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Depuis 1989, le Mali s’est engagé, à l’instar d’autres pays africains, dans un programme dit d’ajustement structurel qui touche tous les aspects de la vie économique, sociale et même politique. Ce programme consiste à ajuster les dépenses de l’Etat à ses ressources et conduit par conséquent à une réduction drastique des investissements publics dans tous les domaines.

Il se manifeste dans les différents secteurs, sous couvert d’une recherche d’équilibre, par : des départs à la retraite anticipée ; des compressions de personnel ; un recrutement parcimonieux de nouveaux agents dans la fonction publique ; et une diminution, voire le gel des salaires de la grande masse des travailleurs.

L’impact spécifique des programmes d’ajustement structurel sur l’école s’est traduit entre autres par le départ massif des enseignants parmi les plus expérimentés à la retraite anticipée, dégarnissant ainsi des milliers de classes ; par le gel du recrutement dans la fonction publique de nouveaux personnels, enseignant aussi bien que technique, réduisant les structures et l’Etat à des solutions palliatives telles que l’engagement de vacataires et de contractuels ;

par la concentration de tous les efforts de l’Etat et des partenaires techniques en matière d’équipements et d’infrastructures au profit de l’éducation de base ; ainsi que par la dégradation des conditions d’étude et de travail non seulement dans les enseignements secondaire et supérieur, mais également dans l’enseignement fondamental, dont l’immensité des besoins rend imperceptibles les efforts consentis (Kanté 1996).

C’est dire que les programmes d’ajustement structurel en situation de crise financière et économique ont un impact négatif certain sur l’école. Les départs anticipés à la retraite et le gel du recrutement expliquent la pénurie d’enseignants.

La restriction budgétaire touchant les salaires et primes ainsi que les capacités d’investissement de l’Etat affecte la motivation des enseignants et ne permet pas de construire assez d’infrastructures pour faire face à l’afflux croissant des élèves et des étudiants.

Si l’Etat reste dans les liens de ses engagements avec ses partenaires de Bretton Woods, il est à craindre, dans le contexte d’absence d’animations qui le caractérise aujourd’hui, qu’il soit incapable de trouver à la question de l’école une thérapeutique appropriée.


Le laxisme Etatique

On n’a pas manqué toutes ces dernières années de reprocher à l’Etat son manque non seulement d’imagination, mais de fermeté pour gérer la crise.

Il est vrai que les autorités sont parfois allées au devant de certaines revendications des étudiants : libéralisation de la tenue des assemblées générales que, dans les faits (contrairement aux règlements intérieurs des écoles), on autorise pendant les heures de cours ; reprise dans le système d’anciens étudiants exclus pour insuffisance de travail ; allongement des congés officiels à la demande de l’AEEM ; octroi de bourses, y compris à l’extérieur, à des dirigeants de l’AEEM qui ne remplissaient pas les critères d’obtention, etc..

D’autre part, l’État n’a jamais donné l’impression de posséder une capacité réelle de gestion prévisionnelle de la crise. Il a le plus souvent été réduit à faire le « pompier »


Les interférences politiques

Dans l’euphorie de la révolution du 26 mars 1991, l’AEEM a été appelée à siéger au CTSP (Comité de transition pout le salut du peuple), l’organe de décision de la transition. Pour cela, elle est devenue presque une institution. Comme telle, elle se comporte avec arrogance ; en outre, on a souvent fait entendre aux élèves et étudiants, y compris dans les discours officiels des plus hautes institutions, qu’ils sont les vrais tombeurs de Moussa Traoré, que le régime post-révolutionnaire leur doit tout.

Enfin, les tentatives politiques de mainmise sur l’AEEM, ou plus simplement les tentatives de manipulation des revendications estudiantines, ont contribué à créer des tendances rivales au sein du syndicat étudiant, et par là même à renforcer le caractère radical de ses prises de position. Toutes choses qui ont conduit à la tenue de congrès annuels pour départager les tendances et nourrir de nouvelles revendications.

Cependant il ne serait pas exact de rechercher les racines de la crise scolaire dans les manipulations politiciennes et de croire qu’il suffirait de bouter la politique en dehors de l’école pour guérir celle-ci de ses maux.

Simplement, il serait souhaitable, comme le dit Moussa Bala Diakité (ancien dirigeant, membre fondateur de l’AEEM), que l’AEEM comprenne que « sa place se trouve dans la société civile et nulle part ailleurs » (Diakité 2000). La situation historique qui a permis à l’AEEM de jouer le rôle qui a été le sien en mars 1991, conclut Diakité, était une période particulière qui ne peut demeurer permanente.

L’abdication des parents de leur rôle dans l’éducation

Les Maliens aiment à dire des parents qui gâtent trop leurs progénitures : « Si tu appelles ton enfant « Papa commandant », ne soit pas étonné qu’il te réclame l’impôt ». Cette citation suggère que les parents font preuve de complaisance envers leurs enfants et abdiquent de leur responsabilité dans leur éducation, les laissant à eux-mêmes, sans contrôle ni autorité.

La situation d’instabilité chronique que connaît l’école malienne depuis maintenant deux décennies ne manque pas en effet d’interpeller les parents d’élèves face au comportement de leurs enfants et face à leur engagement vis-à-vis de l’institution scolaire.

Leur rôle ne saurait se limiter à des efforts d’investissement (construction de salles de classes, équipements…) et de prise en charge financière partielle de leurs enfants scolarisés.

Ils ont aussi un devoir moral à assumer qui devrait se traduire par une surveillance accrue de la conduite de leurs enfants à l’école, par un engagement actif dans la vie de l’école et également par un intérêt permanent manifesté à la scolarité des enfants.

C’est seulement de cette manière que l’éducation scolaire et l’éducation familiale pourraient être complémentaires. Or aujourd’hui, la famille elle-même semble traverser une crise profonde, et la faillite de l’autorité parentale a des répercussions incalculables sur l’école (cf. Dougnon 1999).

Tout se passe comme si les parents, préoccupés par la survie quotidienne (condiments, habitat, santé, céréales), avaient relégué la question éducative au second plan, tombant ainsi dans une sorte d’inertie et d’attentisme face aux sorties intempestives et répétées de leurs enfants (cf. Dougnon 2000 : 2)

A suivre dans notre parution du vendredi : «Les formes d’expression de la crise ; L’argent à l’école »

Le Pouce

Par DRISSA DIAKITÉ

Université du Mali, Bamako, Mali

04 Aout 2008