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Le général Amadou Sanogo serait-il tombé de son piédestal ? L’homme, qui faisait la pluie et le beau temps après avoir déposé l’ex-président Amadou Toumani Touré (ATT) est en passe de tomber dans les oubliettes. On se rappelle que peu avant l’investiture du nouveau président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), le capitaine Sanogo avait été bombardé général quatre étoiles avant d’être par la suite débarqué de la tête du comité chargé de réformer l’armée malienne. L’homme avait fait contre mauvaise fortune bon cœur en se retirant dans sa centurie d’origine sise à Kati, où il pensait pouvoir reprendre le contrôle des troupes.

A vouloir chaque fois tirer sur la corde, on finit toujours par se créer des ennuis. C’est ce que Sanogo n’avait malheureusement pas compris

La suite, on la connaît, puisque l’ex-chef putschiste a été contesté par ses propres éléments qui trouvaient injuste la promotion d’un homme qui a été à l’origine de certains problèmes qu’a connus le Mali. Et comme pour ne rien arranger, le nouveau pouvoir d’IBK vient de franchir un palier en enjoignant le général Sanogo de libérer le camp de Kati. Triste sort pour un général qui, naguère seulement, se croyait intouchable pour ne pas dire au-dessus des lois.

A vouloir chaque fois tirer sur la corde, on finit toujours par se créer des ennuis. C’est ce que Sanogo n’avait malheureusement pas compris ; lui qui, fort de ses affinités avec le nouveau président IBK, n’avait de considération pour personne, pas même ses frères d’armes qui, d’ailleurs, ne lui ont jamais pardonné sa passivité durant la farouche guerre qui a opposé l’armée malienne aux fous d’Allah. Et le voilà aujourd’hui groggy de ses propres turpitudes.

Sans doute le président IBK a-t-il compris qu’à vouloir trop ménager le général Sanogo, il risque de devenir le valet de Kati. C’est pourquoi, il a pris ses responsabilités en s’affranchissant pendant qu’il est temps, de la tutelle de l’ex-junte dont les intentions de rester aux commandes sont toujours manifestes. Et le moment a été bien choisi avec surtout la présence des forces africaines appuyées par les éléments de la Force Serval. Alors, que faire donc de Sanogo ? Faut-il, comme le recommandent certains, l’envoyer à la retraite anticipée dans son patelin natal à Ségou ? La décision revient à Bamako.

Le mythe est brisé puisque le roi est devenu nu

Mais au regard de tout ce qui s’est passé, il serait plutôt judicieux d’envoyer Sanogo, à l’instar du général ivoirien Philippe Mangou, dans une représentation diplomatique, ne serait-ce que pour sa propre sécurité. Dans le cas contraire, il ne faudra pas un jour s’étonner qu’à l’image de Tumba Diakité, un bidasse forcené attente à la vie de Sanogo qui, quoi que l’on dise, a aussi apporté sa pierre à la reconstruction de l’Etat malien en mettant un terme à la dictature vermoulue de ATT.

En tout cas, le seul motif de consolation pour Sanogo est sa récente promotion au grade de général. Il n’est plus maître de son destin. Le mythe est brisé puisque le roi est devenu nu. Il a même été dépouillé de sa garde prétorienne. Comme quoi, il ne peut y avoir deux « généraux » dans un même râteau. Sanogo est un général quatre étoiles ; alors que IBK, lui, est un général sans galons mais doté d’un pouvoir discrétionnaire, légal et légitime comme quoi, entre deux généraux, c’est parfois le moins galonné qui est le plus fort !

Boundi OUOBA

Publié le jeudi 10 octobre 2013

Source: Lepays.bf