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Abou Dramane Coulibaly, ex-Inspecteur Général de la Fédération des Caisses Mutuelles d’épargne et de crédit  » Kafo Jiginew  » condamné par contumace à la réclusion à perpétuité.

La cinquième journée des travaux de la troisième session de la Cour d’Assises, qui se poursuivent dans la salle de spectacle Miéru Ba, a été marquée vendredi 11 juillet par le jugement de la deuxième affaire de détournement à partir de la fraude informatique de la somme de 171 334 183 FCFA, au sein de la Direction Générale de la Fédération des caisses mutuelles d’épargne et de crédit Kafo Jiginew, sise à Koutiala.

Le principal accusé dans cette affaire, Abou Dramane Coulibaly, n’a pas comparu et la Cour l’a condamné par contumace à la réclusion à perpétuité.

Accusés de fraude informatique ayant donné lieu au détournement de la coquette somme de 171 334 183 FCFA au sein de Kafo Jiginew, Béatrice Berthé, Martine Dembélé, Chaka Coulibaly et Souleymane Sanogo, à la barre pour répondre des faits qui leurs sont reprochés, ont déchargé la responsabilité de cette affaire sur l’ex-inspecteur général de Kafo Jiginew, actuellement en fuite.

Après avoir occupé successivement les fonctions de chef administratif, de chef de service informatique puis d’inspecteur général, Abou Dramane Coulibaly est considéré par Kafo Jiginew, selon l’avocat de la partie civile, Maître Mamadou Traoré, comme l’auteur principal du détournement de 171 334 183 FCFA au préjudice de l’institution de micro finance.

Il a été aidé dans sa fraude par la complicité de Béatrice Berthé, responsable de la caisse principale, mais relevée en 2000 bien avant l’adoption de la loi punissant la fraude informatique au Mali, Martine Dembélé caissière principale au moment des faits, Souleymane Sanogo cultivateur et Chaka Coulibaly commerçant.

Maître Mahamadou Traoré avocat de la partie civile dira que c’est à la faveur des opérations de concrétisation d’une nouvelle option informatique par une équipe venue du Canada que de graves irrégularités furent décelées sur les comptes ouverts dans les registres de l’entreprise, mettant à jour des écarts considérables entre la balance générale des comptes et le registre des épargnes, apparemment d’origine frauduleuse.

Cette situation, a-t-il ajouté, a été signalée à la direction de Kafo Jiginew, qui a engagé un Cabinet d’audit conseils en informatique bancaire pour des investigations approfondies.

Le rapport fourni par les auditeurs, soutiendra Maître Mahamadou Traoré, a confirmé les malversations et autres tripatouillages dans la gestion de comptes, causant un préjudice de 171 334 183 FCFA résultant précisément du rapprochement entre le solde des dépôts à vue et le tableau de bord durant la période couvrant les huit derniers exercices, soit de 1998 à 2005.

Ainsi, les enquêtes diligentées de façon interne démontraient que toutes ces malversations étaient orchestrées par l’ex-inspecteur général, Abou Dramane Coulibaly, à partir de la table de base de données informatiques.

Abou Dramane Coulibaly avait accès à toutes les unités informatiques et il détenait les codes et mots de passe de tous les ordinateurs. Il a été reproché à l’ex-inspecteur général de Kafo Jiginew d’avoir procédé, au niveau des caisses de ladite structure à des retraits frauduleux en utilisant les noms de ses proches et ou de ses parents.

Mieux, dira Maître Mahamadou Traoré, il ressort dans les enquêtes qu’au regard des émargements constatés, il se déduisait aisément que l’essentiel des retraits frauduleux avait été effectué par ce dernier au guichet de la caisse urbaine de Koutiala, à l’aide des carnets que lui-même avait établi, au nom de ses parents, proches et amis.

Maître Mahamadou Traoré, qui a semblé bien maîtriser le dossier, ajoutera que l’ex-inspecteur général a été aidé dans son opération frauduleuse par des complicités interne et externe de la Kafo.

La défense des accusés, assurée par Maître Fouseyni Djiré, a soutenu que les chefs d’accusation du détournement de la somme de 171 334 183 FCFA ne sont pas imputables à ses clients. Il dira que Béatrice Berthé doit être acquittée puisque le constat relatif à ce détournement est intervenu bien après le départ de la caisse principale de la dame Béatrice Berthé, dite Béa.

Il a ajouté que la loi punissant la fraude informatique a été adoptée en 2001, soit un an après le départ de Béatrice Berthé de la caisse principale. Cette loi, a-t-il poursuivi, peut concerner Martine Dembélé et non Béatrice Berthé, qui n’était plus à la caisse principale au moment des faits.

Comme leur avocat, tous les accusés à la barre ont refusé de reconnaître les faits qui leur sont reprochés. Mais Béatrice Berthé, dans sa défense, a dit qu’elle obéissait aux ordres de Abou Dramane Coulibaly, primo parce qu’il était son chef et secundo sous des menaces de licenciement au cas où elle n’agissait à la convenance de celui-ci.

Cette même thèse a été soutenue à la barre par Martine Dembélé. Quant à Souleymane Sanogo, cultivateur de son état, qui ne sait ni écrire, ni lire, il a nié toute implication de sa part dans cette affaire.

L’accusé Souleymane Sanogo, marié à quatre femmes et père de 13 enfants (le 13ème né quand il était en taule, et il a perdu l’une de ces épouses étant en prison) a demandé à la Cour clémence en sa faveur.

Chaka Coulibaly, cousin de Abou Dramane Coulibaly, commerçant, a également nié toute complicité avec l’ex-,inspecteur général de Kafo Jiginew, tout en déclarant qu’il n’est ni de loin, ni de près impliqué dans cette affaire de détournement.

Par ailleurs, Béatrice Berthé a reconnu qu’après chaque opération jusqu’à son départ de la caisse en 2000, Abou Dramane Coulibaly, lui faisait des gestes. A la barre, elle a soutenu avoir reçu des mains de Abdou Dramane Coulibaly, la somme de 350 000 FCFA, alors que la caisse Kafo Jiginew lui reproche le détournement de la somme de 1 050 000 FCFA. Tout comme Béatrice Berthé, Martine Dembélé a avoué que cela était également valable pour elle.

Les accusés, dans l’ensemble, ont tous clamé leur innocence et ont demandé clémence à la cour.

Dans son réquisitoire le Ministère public a demandé à la Cour la requalification du dossier de crime d’abus de confiance, de fraude informatique et complicité en atteinte aux biens publics.

Moussa Bagayoko, souvent acclamé par l’assistance même si cela n’est permis dans une salle d’audience, dira que toute personne qui détourne un franc du public doit être punie conformément aux dispositions en vigueur. Les atteintes aux biens publics sont punies par notre législation, dira-t-il, il ne faut et il ne faudra pas que de tels comportements restent impunis.

Le Substitut Général de la Cour d’Appel de Bamako, qui occupait le banc du Ministère public, a demandé à la Cour de donner une leçon à d’autres voleurs publics en retenant Béatrice Berthé, Martine Dembélé, Souleymane Sanogo et Chaka Coulibaly dans les liens de la prévention.

La partie civile, dans sa réclamation de réparation de préjudice, a demandé à titre de dommages et intérêts la somme de 90 000 000 millions de FCFA et le remboursement de la somme détournée soit 171 334 183 FCFA.

Après délibération, la Cour, dirigée par Mohamadou Bakayoko assisté de Zoumana Moussa Diarra et Boya Dembélé, a condamné par contumace Abou Dramane Coulibaly à la réclusion à perpétuité,au paiement de 500 000 FCFA à titre de dommages et intérêts et au remboursement de la somme détournée.

Quant à Martine Dembélé, Souleymane Sanogo et Chaka Coulibbaly, ils ont écopé de 5 ans de réclusion ferme. Béatrice Berthé, pour sa part, a écopé de 5 ans de prison ferme dont trois ans avec sursis et comme elle a déjà passé un peu plus de trois ans en taule, elle ira à la maison dès son retour à Koutiala.


3 ans pour avoir arraché une oreille

Auparavant, Youssouf Fofana accusé, répondait à la barre pour avoir arraché une oreille de Moussa Kanté, à cause d’une pièce de rechange de moto, dont la valeur était estimée à 1 500 FCFA. Cet incident s’est passé à Dio-gare, derrière Kati, au cours d’une bagarre. Il a été condamné à trois de prison ferme.

7 ans pour tentative de viol

Djiba Kaba, un jeune Guinéen résidant au Mali depuis quelques années, est poursuivi pour tentative de viol. Sans passer à l’acte, Djiba Kaba n’a pas échappé aux foudres des magistrats du jour. Il a écopé de 7 ans de réclusion. Cette sanction a, semble-t-il, été trop lourde selon l’assistance.

5 ans pour coups mortels

Soumaïla Diarra, accusé pour coups mortels, avait surpris Adama Diarra dans la chambre de sa femme. Muni d’un gourdin, il avait assommé le voleur de femme à autrui, de deux coups mortels. Admis au CSCOM de Dandougou, dans le cercle de Dioïla, Adama Diarra avait été finalement été transféré au centre de santé de Fana où il succomba deux jours après.

Soumaïla Diarra, qui a soutenu à la barre qu’il a amèrement regretté son acte et dont la défense était assurée par Maître Fouseyni Djiré, a écopé de 5 ans de prison dont trois ans avec sursis. En prison depuis plus de trois ans, Soumaïla Diarra pourrait retrouver les siens dans les prochaines heures.


Rassemblés par Zhao Ahmed BAMBA

14 Juillet 2008