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1-13.jpgDécidément, l’intérêt pour les Jakarta suscite des aventures bien étranges. Comme celle dans laquelle s’étaient lancés ces trois jeunes Dogons qui avaient mis sur pied une opération d’enrichissement rapide et, croyaient-ils, sans risques. Ils avaient monté leur petit gang pour voler des motos et avaient mis en place un modus operandi bien particulier.

Kassim, Amadou et Moumoune – tous Ongoïba de patronyme et tous gardiens de profession – avaient choisi comme terrain d’opération une zone couvrant Titibougou, Fombabougou et Sotuba. Les coupeurs de route se positionnaient en embuscade à partir de 23 heures, armés de solides gourdins. Dès qu’ils voyaient arriver un motocycliste solitaire et de préférence roulant sur une « Jakarta », ils bondissaient hors de leur cachette et frappaient leurs victimes à coups de bâton. Un des membres du trio s’occupait ensuite de la moto tandis que les deux autres traînaient la victime loin de la route et l’abandonnaient dans les terrains vagues des alentours.

La méthode était primaire mais efficace puisqu’elle rapporta à ses utilisateurs un butin de cinq motos. Mais le règne de la bande fut de courte durée. Le trio était composé, comme nous le soulignions, de parfaits amateurs qui ne savaient pas très bien quelles étaient les précautions à prendre pour écouler et surtout cacher leurs prises. Quelqu’un remarqua trouva suspect qu’ils puissent posséder une moto et alerta la police. L’inspecteur Ibrahima Maïga du VIè Arrondissement de Bamako allait donc cueillir sans grande peine le groupe avec les engins. A l’interrogatoire, ces malfaiteurs d’un genre peu répandu reconnurent que la moto suspecte qui les avait trahis était celle d’un photographe qu’ils avaient braqué récemment sur la route de Fombabougou.

Patiemment les policiers poussèrent plus loin l’interrogatoire qui leur permit d’établir que le trio avait fait quatre autres prises sur lesquelles il avait vendu deux à un autre Dogon. Le receleur a lui aussi été arrêté à son lieu de travail à la Zone industrielle. Lui également passa rapidement aux aveux.

Quand nous sommes passés au VIè arrondissement pour avoir des précisions sur la bande des trois, nous sommes tombés sur un spectacle effarant. Les jeunes Dogons bavardaient joyeusement au « violon » et de temps en temps, ils éclataient de rire sans retenue. Visiblement, ils ne mesuraient pas vraiment la gravité de ce qu’ils avaient fait et qui leur coûtera certainement un séjour prolongé au « lycée » de Bamako-coura.

Doussou Djiré

Essor – 05 mai 2008