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La première puissance démographique (1,3 milliard d’âmes) devra sa prospérité future certaine au Parti communiste chinois (PCC), maître d’œuvre incontesté du bond prodigieux de ces 30 dernières années en Chine. Si en 2013, le produit intérieur brut (PIB) chinois a atteint 8000 milliards de dollars américains (2e rang mondial) contre 16 000 milliards de dollars américains pour les USA, le mérite en revient exclusivement au PCC, point névralgique de la décision au pays de Mao Zedong.

Invité par le Bureau de l’information du Conseil des affaires d’Etat de Chine à participer au séminaire bilatéral 2013 des professionnels de la presse malienne (12 octobre-4 novembre 2013 à Beijing et à Shanghai), à travers l’ambassade de la République populaire de Chine à Bamako, je peux témoigner des progrès enregistrés par le peuple chinois depuis la Grande marche, qui a abouti à la création de la République populaire le 1er octobre 1949, mais surtout depuis l’ouverture vers l’extérieur et les réformes économiques sous l’égide du Parti communiste chinois (PCC) avec à sa tête un certain Deng Xiaoping au début des années 1980. Le PCC, en réalité, est la cause fondamentale du rêve chinois.

En 1945, la Chine a vaincu le Japon après avoir longtemps subi sa domination. Le PCC a aussitôt proposé une plateforme au Kouo-Min-Tang pour éviter la guerre civile. Le chef du Kouo-Min-Tang, Tchang Kaï-chek, pour toute réponse, a promis d’écraser le PCC en 3 mois parce que dans son entendement il ne saurait y avoir qu’un parti et une armée (les siens) en Chine. Mao Zedong a promis de vaincre le Kouo-Min-Tang en 3 ans. Une promesse qu’il a tenue avec la victoire du 1er octobre 1949.

Le Parti communiste chinois (PCC) a réellement vu le jour en 1921. Il est l’organe suprême de décision en Chine depuis le 1er octobre 1949. Son secrétaire général est le dirigeant le plus haut placé dans la hiérarchie. Il contrôle étroitement l’armée : en assurant généralement la présidence de la Commission militaire du comité central du PCC. Liu Jonjie, professeur à l’Ecole du parti du comité central du PCC, souligne que le secrétaire général du PCC détient le pouvoir suprême, avec entre ses mains les rênes du secrétariat général, de l’Etat, de l’armée.

Il exerce aussi un contrôle sur le Parlement, le gouvernement, les cadres et les entreprises. L’homologue du président américain (Barack Obama) en Chine n’est pas le SG du PCC (Xi Jinping), mais le président du gouvernement chinois, qui n’est autre que le Premier ministre. C’est dire l’importance et la toute puissance du secrétaire général du PCC en Chine.

« Le PCC est le noyau central des offres de développement chinois. Ce système est totalement différent de celui des Etats-Unis avec des républicains et des démocrates qui n’étaient pas récemment d’accord sur le budget jusqu’à la fermeture de l’administration », ironise M. Jonjie.

« Ce que le parti décide, c’est ce qui se fait, sans tergiversation ». Et de réitérer que le système capitaliste avec la séparation des pouvoirs n’est pas le choix du peuple chinois pour des raisons liées au capitalisme, qui « fragmente, désunit et n’apporte pas la cohésion nécessaire au développement ».

Un pour tous, tous pour un

Le modèle chinois, qui peut se vanter aujourd’hui de résultats palpables, reste adossé à l’économie planifiée. Les plans quinquennaux ont cours en Chine pour assurer la cohésion et l’exécution correcte des décisions du PCC, l’organe dirigeant. Inspiré par le marxisme, le PCC a pour système politique le centralisme démocratique. En Chine le pouvoir provient du peuple et appartient au peuple.

« Ce n’est pas la peine d’avoir un système marqué par le soupçon entre les partis. Chaque année, la plénière du PCC et les conférences consultatives du peuple élisent les dirigeants. Pour les élections à l’Assemblée nationale populaire (ANP), c’est également le centralisme démocratique qui prévaut. Souvent, les décisions sont prises à l’issue d’intenses débats démocratiques », selon le professeur à l’Ecole du PCC.

Le système politique chinois n’a pas à rougir quand on évoque le multipartisme de type occidental dans la mesure où le PCC compte huit partis politiques qui reconnaissent toutefois sa prééminence dans la conduite des affaires du pays. Naturellement, les partis d’opposition sont interdits. Cependant, le vote par bulletin secret est une réalité en Chine. Les régions autonomes élisent aussi librement leurs délégués à l’ANP. Tout comme les minorités ethniques qui ont la latitude de se choisir leurs propres dirigeants locaux. Cette pratique, associée à l’alternance au pouvoir suprême tous les dix ans, nous semble-t-il, est démocratique.

Pour le PCC, il s’agit de diriger le pays par la pensée (une bonne stratégie et l’harmonisation des actions), de diriger sur le plan politique et de diriger sur le plan organisationnel. « Le PCC accorde la plus grande importance à la formation des cadres et à la formation idéologique du 1,3 milliard de Chinois. Chaque année, des cadres sortent pour des études et des missions hors du pays. En matière de direction sur le plan politique, il élabore des politiques et des orientations justes. Il appartient au parti d’élire les cadres et de les contrôler », précise notre politologue chinois.

Haro sur la corruption !

Ce procédé permet au pays de s’en tenir au PCC, ce qui fait du peuple le maître absolu du développement et du respect des droits de l’Homme. « Il permet aussi une cohérence du système ANP-consultations-autonomie, la démocratie dans les élections et le contrôle. Une telle conception permet de développer des projets de société sur le long terme dans la stabilité. C’est un seul parti qui élabore des politiques sur plusieurs années… Nous sommes au 12e plan quinquennal », renseigne-t-il.

Avec une telle méthode, la Chine réagit promptement aux opportunités et défis. Ainsi, pour les besoins des JO de Beijing-2008, le terminal 3 de l’aéroport de la capitale chinoise a été construit en 3 ans alors que sous d’autres cieux, c’est le temps qu’il faut pour concevoir le projet.

« Une fois la décision prise, il faut passer à l’action ou quitter. Si vous n’êtes pas d’accord avec l’idée vous serez remplacé ». Il en est de même à l’occasion des séismes ou des catastrophes. « On travaille comme un seul homme contre les catastrophes. Il existe réellement un système de formation et de sélection avancée pour éviter le gaspillage ».

Le hic est que comme toute œuvre humaine, la machine peut se gripper à cause de la forte concentration des pouvoirs entre les mains de quelques individus. Cela peut provoquer des abus d’autorité, voire la corruption. La dernière affaire en date concerne Bo Xilai qui avait de fortes chances de figurer au comité central du PCC à l’issue du XVIIIe congrès. Il avait accaparé des pouvoirs entre ses mains et s’est finalement retrouvé en prison en étant à porte-à-faux avec les principes directeurs du PCC.

Au 3e plénum du XVIIIe congrès, l’équipe dirigeante, nous a-t-on promis, adoptera des mesures fortes contre la corruption.

Avec le PCC, la Chine n’a pas dit son dernier mot. Le modèle de développement qu’il propose ressemble à bien des égards à une voie dégagée, sans trop de brouillard.

Abdoul M. Thiam

(envoyé spécial à Beijing)

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Brèves : Sept membres du PCC : le saint des saints

Les membres de l’instance suprême du PCC sont au nombre de 7 personnes au lieu de 9 comme précédemment. Ils constituent ce qu’on peut appeler le saint des saints. Il s’agit du secrétaire général (le grand patron), du Premier ministre (le grand décideur du développement économique), du président de l’Assemblée nationale populaire (pouvoir législatif), du président de la Conférence consultative du peuple chinois, du chef du département discipline du PCC, du chef du secrétariat du PCC (information, communication et organisation), du vice-Premier ministre exécutif, qui seconde le PM. L’actuel secrétaire général s’appelle Xi Jinping. Il est élu pour 5 ans renouvelables une fois. Tous les dix ans, un nouveau dirigeant émerge en Chine. Vous avez dit alternance au sommet ? A noter que l’ANP compte 2300 députés. Ils représentant toutes les composantes de la nation chinoise.

Un pays des droits de l’Homme

Peu de nations au monde peuvent se comparer à la Chine en matière de respect des droits de l’Homme s’il est vrai que l’enseignement obligatoire et gratuit de 9 ans est un droit humain. En Chine, la santé, la nourriture, l’accès à l’eau potable, au logement, aux services sociaux de base sont des réalités pour les populations. A travers une politique d’urbanisation accrue, le gouvernement est en train d’assurer le bien-être des Chinois des villes, des provinces et des campagnes. Le taux d’analphabétisme n’est que de 4 %. Ce qui signifie que les citoyens globalement connaissent leurs droits et devoirs. Ceux qui entrent en conflit avec la loi ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Ils encourent de lourdes peines y compris la peine de mort qui est pratiquée aux USA, champions autoproclamés des droits de l’Homme. Est libre et heureux en Chine, celui qui se conforme aux normes édictées par la société.

Shanghai : la perle de l’Orient

Avec 4000 bâtiments de plus de 20 étages, la ville de Shanghai est une attraction pour le visiteur. C’est dans cette cité de 24 millions d’habitants que l’on est en train d’ériger l’un des plus hauts points du monde. Il s’agit d’un gratte-ciel de 132 étages qui surplombe la Perle de l’Orient, une tour de télévision (468 m de hauteur, une soixantaine d’étages). Celle-ci reçoit environ 30 000 visiteurs par jour. Elle comporte des boutiques, des restaurants, un musée.

D’ailleurs, la ville abrite d’autres grands musées comme le Musée de la planification, le Musée de la ville, qui laissent voir le passé, le présent et le futur de Shanghai. Tout en étant une ville prospère, Shanghai n’en compte pas moins des démunis qui habitent, grâce à la collectivité, des quartiers résidentiels avec toutes les commodités pour les résidents et surtout une excellente prise en charge pour les personnes âgées. Il se dit que les Shanghaiens carburent au BMW, c’est-à-dire bureau, métro, travail. C’est en tout cas dans cette province que la Chine tire 1/3 de ses recettes fiscales.

Population chinoise : forces et faiblesses

Pendant la Révolution culturelle dans les années 1966-76, tous les secteurs avaient régressé en Chine sauf la démographie. En 1970, on comptait 1,2 milliard de Chinois, un lourd fardeau au regard des difficultés d’alors. Avec l’application rigoureuse de la planification familiale, il n’y a eu que 100 millions d’augmentation en 30 ans.

Sans la politique de l’enfant unique, la population allait exploser. Toutefois, l’une des conséquences de la PF est le vieillissement de la population (on compte 300 millions de personnes âgées de 60 ans et plus). Certes la PF a joué un rôle déterminant dans le développement de la Chine, mais le gouvernement s’apprête à prendre des mesures d’assouplissement de la politique de l’enfant unique. Les 55 ethnies minoritaires sont d’ores et déjà exemptées en campagnes et même en villes, il pourrait y avoir des exemptions. La réforme de la retraite, de la santé est également envisagée pour conforter la vie des personnes du 3e âge.

2000 Maliens en Chine

De sources diplomatiques, 2000 Maliens résideraient présentement en Chine de façon permanente. Si les familles maliennes sont peu nombreuses, voire inexistantes dans la capitale chinoise, nos compatriotes se rencontrent en grand nombre à Guangzhou (l’ancienne ville de Canton) où ils exercent dans le commerce et les échanges domaines dans lesquels certains ont prospéré. Les étudiants et les cadres civils et militaires en formation ne font pas partie du lot. Malgré tout, la coopération économique sino-malienne peine à se hisser au niveau de l’amitié politique Mali-Chine.

Il semble que le Mali soit le 50e partenaire de la Chine sur 54 États en Afrique. Pour profiter de l’avancée de la Chine et prétendre au transfert de technologies nécessaire à notre décollage, il faudrait ouvrir le secteur des mines et des industries lourdes aux Chinois qui sont demandeurs et qui sont prêts à faire des investissements dans un partenariat gagnant-gagnant.

11 Novembre 2013