ce que je peux dire, c’est que je souhaite que le bon Dieu accordera à tous les maliens le bonheur et les ressources nécessaires à leur épanouissement et cela, partout où ils se trouvent. Dieu fasse que la paix règne au Mali, dans la sous-région et dans le monde. Je pense singulièrement à la Syrie, à l’Afghanistan, à la RD Congo, au Soudan du sud et partout en Afrique où il y a des guerres.

Au Mali, je souhaite de retrouver ses lettres de noblesses d’antan. Que le Mali d’IBK soit un Mali pluriel, un Mali digne de ce nom, développé tant sur le plan économique que culturel. Le Mali doit retrouver son «Dan bé» [sa dignité, Ndlr] et sa stabilité dans un contexte de justice et de réconciliation. Cette justice ne doit pas être à sens unique : tous les justiciables doivent être traités sur le même pied d’égalité.

Les maliens doivent se pardonner mais il faut que la lumière soit faite sur les tristes réalités que le pays a subies ces deux dernières années. C’est en cela que les cœurs peuvent se pardonner afin que le Mali puisse repartir sur de bonnes bases.

Hama Abdoulaye Maïga, diplômé de sociologie : «Si la justice passe, nous croirons fortement que tout ira bien»jpg_une-2496.jpg

Le réveillon comme on le dit est une fête chrétienne. Nous l’avons fêté très modestement pour ne pas dire qu’on ne l’a pas fêté. On a accompagné nos frères chrétiens dans leur fête mais modestement.

Nous avions plein d’ambitions en 2013 qui n’ont pas pu aboutir, donc c’est un souhait pour nous de les faire avancer en 2014. Je suis au chômage. Mon vœu, c’est d’avoir un emploi stable.

La situation n’est pas facile car nous avons vécu un cauchemar ces dernières années. C’est pourquoi, nous souhaitons la paix, la stabilité et la réconciliation entre les maliens et les maliennes. Pour y parvenir, il faut surtout la justice. Sans justice, pas de paix et sans paix, pas de développement. Pour que le Mali puisse aller de l’avant, il faut une justice équitable. Personnes ne doit se sentir lésé dans le pays. Si la justice passe, nous croirons alors fortement que tout ira bien.

Djibril Sidibé, garagiste : «Une paix durable»
jpg_une-2497.jpg
Toute ma préoccupation en ce moment, c’est la situation du pays. Nous implorons Dieu pour qu’il nous accorde une paix durable parce que c’est la base de tout épanouissement personnel. Cela passe par la justice et la transparence. Du sommet à la base, nous devons tous travailler en toute transparence. La stabilité du pays est à ce prix, l’autosuffisance alimentaire aussi. C’est la voix idéale pour parvenir au développement.

Au-delà de la nation, le suis mécanicien, je souhaite promouvoir mon garage afin de me permettre d’assurer les charges familiales et l’instruction de mes enfants. Encore faut-il souligner que tout ceci ne peut s’opérer que dans un climat de stabilité.

Mme Sira Diakité, couturière au quartier Mali : «Il faut que nous nous acceptions avec nos différences»jpg_une-2498.jpg

J’ai fêté le réveillon à domicile, entourée de mon mari et du reste de la famille. Les enfants ne sont pas sortis, ils n’ont pas utilisé de pétards. Nous avons simplement mangé des plats copieux et regardé les artistes à la télé.

Je pense que la guerre qui nous assaille est la préoccupation de tous les citoyens. Il faut de la stabilité pour que l’économie redémarre. C’est mon grand souhait. Je ne vous le cache pas, moi j’aime beaucoup l’argent. Je songe toujours aux gros marchés qui permettent de mieux faire fonctionner mon établissement. Ce qui est pratiquement impossible dans une situation de crise. Nous avons de petites conventions avec des gens y compris à l’extérieur mais ces contrats sont dérisoires pour le fonctionnement de l’atelier.

La stabilité conditionne l’émergence économique et c’est pourquoi mon vœu pour 2014, c’est plus de paix dans l’espoir que l’argent puisse de nouveau circuler. Ces choses sont interdépendantes et leur aboutissement est l’autosuffisance alimentaire du pays. Il faut donc que nous nous acceptions avec nos différences.

Ismaïla Konaté, basketteur à l’AS Police de Bamako : «La nouvelle génération de sportifs peut conduire le Mali très loin»
jpg_une-2490.jpg
C’est le basket ma passion. Je joue à l’AS Police. L’année dernière, j’étais junior. Cette année, je suis sénior. Mon ambition est d’apporter beaucoup de trophées à cette équipe mais aussi d’avoir la chance de décrocher un contrat à l’extérieur. Mon problème, c’est que mes parents s’opposent à cela. Eux, ils veulent que je me consacre entièrement à l’école. J’essaye de les convaincre, j’ai même passé le baccalauréat l’année dernière. Ils m’ont inscrit dans une université [privé, Ndlr] que je fréquente régulièrement. A côté, je dois aussi faire l’université publique à la rentée académique.

Les pratiquants de toutes les disciplines sportives ont besoins d’appuis multiformes. Il est difficile d’exceller dans le sport en étant pauvre. Nombreux sont les sportifs maliens dans ce genre de situations. C’est pourquoi nous demandons toujours aux bonnes volontés de nous soutenir. Le sport malien, toute discipline confondue, a besoin de soutien. Je crois que la nouvelle génération de sportifs peut conduire le Mali très loin.

Pour le Mali, je souhaite la paix. Il faut qu’on bannisse des termes comme « nord » ou « sud » du pays. Nous sommes tous maliens, alors herchons à faire la paix sur l’ensemble du territoire et acceptons de travailler ensemble. Prenons l’exemple sur les occidentaux qui ont vraiment du respect pour leurs pays. Ce respect suppose de connaître la signification du drapeau et de la nation. Nous ne devons pas ruiner les efforts de nos ancêtres qui ont construit la nation. Chacun doit être tolérant et sans rancune envers l’autre, à commencer par le président de la République et le gouvernement. Pardonnons-nous nos fautes et repartons sur des bases nouvelles pour préserver l’avenir.

Mme Madjougou Doumbia, environ 80 ans, domiciliée à Sabalibougou : «Il n’y a pas suffisamment d’argent»jpg_une-2499.jpg

A ce stade de ma vie, je ne peux que faire des bénédictions. Je souhaite que le pays s’épanouisse et que tous les maliens soient en bonne santé. Il faut que nous nous entendions.

Ce que je peux ajouter à cela, c’est que les gens n’ont pas suffisamment d’argent. Il m’arrive souvent de passer des jours sans manger. Cela dénote le degré de pauvreté de la famille et du quartier. Le retour à la normalité suppose que chacun fasse pression sur soi et que l’intérêt général prévale : la stabilité du pays. C’est à partir de là que l’économie aussi pourra décoller.

Issa Diarra, apprenti plombier : «Je rêve de devenir béret vert»
jpg_une-2500.jpg
Je souhaite que la situation sociale du pays se normalise afin que nous, jeunes, qui sommes au chômage, puissions enfin trouver des emplois. C’est cela ma grande préoccupation. Je maîtrise un peu la plomberie mais la situation du pays ne donne aucune chance pour exercer convenablement. C’est pourquoi, il est important que le pays retrouve sa stabilité.

Au-delà de ce métier de plombier, je rêve de devenir militaire, plus précisément d’intégrer le corps des bérets verts. Ça fait des années que je cherche l’occasion d’entrer dans l’armée, mais en vain. Je compte sur Dieu pour que cela réussisse cette année. C’est vrai que je n’ai pas de diplôme mais on nous a dit qu’on pouvait y accéder sans diplôme. Cependant, je compte suivre des cours du soir pour obtenir un diplôme, ne serait-ce que le DEF.

Propos recueillis par Seydou Coulibaly et

Cheick Larab Diarra

© AFRIBONE

Le 8 Janvier 2013