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jpg_une-68.jpgTous les quatre hommes sont domiciliés sur la Rive gauche mais opèrent sur la Rive droite du fleuve Niger à Bamako. Daouda Diané et sa bande sont des professionnels du vol de motos. Quel que soit le cadenas utilisé, ils peuvent l’ouvrir et démarrer l’engin sans difficultés. Ils ont un modus operandi des plus simples. Daouda et ses amis ciblent les jeunes filles sur les motos Jakarta et les suivent quand elles vont en ville. Ce choix, ont-ils expliqué, est dû au fait que les femmes sont négligentes. Quand elles se rendent à un rendez-vous, elle sont toujours pressée parce qu’elles arrivent en retard. Arrivées à destination, elles ne prennent pas généralement le soin de sécuriser leurs engins. Les bandits sautent sur l’occasion pour s’emparer de la moto avant de disparaître.

L’on peut se demander combien d’engins les quatre hommes ont enlevé à leurs propriétaires. La question restera sans réponse puisque les malfrats ne le savent pas eux-mêmes. Ils ont avoué avoir soustrait frauduleusement au minimum quatre engins qu’ils ont vendus à un receleur bien connu dans les archives de la police nationale. Négué, c’est le nom du receleur, demeure encore introuvable.

Les faits que nous relatons aujourd’hui remontent à la journée du 14 octobre dernier. La demoiselle A.D. a quitté sa famille à Darsalam pour se rendre chez D.S, un proche domicilié à la zone ACI de Bacodjicoroni. En partant de chez elle, les quatre malandrins l’ont remarquée et suivie jusqu’à sa destination. Comme ils l’avaient prévu, la jeune fille gara la moto dans la cour sans boucler son antivol. Elle entra dans la maison pour bavarder avec des amis. Diané et ses trois compères sur deux motos vinrent s’arrêter non loin de la maison et profitèrent de l’absence de mouvement dans la cour pour y pénétrer.

Diané et Soungalo s’assurèrent que la moto n’était pas bouclée et essayèrent de la faire sortir sans faire de bruit. Malheureusement pour eux, la servante occupée dans la cuisine, entendit des grincements et sortit pour voir. Elle tomba nez à nez avec Soungalo et Diané et ne put que crier au voleur. Désemparés par cette alerte, les deux hommes ne voulurent pas chercher la porte de la cour mais décidèrent de prendre les murs. Soungalo parvint à échapper à la foule qui avait répondu comme un seul homme au cri de détresse de la femme de ménage.
Diané, de taille moyenne, parvint à son tour à escalader le mur. Mais la foule avait déjà entouré toute la concession et aucun passage n’était libre pour permettre au voleur de s’échapper. Ses complices réussirent à disparaître sans laisser de traces. Diané questionna ses pieds sur leur capacité à lui faire éviter un sale moment. Mais dans la foule se trouvaient des sprinters qui étaient prêts à se mesurer à lui. Se sentant cerné de toute part, il préféra se jeter dans une famille voisine. Il brisa les vitres de la porte du salon de Fodé Dramé. La foule à laquelle s’ajoutèrent les membres de la famille de Dramé, le prit et commença à lui faire un massage des moins doux.

Parmi les curieux venus nombreux, certains voulaient faire la peau du voleur. Mais il s’est trouvé un citoyen qui leur a rappelé que la justice expéditive n’est pas une bonne chose. Il composa le numéro de la police et tomba sur le commissaire Faganda Keran Sissoko. L’OPJ forma une équipe conduite par l’adjudant chef Konta qui se rendit sur les lieux. Quand la police arrivait, les partisans de lynchage avaient pris le dessus sur les légalistes. Les policiers tentèrent de négocier la libération du malfrat. Mais personne ne voulait l’écouta. «Si on le livre à ces policiers, on le rencontrera demain dans la rue», criaient des jeunes pour qui la seule manière d’en finir avec les voleurs dans le secteur était de les immoler au feu, de leur appliquer le fameux article 320 des années 90. Le policier Konta dégaina son arme et tira en l’air. La foule comprit qu’il était au sérieux et le laissa faire. Il plaça le voleur dans la camionnette et le conduisit au commissariat.

Dans son audition préliminaire, Diané remercia d’abord la police pour lui avoir évité une mort certaine. Puis il se mit à déballer tous les vols commis sur la Rive droite qui était le terrain de prédilection de sa bande. Il avoua être le chef de la bande et dénonça Négué comme étant son principal receleur. «Quand nous volons une moto, nous appelons Négué qui nous règle sur place dans un coin de rue et on se quitte», a expliqué le bandit.

Daouda Diané ne se limita pas à la dénonciation de Négué. Il décrivit avec précision les cachettes de ses complices et accepta d’aider les policiers à les mettre hors d’état de nuire. Il se fit accompagner par des éléments de la brigade de recherche et des renseignements avec l’inspecteur Kassim Sissoko à leur tête pour mettre la main sur les trois voleurs. Appréhendés à leur tour, Soungalo, Papus et Cheick Oumar reconnurent les faits qui leur sont reprochés. Le commissaire Danfaga les a déférés au parquet près le tribunal de première instance de la Commune V.

G. A. DICKO

Essor du 30 octobre 2009