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A un moment où, il faut malheureusement le constater, reviennent à la surface débats rétrogrades, pleins de contre-vérités et autres procès d’intention, en même temps que s’engage un débat houleux et passionné autour de l’adoption d’un nouveau Code de la Famille, la Coordination des ONG et Associations féminines expose, dans un Manifeste, ses convictions et ses aspirations pour le Mali, consciente du fait que «le choix de l’avenir, c’est aussi celui de la démocratie et du développement». Convaincue de la pertinence de ce document, votre servante vous en propose une lecture commentée.

Nous voici donc reparties pour un tour ! Comme lors des préparatifs de la célèbre et controversée Conférence des Femmes de Beijing, en 1995, le Mali recommence à bruire de rumeurs et à voir se développer tous azimuts nombre d’argumentaires soi-disant basés sur, je cite, «nos valeurs ancestrales, notre religion, notre culture» ou que sais-je encore.

Le hic, c’est que tout ceci n’est que du resucé, que du réchauffé, que du maintes fois entendu, en bref, que du dilatoire. L’unique constante de ce florilège récurrent étant le contexte. Car il s’agit de nous présenter le nouveau Code de la Famille, dont la soumission prochaine au vote de nos députés a été promise par le Chef de l’Etat, comme un exemple de suivisme, de plagiat de l’Occident, de mise sous le manteau de notre héritage culturel ou de porte ouverte à une supposée prise du pouvoir par les femmes et, donc, à toutes les dépravations.

Je vous ferai grâce du recensement exhaustif de tout ce que nous allons entendre, car le combat sera rude, soyez-en sûrs. Je ne crois pas qu’il sera exclusivement féminin, j’espère même que non, mais les femmes ne devraient pas accepter de ne pas s’y engager dès à présent. Avant que l’on ne prétende me renvoyer «à mes casseroles», je rappelerai à ceux que cela tenterait qu’il ne me semble pas que ce soit uniquement à cela que mes parents me destinaient, lorsqu’ils m’ont inscrite à l’école. De même, mes oncles, au village, n’attendent pas de mes cousines qu’elles se bornent à faire la cuisine, le ménage et des bébés dans leurs belles-familles.

Elles ne s’y limitent d’ailleurs pas, bêchant, semant et récoltant sous le chaud soleil, couvrant des distances marathoniennes pour glaner du bois mort ou aller chercher de l’eau et travaillant aussi, au sein de groupements de femmes, dans des petits projets de maraîchage, de production de savon ou de beurre de karité, à assurer un mieux-être à leurs familles. Pour citer le Manifeste de la CAFO, elles prouvent à suffisance «le génie des femmes maliennes, actrices du changement et aussi gardiennes des valeurs socio-culturelles», participant ainsi au développement de notre pays commun. De quoi donc certains ont-ils peur? D’un texte qu’ils n’ont même pas lu et ne peuvent donc commenter. D’où leurs supputations et leur système de défense, tout militaire, la meilleure des défenses étant, pour certains stratèges de la Grande Muette, l’attaque.

«L’unité de ce pays a été le produit ininterrompu de tous les Maliens, hommes et femmes. Ce qui se traduit par le fait que chaque citoyen et citoyenne malien a les mêmes droits et devoirs, les même chances. Y renoncer, c’est renoncer aux principes et aux valeurs démocratiques». On ne saurait mieux dire et cette piqûre de rappel est plus que jamais nécessaire. Le Mali a signé et ratifié tous les textes internationaux relatifs aux droits des femmes. Quoi de plus normal qu’il harmonise sa législation nationale avec ces documents, d’autant qu’il s’y est solennellement et souverainement engagé? Pourquoi les termes «Promotion de la femme» déclenchent-ils ce tollé chez certains? Il n’a jamais été question de développer un sexe contre l’autre, mais d’oeuvrer ensemble pour l’avenir du Mali. Les Maliennes se sont battues contre la colonisation, elles se sont battues contre le régime de Moussa Traoré, elles se sont battues pour l’avènement de la démocratie. Pourquoi devraient-elles, simplement du fait de la biologie, être privées de ses fruits? Ne participent-elles pas, à tous les niveaux, à l’effort commun?

Ceux qui montent sur leurs grands chevaux dès que l’on parle de droits, d’autonomisation ou de promotion des femmes feraient bien de s’interroger. De quoi rêvent-ils pour leurs filles? Sont-elles privées d’éducation ou de soins parce qu’elles présentent la tare d’être de sexe féminin? Chacun ne souhaite-t-il pas le meilleur pour sa descendance? Le monde bouge et le Mali, pour en faire partie, ne peut rester à l’écart de ce mouvemnt. Les arguments vaseux ne tiennent plus. Les pratiques douteuses non plus.

Dès la composition de l’actuel gouvernement, des tracts ont commencé à circuler dans les rues de Bamako. Comme de bien entendu, leurs cibles prioritaires étaient les femmes ministres, attaquées sur leur prétendue vie dissolue ou leurs supposés CV falsifiés. S’il a été vrai, comme le souligne la CAFO, qu’il nous est arrivé de «manquer de sincérité les unes envers les autres, de refuser le partage du savoir et de manquer de solidarité et de complicité» il est aussi évident que nous ne pouvons plus confondre «notre combat de femmes et le positionnement stratégique de certaines» et prêter un tant soit peu intérêt à ce genre d’écrits de caniveau.

C’est pourquoi «nous avons besoin d’une nouvelle vision, d’une nouvelle volonté commune, pour mettre fin au désordre, aux frustations, aux violences, aux diffamations, aux méchancetés et aux dénigrements auxquels nous avons assisté ces derniers temps» pour «combattre ensemble et avec vigueur ce prétendu ordre social qui encourage l’injustice et le désordre. Car ceux-ci n’ont de référence ni dans nos cultures ni dans nos religions». Pour ce faire, c’est l’union sacrée de toutes les femmes qui est prônée par la CAFO. Car, comme dirait l’autre, «ne les laissons pas nous diviser!».

Prendre en compte le fait que nous sommes au 3e millénaire, c’est savoir que c’est une justice «qui n’ôterait pas la dignité aux faibles et aux pauvres» qui doit être instaurée au Mali. C’est respecter les aspirations légitimes de tous les groupes sociaux, femmes et jeunes y compris, pour leur épanouissement. C’est surtout refuser de faire montre d’hypocrisie. Le mimétisme qui pousse les adolescents à porter des pantalons laissant à l’air libre la moitié de leur postérieur, ou leur nombril, peut-il réellement être qualifié de mode? S’il s’agit de lutter contre la dépravation des moeurs, quid de ces télénovelas sudaméricaines dont on s’abreuve en famille et où la «morale», les valeurs culturelles, les traditions et les vertus de notre foi sont certainement les chose les moins bien partagées? Qui combat leur diffusion?

Les femmes maliennes, individuellement ou en groupe, lettrées comme non scolarisées, rurales et urbaines ont certainement, comme tout être humain, des défauts. Mais ceux-ci sont personnels. Nous ne sommes pas des Satan, comme le laissent entendre certains, ni des saintes. Nous sommes tout simplement la moitié de la population d’un pays qui est confronté aux nombreux défis du développement. Nous y prenons notre part, il est normal que nous soyons invitées à la table lorsque le repas est servi. Que l’on cesse donc de vouloir nous faire vivre éternellement sous tutelle, comme si nous étions des handicapées mentales et sociales. Nous et notre pays valons beaucoup plus que cela. Nombre d’entre nous l’ont déjà prouvé et nous continuerons sur cette voie, n’en déplaise aux fâcheux.

Car, aujourd’hui, nous sommes convaincues que «nous n’échouerons pas, parce que nous résisterons» et nous n’accepterons plus d’être divisées par ceux qui prétendent régner sur nous pour notre plus grand bien. Convaincues que nous sommes, nous aussi, une «force de proposition et de participation au service de notre pays», nous savons aussi que nous sommes assez mûres en matière de lutte aujourd’hui pour continuer sur notre lancée, sans menacer qui que ce soit mais sans non plus avoir peur de qui que ce soit. En tant que Maliennes, nous avons notre mot à dire et nous le dirons, haut et fort.

Ramata DIAOURE

7 novembre 07