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Ce qui aura effectivement frappé les esprits dès la proclamation des premiers résultats de ce scrutin législatif est le retour en force sur la scène politique de l’ex parti au pouvoir, l’ADEMA-PASJ qui est le seul à s’être imposé dès le premier tour dans de nombreuses localités. Cette tendance a été confirmée par la Cour Constitutionnelle tout comme la présence de l’ADEMA en position favorable dans une bonne partie des circonscriptions.

De là à affirmer que l’ADEMA est en mesure de se tailler une majorité absolue dans la nouvelle Assemblée, il n’y a qu’un pas que d’aucuns ont déjà allègrement franchi. En effet, nombreux sont ceux qui croient à un triomphe du parti de l’abeille lors de ce scrutin crucial.

L’Adema a certes toujours réussi à se maintenir dans le cercle des grosses pointures de l’échiquier, mais c’est la première fois depuis qu’il a quitté le pouvoir que ce parti retrouve l’appétit glouton qui a toujours-été le sien.

L’on se rappelle qu’il avait dominé l’Assemblée sous les premières et deuxièmes législatures. Mais il avait un peu piqué du nez en se faisant distancer par le RPM en 2002. Or, pour le scrutin du premier juillet ses bons résultats contrastent pratiquement avec la situation de recul de presque tous ses concurrents, à commencer par le RPM d’Ibrahim Boubacar Kéïta auquel il faut ajouter le PARENA, le CNID, le MPR, l’UDD, la CDS etc.

Seule l’URD semble en voie de se maintenir en bonne position en face du rouleau compresseur ADEMA. Peut-on conclure cependant en observant ce schéma que l’ADEMA se taillera une majorité absolue dans la prochaine assemblée, soit au moins 74 élus ? Cela n’est pas impossible même s’il sera très difficile à réaliser.

La difficulté tient essentiellement, à deux facteurs plus ou moins liés. Le premier est relatif au grand nombre de listes engagées dans cette compétition parmi lesquelles une profusion d’indépendants qui risquent de perturber sérieusement les calculs des partis politiques.
Le phénomène semble même devenir le gros problème de la classe politique par les temps qui courent. Si les indépendants arrivent à prospérer sérieusement, l’ADEMA aura des soucis à se faire.

Le second facteur est lié à la situation même de l’ADEMA au second tour. Ce parti est beaucoup plus en ballotage favorable qu’en situation défavorable. Or, contrairement à ce que l’on croit généralement, c’est celui qui est devant qui a le plus de pression et qui risque le plus de se relâcher avant la ligne d’arrivée.

De ce point de vue, les listes ADEMA pourraient souffrir des faux pas et du mécanisme de report des voix en faveur de leurs adversaires dans de nombreuses circonscriptions :  » les premiers seront les derniers  » disent les écritures saintes. Malgré tout, l’ADEMA pourrait contourner tous ces obstacles et réussir l’exploit, auquel cas, ATT aura de bonne raison d’avoir peur.

En effet, la pratique veut que le Premier ministre sorte des rangs du parti majoritaire à l’Assemblée. Le RPM y a prétendu en 2002, mais il lui a été rétorqué que sa majorité était relative. Les mêmes arguments ne pourraient pas être opposés à une Adema disposant de la majorité absolue s’il est vrai que nous sommes dans une démocratie semi parlementaire (ou semi présidentielle). Un exécutif bipolaire. Ce qui exclut pour ATT d’avoir toutes les cartes en main.

Au delà du fait que cela constituera pour l’ADEMA une excellente rampe de lancement pour 2012, le parti de l’Abeille aura son mot à dire sur toutes les initiatives du président de la République qui ne pourra plus jouer à fond son rôle de chef d’orchestre. Il ne restera alors à ATT que l’épouvantail de la dissolution de l’Assemblée, dont nul ne sait quel nouveau monstre cela va engendrer.

Ce ne sont là que des hypothèses, mais le rôle de l’analyste est d’anticiper souvent sur les événements. Sans aucune prétention.

Malick SY

19 juillet 2007.