Partager

Grosse arnaque pour le placement des cadres ou structure trop faible face à un grand dessein, la CENI se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Avec un budget trop coûteux pour des résultats loin des objectifs, certains pensent que l’échec de la CENI dépend de son organisation et qu’il faut donc renforcer ses pouvoirs. D’autres pensent qu’elle ne pourra jamais accomplir les missions qui lui sont confiées et pire, elle est instrumentalisée pour « dédouaner » des élections irrégulières ; il faut donc la supprimer. N’est ce pas la faillite d’un projet d’élections régulières mis en route en 1997.
Notre enquête.

Fodié Touré, président sortant de la CENI et représentant du SAM, a soutenu que l’existence de la CENI se justifie et que nous avons voulu 3 structures. Cependant, a-t-il ajouté, ces 3 structures ne sont pas complémentaires, car deux d’entre elles font partie de l’administration et donc, il n’existe pas de structure de contrôle.

Il estime que les 3 structures ne sont pas opportunes et qu’il faut évoluer vers la création d’une structure unique. Le président de l’AMDH, Me Bréhima Koné a souligné que la CENI peut être utile. Il s’est lui aussi prononcé dans le sens de la création d’une structure pérenne, car, a-il laissé entendre, le renouvellement de matériel, à chaque constitution de la CENI, n’est pas souhaitable. Il a recommandé un budget raisonnable.

Nos efforts ne nous ont pas permis de recueillir les avis de Me Kassoum Tapo en séjour à Paris au moment de l’enquête et de Me Moustaph Cissé qui a évoqué un dévoir de reserve parce que siègeant actuellement dans la Commission chargée des réformes. Mme Traoré Aminata Bagayoko de la CAFO, ancienne présidente de la CENI en 2004, a affirmé que les acteurs sont unanimes à dire que la multiplicité des structures pose problème. Le ministère de l’Administration Territoriales et des collectivités locales (MATCL), a-t-elle dit, gère l’organisation matérielle des élections mais manque de capitalisation, notamment pour le matériel qui lui est remis et dont le suivi n’est pas assuré.

La Délégation générale aux élections (DGE), a-t-elle signalé, gère une portion du fichier électoral et ses interrelations avec le MATCL ne sont pas claires. Concernant la CENI, elle a souligné que sa mise en place à la veille des élections fait qu’il n’y a pas de capitalisation et de professionnalisme. Lors de sa mise en place, a-t-elle fait remarquer, des étapes lui échappent. Elle propose une structure unique sous formule de DGE ou de CENI. Cela permet, selon elle, de diminuer le coût des élections, de capitaliser et d’assurer une meilleure couverture des élections.

Elle a fait observer que la CENI ne couvre pas la mise en place des conseillers communaux et les élections partielles. Une structure pérenne du type de celle adoptée au Ghana, a-t-elle précisé, prendrait en compte toutes cette dynamique et permettrait le renforcement des capacités avec un vivier sur place.

Daniel Konaté qui a représenté l’Eglise au sein de la CENI qui comprenait 30 membres en 1997, rappelle l’échec électoral d’avril 1997 et pense que c’était du au fort pourcentage de partis politiques de l’opposition qui n’arrivait pas à s’entendre avec ceux de la majorité. Il a rappelé qu’ensuite, l’opposition avait démissionné. Il pense que la CENI est un instrument de l’Etat pour les élections et qu’il faudrait l’améliorer.

Le secrétaire général de l’Adéma-Pasj, Marimanthia Diarra a déclaré que la Commission électorale nationale indépendante (CENI), est une structure créée pour instaurer la confiance, mais qu’elle est budgétivore et n’arrive pas à assurer un contrôle effectif. Il a suggéré la mise en place d’une structure pérenne comme celle du Ghana, qui puisse remplir les prérogatives liées à l’organisation des élections. Il a regretté le manque de capitalisation puisque la structure est renouvelée à la veille des élections.

Me Amidou Diabaté du Paréna pense, lui aussi à la création d’une structure pérenne à l’image de celle du Ghana. Le secrétaire général du Paréna, qui avoue n’avoir pas réfléchi sur la question, se prononce sur le maintien de la CENI, mais à condition qu’elle remplisse sa mission. Le docteur Oumar mariko de SADI pense qu’il faut supprimer la CENI car c’est une structure budgétivore. Il ajoute qu’elle sert à dédouaner les élections.

Pour M. Mohamed Tabouré, directeur de publication du journal Sanfin, la CENI est une coquille vide puisqu’elle a été dépouillée de ses prérogatives. Elle est réduite, a-t-il dit, à un rôle de figuration.

Il faudrait, a-t-il suggéré, une structure de contrepoids qui puisse exercer un vrai contrôle. ‘’ Il faut réfléchir, a-t-il ajouté, sur ce qu’il faut mettre à sa place, car si c’est pour rétablir le pouvoir administratif, cela ne ferait qu’arranger ceux qui le souhaitent. ‘’ M. Boubacar Touré du Rassemblement pour le Mali (RPM) explique que la CENI a été créée à la suite d’un manque de confiance. C’est une institution, a-t-il dit, qui devrait permettre de faire croire que les élections sont crédibles, malheureusement, même la cour constitutionnelle reconnaît que les élections sont truffées de fraudes.

La CENI, a indiqué l’ancien député du RPM, est une structure qui sert à dédouaner les résultats alors qu’elle engloutit beaucoup d’argent. Il a rappelé que lors des dernières élections, on a empêché l’opposition de siéger à la CENI. Boubacar Touré souligne que la CENI est à repenser, dans sa forme, sa composition et ses missions. Alou Bathily, député de l’URD élu à Kati rappelle que la CENI est l’émanation de la loi puisqu’elle a été votée à l’Assemblée nationale et qu’elle s’exprime à travers ses démembrements à l’intérieur du pays.

Malgré tout, a dit le député, sa gestion n’est pas satisfaisante. M. Mody Fily Sissoko, du PSP a tout simplement rappelé qu’il a plusieurs fois demandé la suppression pure et simple de la CENI parce que c’est une structure budgétivore. Il a laissé entendre qu’il faut mettre à sa place une administration pérenne.

Le président du RAMAT, M. Abdoulaye Macko estime qu’il faut pourtant garder la CENI parce que nous sommes dans une démocratie dont les ‘’ fondements ‘’ sont encore fragiles. Si l’administration était une structure neutre, a-t-il fait remarquer, la question de la CENI ne se poserait pas, mais ce n’est pas le cas.

La participation des hommes politiques à la CENI permet de justifier sa mise en place. Mme Kané Nana Sanou, du Groupe pivot /Droit et citoyenneté des femmes pense que la CENI est une institution nécessaire et qu’elle a été réclamée depuis les années 90 pour organiser des élections libres. Elle a rappelé qu’en 1997, la mission d’organisation a été confiée à cette structure.

Lors des élections suivantes, a-t-elle soutenu, c’est la mission de supervision qui a été attribuée à la CENI. Cette mission, selon elle, est insuffisante car elle ne permet pas à la CENI d’exercer une ‘’ supervision à hauteur de souhait. ‘’ Elle estime qu’il faut renforcer ses missions. Elle a souligné qu’il faut la mettre en place à temps car le constat qui s’impose aujourd’hui est que la révision des listes électorales a commencé mais que les démembrements de la CENI ne sont pas encore créés.

Elle propose la réflexion sur le renforcement des capacités des partis politiques pour leur meilleure représentation au sein de la commission de révision des listes électorales ; au sein des bureaux de vote etc. pour compenser les insuffisances de la CENI.

M. Ibrahim Traoré du parti écologiste du Mali soutient que la CENI peut jouer son rôle car cela dépend des personnes, des textes et de la loyauté vis à vis de l’Etat. ‘’Mais telle qu’elle est composée, a-t-il fait observer, la CENI est une grosse arnaque puisque ce sont toujours certains hommes politiques qui placent leurs représentants au sein de la structure qui ne contrôle finalement rien. ‘’ M. Ibrahim Traoré a fustigé la tricherie de certains partis politiques à la CENI, à telle enseigne, a-t-il signalé, que certains maires lui en veulent aujourd’hui. Moctar Sissoko de l’URD a indiqué qu’il faut revoir la gestion de la CENI car elle engloutit trop d’argent.

Baba Dembélé

13 Octobre 2008