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cor.jpgPaul négligea les « missié y a travaillé-travaillé.» des premières de la ligne et se dirigea chez celle qui la dernière fois l’avait obligé à descendre alors qu’il ne s’était pas encore soulagé. Parce qu’il durait trop à son goût, elle lui avait crié entre deux claquements de chewing-gum : « Toi-là, tu duré trop, tu fais tu fais rien vient pas…» descendi, y a client dehors. Paul, aurait continué son « travail » si « bakari » qui n’aimait pas ce genre de remarques lorsqu’il était en action, ne s’était renfrogné avant de se ramollir.

Paul, la déception dans l’âme et avec une forte envie de ne pas payer le prix de la passe, se releva, s’habilla et jeta la pièce de 500F CFA sur la table de celle qui lui avait ouvert les portes d’une très mauvaise nuit, car notre homme était persuadé qu’après un tir manqué pareille, le sommeil ferait de la résistance ; et ce fut justement pendant cette douloureuse insomnie qu’il décida de punir la fille de joie.

Dans la matinée du soir de la correction, il s’acheta du piment en poudre, du piment très fort appelé ici « soubaga fronto » ou piment sorcier qu’il emballa dans du tissu très fin. Lorsqu’il vit la fille sur son tabouret, il jubila intérieurement à l’idée de ce qui allait se passer. La fille aussi le reconnut car lorsqu’ils se retrouvèrent dans la chambrette, elle lui dit : «ti veni ? Aujourd’hui-Ià il faut fait vite- vite dè ». Ce disant, elle augmenta l’antipathie que Paul avait pour elle depuis la fois dernière. Pendant qu’elle détruisait les ardeurs de « bakari » à coup de jacasserie, Paul laissa tomber sa boule de piment dans le seau d’eau au-dessus duquel les filles vont s’accroupir pour leur toilette intime après chaque coup tiré. Puis il passa au « travaillé » ; un « travaillé » qu’il fit avec joie et rapidité au soulagement de la fille qui le gratifia d’un « aujourd’hui-Ià je content toi… ». Paul en retour lui offrit son sourire le plus hypocrite avec la certitude que dans quelques minutes, elle changerait de chanson. Il se rhabilla avec précipitation, régla et se sauva au moment où la fille s’accroupissait au-dessus de son seau d’eau.

Une fois dehors, Paul alla se plaquer dans l’obscurité juste en face du bordel de l’autre côté de la rue. C’est ainsi qu’il vit la fille sortir précipitamment de sa maison en criant sa douleur. Elle montrait à la ronde le tissu qui contenait le piment et demandait à ses sœurs tapineuses et aux quelques clients présents : « vous n’a pas vi un missié gros avec petit tête…il tué moi. Il a met té piment dans mon dolo. . .il a gâté travaillé-wô… » Paul retint « le gros missié avec petit tête » et regretta de n’avoir pas ajouté de l’acide au piment mis dans l’eau. « Gros miisié avec petit tête . . ! »

Notre homme sortit de sa cachette et démarra sa motocyclette. Il entendit derrière lui : « voilà lui, voilà missié-Ià . . .hei missié, missié attendez. . . » Paul n’attendit pas. Il ronfla. Il savait que si les filles mettaient la main sur lui, elles lui auraient fait boire le seau d’eau pimenté et d’autre choses encore !

Sacré Chédou OUEDRAOGO | Sidwaya

13 juillet 2007