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Sanogo9Poursuivi par la justice de son pays, pour avoir fait ou contribuer à faire disparaître certains de ses » frères » d’armes, des faits d’une extrême gravité, le Capitaine Amadou Haya SANOGO, transmuté Général, sans avoir jamais fait ses classes, ni ses preuves, du fond de sa cellule se perd aujourd’hui en conjectures contre le sommet de l’Etat qui l’aurait trahi. Comme une bête traquée, accablée, il donne dans tous les sens. Mais mal lui en prend, car nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude.

N’ayant jamais pu évaluer, à sa juste mesure, la substance des mutations politiques intervenues depuis l’avènement de Ibrahim Boubacar Kéïta à la tête de l’Etat, le Général Sanogo est visiblement le seul à être surpris de son arrestation. Assurément, l’infâme général, qui n’a jamais pu lire une carte d’état major et qui se comparait à De Gaulle, est bien retourné d’où il sort : la fange. C’est ainsi que Victor Hugo parlait de Napoléon Bonaparte Crapulinsky. Du centre d’instruction de la Gendarmerie de Faladié, il a même réussi l’exploit de commettre un dernier crime contre la République à travers un » élément « audio de sept minutes largement disponible sur les téléphones portables des maliens. Le présent immédiat ne tardera pas à nous édifier sur les commodités dont il a pu bénéficier pour cette forfaiture.

Sur la forme, il n’y a pas l’once d’un doute quant à l’authenticité de la voix colportée. Il s’agit bien de Amadou Haya Sanogo alias Haya Boli, du nom de ce vénérable chef de quartier de la ville de Ségou dont il n’a retenu apparemment ni la sagesse, ni l’humilité, ni la culture. Il n’y a pas également de doute sur les intentions de ce bonimenteur hors pair qui aux prises de la réalité du moment se perd en mensonge dans le but ultime de sauver ce qui peut être encore son honneur.

Que sérine Sanogo, en substance ?

Dans ses sornettes, il raconte d’abord qu’il n’a jamais reçu de convocation de qui que ce soit pour se présenter devant un juge. Il serait, ajoute-t-il, « ancien chef d’Etat « , un » statut « , qui le soustrairait du canal de la justice ordinaire.

Enfin, il serait victime d’une cabale ourdie par le ministre de la défense qui l’aurait jeté en pâture à ses ennemis utérins que sont les » bérets rouges « , le régiment des commandos paras qu’il avait voulu, contre le bon sens, d’une chiquenaude, dissoudre. Le Colonel Abdina Guindo, alors à la tête de ce régiment serait venu boire du petit lait ; lors de sa conduite forcée devant le juge, à l’en croire. Ces propos enrobés dans un style qui ne laisse aucune place au populisme sont d’une grande énormité. Ils sont si énormes qu’il faut s’empresser de les garrotter. Et tout de suite.

Les faits

Contre les arguments délétères de la défense de Sanogo, le gouvernement n’a pas fait le rond des jambes. Il a communiqué, à travers son porte-parole qui dans une déclaration à notamment expliqué que l’inculpation de Sanogo n’est qu’un acte de souveraineté de la justice de notre pays, à la demande des parents de victimes disparus dans le combat de chiffonniers entre bérets dits verts et rouges. Cette déclaration sèche a été appuyée fort justement par le ministre chargé de la défense à l’occasion d’une conférence sur la refondation de l’armée malienne.

Soumeylou Boubèye Maïga a expliqué son rôle dans cette » affaire « . Il n’a fait que donner suite à la voie judiciaire dans un dossier criminel. Ces propos débités avec sang-froid qui en tient du sacerdoce de l’Etat sont d’une grande prégnance. Le ministre de la Défense ne va pas s’arrêter en si bon chemin, car Sanogo n’est pas et ne sera pas une exception. Pour avis donc.

Les pièces qui incriminent Sanogo

En rapport avec les évènements du 30 avril 2012, le juge d’instruction Yaya Karembé a souhaité entendre des militaires impliqués dans la disparition de d’une vingtaine de soldats parachutistes.

Dans le cours de l’instruction, le juge a éprouvé le besoin d’entendre directement le Général Amadou Haya Sanogo. Pour être en conformité avec la procédure, il a saisi, via sa hiérarchie, le ministre de la Défense à l’effet de pouvoir écouter le Général Amadou Haya Sanogo, de l’Armée de Terre.

Il demandait à entendre Sanogo, essentiellement en sa qualité de Président du CNRDRE.

Voilà les faits pour lesquels le juge a demandé à entendre Sanogo conformément aux dispositions pertinentes de la loi n° 02-055 du 16 Décembre 2002 portant Statut Général des Militaires notamment en son article 31 qui stipule que « les militaires sont soumis à la loi pénale du droit commun ainsi qu’aux dispositions du code de justice militaire « .

Dans l’impossibilité de procéder, alors directement à l’audition de Sanogo, le juge, a donné mandat à la gendarmerie pour un certain nombre de taches dont:

– la perquisition des domiciles de Sanogo » à l’effet de rechercher tous indices, tous éléments de preuves et tous objets ou matériels de nature à aider à la manifestation de la vérité… «

– la fouille, au besoin, » à l’effet de déterrer tous corps d’hommes auxdits endroits aux abords du magasin d’armements de Kati, sur le champ de tirs de Kati … ; Cette délégation aussi n’a pas prospéré. Et c’est alors seulement que le ministre de la défense décide de jouer sa partition en donnant, coup sur coup, une suite favorable à toutes les requêtes du juges, dans le mois de Novembre.

La diligence du ministre de la défense

Si pour les soldats et officiers subalternes, il a directement donné suite au magistrat, il a écrit une lettre nominative adressée au Général Sanogo, avec comme objet : l’exécution du mandat d’amener. Dans cette lettre, le ministre a » ordonné « , à Sanogo de se rendre à l’audition fixée pour le 27 Novembre.

Et Sanogo encore refusa d’obtempérer. Et voilà pourquoi et comment la force publique est allée à sa recherche comme elle le ferait pour tout citoyen qui veut se soustraire à la justice de son pays. Aussi simple.

Les conséquences :

Il est loisible d’épiloguer sur l’inculpation et l’arrestation du Général Sanogo, mais les faits, à lui reprochés, sont édifiants quant à son rôle présumé dans la disparition des soldats cités pus haut.

Cette inculpation de Sanogo n’est pas une trahison, en tout cas pas venant des autorités en place. Si trahison, il y a eu, c’est bien Sanogo qui a trahi ses compagnons. Il a d’abord accepté le fumeux statut d’ » ancien chef d’Etat « qui lui a été proposé un temps par les chefs d’Etat de la CEDEAO à la recherche d’une solution de sortie de crise initiée par Blaise Compaoré. Ce statut qui ne s’accompagnait pas de la promotion collective était déjà une faute imparable.

Il a ensuite accepté sans coup férir le grade de Général au dernier degré en oubliant naturellement encore la soldatesque qui lui a fait confiance. Et c’est de cette dernière trahison, qu’est partie la pseudo-mutinerie de Kati qui a encore donné l’occasion à Sanogo de se débarrasser de certains témoins.

Mais comme le crime absolu n’existe pas, Sanogo n’a pas pu éliminer tout le monde. Certains de ces anciens compagnons, sous les verrous, pour » se venger » de lui se sont mis à parler, comme dans des complaintes d’amants dépités. Et spontanément. Et les paroles qu’ils débitent ne sont pas des délires mais des preuves, des » indices graves et concordants » sur, la responsabilité de Sanogo et de toute la clique de nervis qui ont tué, violé et volé, mettant l’Etat dans un désordre indescriptible.

Sauvée une première fois par la CEDEAO, qui avait fait voter une loi d’amnistie, la bande est aujourd’hui rattrapée par son passé immédiat. Elle a mal apprécié la réalité tout simplement. Face à la justice, Sanogo et ses compagnons diront pourquoi des soldats faits prisonniers et surtout présentés à la télévision nationale, comme pièces à conviction, ont miraculeusement disparu. Et tous. C’est de cela qu’il s’agit. Rien d’autre, parce que Ibrahim Boubacar Kéïta, alors candidat et aujourd’hui Président de la République, n’a pris aucun engagement, pour quelque soutien, à accorder l’impunité à des criminels. Parce que la République est régie par la séparation des pouvoirs, un démocrate soucieux de la transparence dans la gestion des affaires ne saurait faire obstacle à une décision de justice. Contre la délation brandie comme arme de défense, il faut simplement relater les faits.

Ibrahima MAIGA

L’Indépendant du 6 Décembre 2013