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L’intervention du ministre malien de la défense et des Anciens combattants, le Colonel -major Yamoussa Camara, devant les chefs d’Etat-major de la CEDEAO a tout d’un discours militaire à graver en lettres d’or dans les annales de l’Etat malien. Aux chefs d’Etat-major représentant l’organisation sous-régionale et leurs Chefs d’Etat respectifs, il a tenu un langage de vérité sur un style et un ton à faire baisser la tête à bien de dirigeants de l’organisation.

Concernant la question des dérives « impérialistes », il n’a pas manqué d’évoquer le problème de la force en attente de la CEDEAO et de l’offre d’aide des voisins. : « Nous l’acceptons de bon cœur tout en vous demandant de ne pas chercher à vous substituer ni aux forces de défense et de sécurité du Mali, ni au peuple malien dont vous mesurez la sensibilité… Il s’agit de problèmes existentiels de la nation malienne ! Tout ce que vous poserez comme actes au Mali sera retenu par l’histoire, en bien et en mal, comme jurisprudence à travers l’espace de la CEDEAO », a souligné le ministre. Voila qui remet en lumière les nombreuses critiques portant sur la tendance des Chefs d’Etat de la CEDEAO à agir avec le Mali comme on le ferait d’un incapable ou d’un territoire sous tutelle. En effet, le Colonel-major Camara a parlé comme les ex- éléments de la junte l’ont toujours fait. Son propos emprunte aux accents de celui du Président intérimaire à son retour de Paris. « Je fais entièrement confiance aux services maliens de sécurité. Ils sont plus que compétents pour assurer la sécurité du Président de la république et celle des institutions de la république ».

Ici, le message est sans équivoque, et si le ministre de la Défense se voit contraint de s’exprimer de la sorte avec un ton qui incrimine, c’est justement en raison du manque de modestie, d’humilité et de tact de nombreux intervenants étrangers dans la crise qui ont pris l’habitude de se comporter en terre malienne comme en pays conquis. « Ne venez pas au Mali pour faire aux Maliens ce que vous n’aimeriez pas que l’on fasse à vos pays et ressortissants respectifs ! ». C’est, en substance, ce conseil qui a été donné, sur un air moralisateur, par le ministre de la Défense, le Colonel-major Yamoussa Camara en ces termes : « Agissez ! Je ne puis résister à la tentation de le dire, comme vous aimeriez que l’on vous traite dans des circonstances similaires ».

A l’écoute de ce discours de consensus, pour ainsi dire, sans « entrer dans ses petits souliers », la CEDEAO devrait au moins se racheter une autre conduite, une attitude plus digne envers le Mali et les Maliens.
Elle devrait parler moins habilement au sujet de ce pays fier, abandonner son ton comminatoire, ses ultimatums qui ressemblent toujours plus à de vulgaires punitions et qui ont le don d’irriter même les non Maliens. Cette fixation insensée sur la nécessité de venir sécuriser les institutions au Sud doit être remisée et rangée au placard pour de bon. Il convient de laisser de côté l’appellation de la mission de la CEDEAO au Mali (MICEMA),et de lui en préférer une autre nom qui intègre le nécessaire élargissement à l’Union africaine, aux Nations Unies…

De cette force d’intervention au Mali, la facilitation de Blaise Compaoré doit être également revue, quelque peu corrigée et placée sous mandat des Nations Unies et ramenée à un dialogue inter-malien pour préparer les conditions d’une meilleure relance démocratique au sortir de la guerre de libération. Et cela semble pourtant une évidence, cette facilitation doit être également basée à Bamako même. Quoiqu’il en soit, cette déclaration choc du ministre Colonel sera-t-elle entendue à sa juste tonalité ? Certains en doutent et, au regard des bruits qui courent autour d’un coup de force de la CEDEAO au Mali, jugent que les patrons de l’organisation optent pour la correction ! D’autres estiment plus sagement (et il faut les y encourager) que la voix du Mali doit être entendue et que les Chefs de la CEDEAO, ne pouvant pas aimer plus le Mali que les Maliens eux-mêmes, doivent éviter d’en rajouter à la crise en entrant à leur tour dans une crise avec le Mali.

Alors croisons les doigts et touchons du bois tout en souhaitant une pluie de raisons sur nos décideurs.

Jean Pierre James

Le Combat du 17 Août 2012