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Des crédits de 135 milliards de F CFA remboursés aux banques avant terme

95 milliards de F CFA déjà acquis pour la campagne en cours


Malgré un contexte international marqué par la persistance de la baisse des cours de la fibre cotonnière, la Compagnie malienne de développement textile (CMDT) parvient à maintenir l’activité de la filière, qui fait vivre des millions d’individus dans notre pays, depuis les planteurs jusqu’aux transporteurs, en passant par l’encadrement et les partenaires de toutes sortes. Le secret du challenge – c’en est un assurément à l’heure où les autres compagnies africaines battent de l’aile et ne survivent qu’artificiellement – réside dans plusieurs facteurs cumulés: le choix de l’actuelle direction d’abandonner la production quantitative au profit de la qualité (à quoi sert-il d’être premier en Afrique si c’est pour vendre à perte et imposer des charges inutiles à l’Etat, obligé de combler le déficit?), une gestion judicieuse des ressources disponibles (les producteurs sont payés quasiment à temps réel et les dépenses de la société ramenées au strict nécessaire), le remboursement, à terme échu, voire avant terme, des crédits empruntés auprès du système bancaire pour le financement des campagnes.

D’une façon générale, depuis au moins trois ans, toutes les filières cotonnières africaines battent de l’aile suite à des difficultés liées à la baisse des cours mondiaux sur le marché international, exacerbée par une parité Euro/Dollar de plus en plus défavorable aux exportations. C’est pourquoi, leurs déficits cumulés s’aggravent et atteignent souvent des milliards de Francs CFA.

Les crises des filières africaines, conjoncturelles lors des deux dernières décennies, sont devenues structurelles ces dernières années. Cette situation de crise, commune à toutes les filières, a suscité de nombreux plaidoyers de nos chefs d’Etat en faveur de la suppression des subventions américaines et européennes, qui sont à l’origine des distorsions affectant les cours du coton sur le marché.

105 milliards de F CFA remboursés au pool bancaire et 30 milliards à la BID

Dans ce contexte, les sociétés cotonnières qui parviennent à produire le coton graine, collecter, égrener, embarquer, vendre la fibre de coton et payer toutes les créances du pool bancaire ne font pas lésion aujourd’hui. Assurer efficacement ces activités est déjà un challenge pour ces sociétés. Comment la CMDT arrive t-elle à se maintenir à travers toutes ces difficultés ?

La réalité évidente est qu’elle a pignon sur rue à travers la fiche signalétique ci-après :


Financement de la compagne de commercialisation :

L’année dernière, la CMDT a pu mobiliser 105 milliards de Francs CFA auprès du pool bancaire pour le financement du crédit de campagne en vue d’acheter, entre autres, le coton graine auprès des producteurs. La BID lui a également accordé la même année un financement de 30 milliards de Francs CFA pour les intrants agricoles.

A la date d’aujourd’hui, tous ces crédits ont été entièrement remboursés.

C’est d’ailleurs pour cette raison que le pool bancaire vient de refaire confiance à la CMDT en lui accordant, pour cette campagne, un crédit anticipé de 35 milliards de Francs CFA dont les décaissements ont déjà commencé pour l’achat du coton graine auprès des producteurs.

Ceci est déjà perceptible sur le terrain d’après nos enquêtes, à cette approche des fêtes de Tabaski et de fin d’année, les cotonculteurs remercient le ciel. Ce crédit anticipé est le prélude d’une grande convention de 95 milliards de Francs CFA, qui sera signée entre le pool bancaire et la CMDT le 19 janvier 2007 à Paris.

La BID, elle aussi, vient de renouveler sa confiance à la CMDT en lui accordant à nouveau un financement d’environ 27 milliards de Francs CFA. De tout ce qui précède, on ne peut point affirmer que c’est par un heureux hasard que le Mali, à travers sa filière cotonnière, bénéficie de tous ces avantages. La confiance des institutions de financement n’est jamais subjective, elles ne récompensent que leurs bons élèves.

La filière malienne peut plastronner aujourd’hui devant les autres sociétés africaines parce que simplement dans certains pays de la sous région, les producteurs n’ont pas encore reçu l’argent de leurs productions de coton graine depuis trois ans et dans presque tous, le financement du crédit de cette campagne n’est pas encore acquis car bon nombre d’entre eux gardent une ardoise vis-à-vis des institutions de financement.

Choix délibéré de la qualité au détriment de la quantité

Plus d’un se pose la question au Mali sur la chute de notre production cotonnière, surtout comment nous avons accepté être détrônés par le Burkina voisin en matière de production de coton. Dans ce contexte de baisse des cours mondiaux où, sur chaque Kilo de fibre vendu, les filières africaines engrangent des pertes, la CMDT a choisi délibérément l’orientation de produire qualité au détriment de la forte production.

Depuis 2003, rappelons que les cours du coton sur le marché mondial ont chuté de 30%. De 800 FCFA le Kilo, ils ont dégringolé à 600 FCFA le Kilo.
La seule alternative de diminuer les pertes consiste donc à produire qualité et non quantité. Allez-y savoir ce qui se passe au Burkina voisin où la grosse production devient handicapante pour l’économie de ce pays.

C’est justement cette orientation bien raisonnée, qui a amené la CMDT à réduire son plan de campagne de coton, message couplé à une sensibilisation des producteurs à une augmentation de la productivité. Cette disposition a également l’avantage de conformer le niveau de la production de coton graine aux capacités d’égrenage et de transport des unités industrielles de la CMDT.

Pour mémoire, la quantité de coton graine qui peut être traitée à bonne date par la CMDT, c’est-à-dire transportée, égrenée pendant 5 à 6 mois, avant l’hivernage, s’élève aujourd’hui à 575 000 Tonnes. Au delà, imaginez toutes les conséquences fâcheuses que cela peut engendrer.

Il suffit que les cours mondiaux deviennent favorables pour que les producteurs de coton, avec toute leur technicité, toutes les potentialités agricoles dont la zone regorge, produisent plus d’un million de tonnes de coton graine.

Hélas! La situation aujourd’hui est, à n’en pas douter, défavorable à la grosse production.


Une avance de 16 milliards et demi accordée par Dunavant

Depuis deux ans, le Mali est en peloton de tête en matière de vente de la fibre. La CMDT a obtenu d’excellents résultats en terme de prix moyen de vente de la fibre sur le marché mondial. En outre, c’est parce que la CMDT a bien embarqué, bien vendu, qu’elle a pu, à cette date, rembourser toutes les banques.

Profitons-en pour évoquer le Dunavant, ce négociant international de fibre de coton.
Dans le marché de la fibre de coton, Dunavant est le plus grand négociant au monde. A l’issue d’une récente opération de vente de la fibre malienne, il vient de verser à la CMDT une avance de 16 milliards et demi de Francs CFA, dans un contexte baissier des cours mondiaux du coton.

Ceci dénote, une fois de plus que même les négociants placent leur confiance à la CMDT dans cette situation très difficile.

Une certitude: il n’est pas donné à toutes les sociétés cotonnières africaines de pouvoir vendre leur coton avec un préfinancement de ce genre dans ce contexte de difficultés structurelles qui les assaillent.

La CMDT a même gagné dans cette opération, au lieu de perdre comme l’avaient souligné certaines calomnies.
_En résumé, loin d’affirmer que la CMDT se porte mieux que les autres sociétés cotonnières africaines, il faut quand même reconnaître même que, contrairement aux autres, elle transporte, égrène, achète auprès des producteurs et vend toute la production nationale.
N’est-ce pas un challenge réussi par notre filière coton ?

La situation pourrait être la même chez les autres, et même pire, si les accusations de mauvaise gestion portées contre la Direction de la CMDT reposaient sur quelque fondement.
Bien au contraire, beaucoup d’indicateurs prouvent à suffisance, aujourd’hui, que de gigantesques efforts sont en train d’être abattus par Ousmane Amion Guindo et son équipe.

Nous vous en livrerons dans nos prochaines parutions.

Yaya SIDIBE

21 décembre 2006.