Partager

Laurent Koudou Gbagbo est toujours au palais de Cocody, servant à souhait de larges sourires à ses visiteurs. Pendant ce temps, Alassane Dramane Ouattara, nouveau chef d’Etat selon la Commission électorale indépendante (CEI) et la Communauté internationale, reste retranché à l’hôtel du Golf sous bonne garde de l’ONUCI.

C’est dans cette situation malheureuse que se trouve le pays d’Houphou-Boigny, jadis havre de paix au moment où l’histoire, dans sa marche infinie, tournera dans quelques heures la page de 2010. Tout en menaçant d’un recours à la force militaire pour déloger l’enfant terrible de Mama du pouvoir qu’il usurpe depuis le 28 novembre 2010, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a envoyé mardi dernier une mission de haut niveau composée des présidents béninois, Boni Yahi ; Sierra Léonais, Ernest Koroma ; et Cap verdien, Pidro Pires.

Au vu des résultats escomptés, on ne peut pas dire que leur expédition ivoirienne a été concluante. Le ton était trop péremptoire, martial : quitte le pouvoir sinon… mais les menaces n’ont pas payé. L’affaire a même tourné à l’humiliation de l’instance sous-régionale lorsque le président sortant a exigé sa reconnaissance avant toute discussion. De retour à Abuja, les mandatés ont fait le point au président en exercice de la CEDEAO.

Good Luck Jonathan a édulcoré son langage : “Quand il y a une dispute, c’est le dialogue qui résout tous les différends, c’est ce dialogue qui est en cours”, avant de relever que les trois mousquetaires seront de nouveau à Abidjan le premier lundi du nouvel an. Est-ce que la semaine de réflexion aura servi à quelque chose ?

On peut déjà en douter parce que, jusqu’à présent, le mari de Simone s’est montré intraitable à toutes les sanctions, menaces et condamnations. L’heure est même à une offensive juridique pour justifier sa position en battant le rappel de grandsavocats français, notamment l’ancien ministre des Affaires étrangères Roland Dumas et Jacques Vergès. Il faudra sans doute plus de deux (2) voyages pour lui faire lâcher prise. On se demande si ce n’est pas l’art de perdre le temps que trahit le désemparemment de la CEDEAO.

Puisque, après avoir bandé les muscles et brandi l’épouvantail de l’expédition punitive de l’ECOMOG, le ton s’est fait curieusement plus conciliant. Les optimistes y liront certes une évolution vers une solution négociée et pacifique de la crise, d’autres par contre y verront un aveu d’impuissance de la part de la Communauté ouest-africaine.

Il y a tout lieu en effet, de penser qu’elle ne sait plus trop ce qu’il faut faire entre les sanctions, qui peuvent être efficaces mais dont l’effet est particulièrement lent, et l’utilisation de la force, dont le coût (matériel logistique et surtout humain) apparaît trop élevé sans oublier le modus operendi dont, de surcroît, le résultat n’est pas garanti.

En attendant donc que les présidents mandatés par leurs pairs partent sur les bords de la lagune Ebrié pour une mission sinon impossible et inutile en tout cas particulièrement difficile, on redoute déjà la manifestation programmée par Charles Blé Goudé, ministre de la Jeunesse, fraîchement nommé. Le vibriollant leader de la galaxie Gbagbo a, en effet, promis d’aller avec ses troupes libérer à mains nues l’hôtel du Golf qui abrite depuis le coup d’Etat électoral le président Alassane Dramane Ouattara et ses hommes.

Nouvelle épreuve de force en perspective qui rappelle l’assaut, le 17 décembre dernier, de la RTI par les partisans d’ADO. On peut se demander ce qui se passera demain si la manifestation a effectivement lieu. Reposons les questions que déjà nous formulions dans notre édition n°7778 du 15 décembre au sujet de la marche qui n’a pas atteint son objectif et qui a fait des dizaines de morts : “Dans ce contexte qui est aujourd’hui celui du pays d’Houphouët, une telle annonce ne vaut-elle pas une déclaration de guerre ?”.

Les manifestants seront-ils encadrées par les forces fidèles à Laurent Gbagbo ? Ne vont-ils pas à l’abattoir vu que l’hôtel est sous bonne garde de l’ONUCI ? Les interrogations sont nombreuses. C’est une journée chaude qui s’annonce, surtout que les partisans d’ADO ne veulent pas s’en laisser compter. Il faut espérer que la raison prévaudra et que de nouveaux morts ne viendront pas allonger la liste, déjà longue.

Abdou Karim Sawadogo

L’Observateur Paalga

31 Décembre 2010.