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«L’Inter de Bamako», qui a dénoncé sans relâche cette gouvernance dégradante, minée d’une manière vicieuse et pernicieuse par la corruption et la délinquance financière, soutenait avec force dans sa parution du 09 janvier 2012, que malgré toutes ces violations et bien d’autres, qui ont toujours crevé les yeux, aucune voix ne s’est jamais élevée, ni au niveau des élus du peuple, ni au niveau de la classe politique, tous empiétés dans une politique de «compromission» subtilement appelée «politique de consensus».

C’est bien ce système, mafieux et crapuleux, instauré et entretenu par ATT, que l’Ambassadeur de France également n’a pas manqué de dénoncer en des termes bien à propos : «… la classe politique a démissionné au nom d’un consensus de façade, qui lui a fait perdre tout esprit critique …». M. Christian Rouyer exprimait son état d’âme en ce mois de décembre 2011.

Cependant, un peu avant, dans notre parution du 03 mai 2010, nous mettions en garde cette frileuse classe politique en ces termes : «… En réalité le débat politique est occulté, l’espace politique, qui aurait dû être occupé par les partis politiques structurés et responsables, est libéré et abandonné. La nature ayant horreur du vide, nous avons assisté à l’occupation dudit espace par les associations islamiques, qui, par essence, relèvent d’une religion et d’un contexte social où les faits, administratif, politique, économique, social et juridique, sont intimement liés».

Alors que le Christianisme, quant à lui, établit une séparation nette entre l’Eglise et l’Empire dès l’an 494, lorsque le pape Gélase mentionnait à cet effet, pour l’empereur byzantin Anastase 1er, dans une lettre qui deviendra la charte de la papauté : «Sachez, auguste empereur, que le monde est régi par deux grandes puissances, celle des Pontifes et celle des Rois ; mais l’autorité des Pontifes est d’autant plus grande, qu’ils doivent rendre compte à Dieu, au jour du Jugement, de l’âme des Rois».

Après la forte mobilisation du 22 août 2009, au stade du 26-Mars, qui a ébranlé véritablement le président Amadou Toumani TOURE, contraint à surseoir à la promulgation de la loi, portant Code de la famille, pourtant votée par 117 députés sur 126 députés présents, le Haut Conseil Islamique, dès lors, a adopté une politique d’exigence graduelle.

Face à des indices probants de la grande capacité de mobilisation et de nuisance non déclarée, des dirigeants de la communauté musulmane, le président ATT continuera à faiblir devant eux, qui ne trouveront aucune raison de s’arrêter en si bon chemin.

Ainsi, le Haut Conseil Islamique arrivera à se hisser à la tête de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) chargée de superviser l’organisation des élections initialement prévues pour 2012 (présidentielle et législatives).
Et trois ans après la première, à la suite d’une seconde mobilisation monstre, tenue également au «Stade du 26 mars» le 12 août 2012, le Haut Conseil islamique a donné de la voix en imposant le maintien du Premier ministre Cheick Modibo DIARRA, au moment où ce dernier se trouvait entre l’enclume de la CEDEAO et le marteau du Front Uni pour la sauvegarde de la Démocratie et la République (FDR) et une Centrale syndicale fortement politisée (UNTM).

Ensuite, la classe politique et les forces vives de la Nation seront prises de court par l’institution d’un ministère en charge «des Affaires religieuses et du Culte» au sein du Gouvernement d’Union Nationale, une doléance du Haut Conseil Islamique pourtant rejeté par les participants au sommet de OUAGA I.

Après ce subtil «coup d’Etat constitutionnel» réussi, qui, en fait, pourrait à la longue remettre en cause la diversité religieuse ou porter un coup aux fondements sociologiques du pays, le «mouvement islamique», en portant son choix sur un candidat indépendant, peut bien aspirer à conquérir le pouvoir d’Etat par la voie démocratique ; dès lors que les partis politiques ne comprendront pas que leur salut, même aléatoire, ne viendra qu’après le renouvellement de la classe politique actuelle, qui, visiblement, n’est plus porteuse d’espoirs et d’espérance pour un peuple abusé et désabusé depuis plus de deux décennies.

A la surprise, cette fois-ci, générale de toute la population, le Haut Conseil Islamique tapera du poing sur la table en exigeant le limogeage du Directeur Général de l’ORTM, pas pour une faute administrative ou professionnelle, mais pour un supposé manque d’égard, ce 17 août 2012, à l’endroit de ses délégués chargés de message à l’endroit des fidèles musulmans.

Comment donc s’étonner de la percée des leaders religieux, qui se sont illustrés ces dernières années par des prises de position courageuses, en dénonçant à chaque occasion cette politique de compromission ou allant jusqu’à porter la contradiction aux errements d’un président de la République en manque de toute culture, notamment sur le plan politique, administratif, social et même spirituel.

«L’Inter de Bamako», qui n’a jamais fait mystère sur l’état de dégradation et même de déconfiture des Institutions de la République et du pays, soulignait dans sa parution du 13 février 2012 que : «Faute de débats à hauteur de souhait, voilà notre pays presque installé dans une instabilité à deux petits, mais longs mois, dont l’issue s’avère incertaine et périlleuse avec des responsabilités partagées entre les deux législatures de l’Assemblée nationale depuis 2002, les gouvernements successifs et le président de la République, ainsi que la Centrale syndicale pour son soutien».

Alors que les signes annonciateurs d’une mise à l’écart brutal des Institutions se précisaient, les leaders politiques se montraient toujours inaudibles et restaient cloîtrés, chacun dans sa chapelle, attendant de recevoir le bâton témoin promis à tous et à personne par un président de la République machiavélique par dessus tout.

Triste fin d’une démocratie mal pensée, mal élaborée et mal portée par des crapules qui ont finalement installé le pays dans l’impasse actuelle.

Safounè KOUMBA

03 Septembre 2012