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En voyant le capitalisme envahir aujourd’hui la Chine, Mao Tsé Toung se retrounerait dans sa tombe”, disait un politologue chinois. C’est dire qu’en Chine, la conception communiste du défunt Guide chinois est, de nos jours, remisée aux archives de l’oubli.
Mais les dirigeants chinois se défendent de l’avoir rejetée, et parlent plutôt de “socialisme libéral”. Et depuis les années 1980, leur homme fort d’alors, Deng Xiao Ping, a exhorté ses compatriotes à “s’enrichir et à s’ouvrir au monde”. Du coup, la Chine s’est fixé un but : supplanter le Japon et la Corée, et dans vingt ans, “manger les Etats Unis”.

Une agriculture à histoires

De 1100 à 1600, les cultures vivrières traditionnelles suffisaient à nourrir la population. Les parcelles cultivées produisaient deux récoltes par an. Mais entre le 17e et la fin du 18e siècle, la famine chassa les paysans de leur fiefs. Ils furent sauvés de justesse par des cultures – autres que leur riz – importées du Nouveau Monde.

Ainsi, le maïs américain fit son entrée en Chine dès 1550. Patates douces et autres tubercules et produits maraîchers envahirent les terres chinoises à la fin du 19e siècle. En 1900 déjà, la Chine en devint le plus grand producteur mondial : 95% de la nourriture chinoise est encore d’origine végétale.

Chaque région était régie par une élite agricole représentant le pouvoir impérial. Le moindre délit des paysans était sauvagement réprimé, aussi, le gouvernement impérial venait à la rescousse, en cas de disette. Mais l’accélération démographique entraîna une migration monstre des populations et une exploitation féroce des plaines, montagnes, et même des steppes les plus arides.

L’impact démographique et dynastique

Dès 1700, le nombre des chinois avait atteint 130 millions d’âmes. En 1850, ils étaient 450 millions. Aujourd’hui, ils sont au nombre de… 1,3 milliard ! Cette démographie fulgurante contraint aujourd’hui l’Etat à instaurer un diktat à ne pas violer : chaque couple chinois n’aura désormais droit qu’à un seul enfant…

En fait, cette démographie “séculaire” a été favorisée par l’irruption des conquérants Ching de Mandchourie, après la dynastie des Ming. Les Ching ont accumulé deux siècles de domination sur la Chine ! Le Tibet et Taïwan furent d’ailleurs les seules provinces à ne pas subir leur autorité, et même celle des dynasties successives. Et de nos jours encore, le fait est réel…

L’empereur Ching chassa les paysans autochtones et les remplaça par des étrangers avides de terre et de culture. Ensuite, pour détourner l’attention des populations, les seigneurs Ching incitèrent les paysans à accuser ces étrangers comme étant responsables de la crise sociale qui s’annonçait.

Et pourtant, les Ching étaient eux-mêmes des étrangers, usurparteurs de surcroît. C’est cette crise sociale qui entraîna de vastes mouvements de révolte paysanne qui balayèrent peu à peu l’avènement du socialisme maoïste.

Le big bang économique

Du temps de Mao Tsé Toung, faire du commerce, même dérisoire, était passible de mort sans jugement. Aujourd’hui, le buste sculpté de Mao lui-même est bradé au marché noir !

L’histoire de Mao est indissociable de celle de la Chine, certes. Mais elle n’empêche pas aujourd’hui les chinois de chercher à “rattraper le temps perdu “, en tirant le bon grain de l’ivraie communiste.

Le véritable changement d’alliance entre le parti communiste et le peuple s’est opéré en 1990. C’est à partir de cette date que les chinois ont commencé à obtenir la liberté “de sortir” et d’exercer des activités libérales à l’étranger, surtout… en Afrique.

Grâce au feu vert du parti- et surtout du Président réformateur Deng Xiao Ping – rien ne s’oppose plus à la frénésie progressiste des entrepreneurs chinois. Toutes les initiatives économiques, culturelles, agricoles ou autres sont, dès lors, fortement encouragées avec, à la clé,… des slogans du parti, bien sûr.

Les initiateurs lui en sont reconnaissants, eux qui injectent très souvent de l’argent dans le parti : un signe de gratitude et d’allégeance. Aujourd’hui, aussi bien les entrepreneurs privés que l’économie de marché sont admis dans le parti.
L’actuelle politique communiste chinoise consiste à changer la méthode de distribution des richesses : le développement économique doit se substituer à la “lutte des classes” prônée par Mao.

Selon l’ancien Président Deng Xiao Ping, “pour arriver au communisme, il faut d’abord commencer par le supprimer”. Il sait de quoi il parle, pour avoir connu, très jeune, la prison, le bannissement et son éviction du parti, sous Mao. Et d’ajouter : “Toute méthode économique est neutre. Tout dépend du système politique dans lequel on l’applique”.

Sa déclaration, après le massacre des étudiants, sur la place Tien-An-Men, le 4 juin 1989, s’inscrit dans le même ordre d’idée : “S’il faut tuer 200 personnes pour sauver 20 ans de paix, cela en vaut la peine”. Toujours est-il que, pour le Premier des chinois, “peu importe que le chat soit noir ou blanc, l’essentiel est qu’il attrape la souris”.

Les comités de quartier du temps de Mao ont ainsi cédé la place aux comités… des propriétaires immobiliers. Dans toutes les sociétés, le culte de l’union et de la solidarité est loué et pratiqué. Le slogan en vogue : “Plongez-vous dans votre méthode de travail, et vous découvriez une nouvelle vie”.

On aide ainsi les meilleurs employés à se perfectionner : cours du soir, recherche et équipement de leurs logements…, le tout est pris en charge par l’entreprise, contre remboursement par tranches. La seule menace qui plane, c’est que l’éventualité d’une grève et la notion de syndicat ne sont pas envisagées, parce que tout simplement ignorées.


Une société de pointe

La société T.C.L. est la branche chinoise Thomson de la télévision et de la téléphonie mobile. Première multinationale “rouge” créée en 1981, elle fabrique plus de 4 000 téléviseurs par jour.

Son PDG, affectueusement appelé Mr LI, surnommé “le milliardaire rouge”, siège au parti, en dépit de son jeune âge : 48 ans. C’est l’un des hommes les plus influents de la planète. En 1997, l’Etat l’a laissé gérer l’entreprise, avec des objectifs à atteindre. S’il réussit, son salaire augmente. S’il échoue, il paye une amende.

Telle est la politique de production initiée par l’Etat et applicable à tout entrepreneur de ce gabarit. Si T.C.L réussit le pari de la conquête du monde, les autres entreprises seront “privatisées”. Encore faut-il que le mot soit juste, le parti ayant toujours l’oeil et le mot sur leur gestion…

A T.C.L, des objectifs sont affichés au tableau, que les travailleurs doivent atteindre sous peine d’être virés. Pour payer leur loyer, 10 euros sont mensuellement défalqués de leur salaire. Des recruteurs de T.C.L. écument les campagnes à la recherche d’ouvrières : des filles de 18 à 20 ans qui gagnent ainsi 100 euros par mois.

Les grandes sociétés chinoises se livrent, de nos jours, une bataille féroce pour le recrutement des élites au sein des universités, souvent, un à deux ans avant la fin de leurs études.

L’état s’étant désengagé de ce domaine, presque tous les établissements scolaires – et l’éducation en général – sont financés par les multinationales chinoises.


Le boum culturel

Il y a 40 ans, une fille pouvait être arrêtée et molestée par les Gardes Rouges pour avoir osé… être belle, même naturellement. Maquillages et cheveux teintés étaient interdits ! Il y a six ans encore, un concours de beauté était impensable en Chine. Aujourd’hui il se fait, et même sous l’oeil bienveillant des dignitaires du régime.

A Pékin et Changhaï, il existe des concours dits “Miss Bistouri”. Pour avoir le droit d’y particiepr, les condidates se soumettent à des opérations chirurgicales douloureuses : élongation des jambes, remodelage du visage, de la poitrine, des seins, des hanches…

Le coût de l’opération varie entre 800 et 2000 euros. Les cliniques spécialisées dans ce genre d’opération engrangent ainsi un pactole de plus de 3 milliards d’euros par an. Mais aucune torture n’est assez coûteuse pour cette obsession de ressembler à une occidentale !

Ainsi, la langue de l’Oncle Sam -l’anglais- est devenue une vraie vogue, sinon une folie au pays du grand Timonier (Mao) : plus de 450 millions de chinois l’apprennent actuellement, tous frais payés. Nous sommes loin de la Chine communiste, raide, stricte et ringarde de la “glorieuse ère” du Timonier vénéré, Mao Tsé Toung.

Les pays du Tiers Monde doivent s’inspirer de l’expérience enrichissante de la Chine. Du moins si leurs autorités veulent bien sortir de l’ornière. Ce n’est pas impossible lorsqu’on sait que la Chine a mis des décennies pour y parvenir. Et qu’il y à 50 ans, les populations asiatiques se contentaient d’un bol de riz par jour, et par personne. C’est dire que vouloir, c’est pouvoir.

Oumar DIAWARA

25 septembre 2007.