Partager

C’est à partir des années 1980 qu’on a commencé à enfler la dette. La dette, quand on y regarde de près, quand on regarde, où est passé l’argent, c’est dans la plupart des cas une escroquerie absolument gigantesque.

Alors, avec tout ça, on arrive à la fin des années 1980. Il y a une poussée démocratique après la chute du mur de Berlin. Et à ce moment là, les dictateurs on beaucoup de mal à résister à cette pression. Ils vont devoir affronter des élections, mais ils ne peuvent plus tenir comme discours politique : « je me représente parce que je fais le bien du peuple, parce que je vais assurer son développement ».

Ce n’est plus crédible, et donc ils se mettent à utiliser l’arme ultime du politique, le bouc émissaire, qui malheureusement marche depuis les débuts de l’humanité. Ils se mettent à expliquer que, s’il y a des malheur dans le pays, ce n’est pas leur faute, c’est la faute de l’autre ethnie, « cette ethnie que vous haïssez, n’est- ce- pas, et qui, si elle vient au pouvoir, va vous ôter le pain de la bouche, prendre toutes les hautes fonctions, et même, éventuellement, vous massacrer« .

C’est ce discours qui a été tenu au Rwanda, c’est ce qui menace dans certain nombre de pays. C’est un scénario sous-jacent à ce qui se passe en Côte d’Ivoire. A la criminalité économique et à des régimes dictatoriaux souvent tortionnaires, on a ajouté une criminalité politique de masse en dressant les gens les uns contre les autres. Encore un dernier exemple de fonctionnement de la Françafrique.

Rappelons le schéma de l’Iceberg qui représente la Françafrique : en haut, vous avez la France meilleure amie de l’Afrique, patrie des droits de l’homme, etc. ; sous la ligne de flottaison, vous avez ces fonctionnements de validité entre un certain nombre de français et d’africains qui se sont organisés pour tenir ces pays politiquement (par la dictature), militairement (avec les mercenaires), et à travers un certains nombre de circuits financiers pompant l’argent de l’aide publique au développement. L’un des exemples les plus récents et les plus achevés de ce fonctionnement en Iceberg, c’est ce qui s’est après la poussée démocratique des années 1990.

La Francafrique a été prise au dépourvu par une révolution démocratique au Bénin. Aussitôt, elle a organisé un système qui a marché de manière quasi infaillible pendant pratiquement dix ans.

Il consiste en ceci : avec notre argent, l’aide publique au développement, on envoie des urnes transparentes, des bulletins de vote et des enveloppes dans ces pays ; on déclare : « oui, vraiment, c’est bien, ils arrivent à la démocratie ; donc, on va les aider » ; et en même temps, on envoie dans les capitales de ces pays des coopérants très spéciaux, des réseaux Pasqua ou la mairie de Paris, qui vont installer un système informatique de centralisation des résultats un peu spécial : alors que les gens ont veillé jour et nuit auprès des urnes pour être sûrs que leur suffrage soit respecté, alors qu’ils ont voté à 70 ou 80% pour chasser le dictateur, ils se retrouvent à la fin avec un dictateur réélu avec 80% des voix… ou 52% s’il est modeste.

Voilà encore une alchimie extraordinaire. Nous, avec votre argent, on aide les gens à se doter d’instruments de démocratie ; au même moment, les réseaux de la Françafrique arrivent à faire en sorte que ces peuples aient encore pire qu’un dictateur, un dictateur « légitimé démocratiquement ».

Et ça ne s’est passé que dans un pays ; ça s’est passé cinquante fois entre 1991 et 2003, avec chaque fois le même système, chaque fois le même discours, que ce soit au Togo, au Cameroun, au Congo- Brazzaville, au Gabon, à Djibouti, en Mauritanie, etc.

Il n’y a eu que trois ou quatre exceptions, dans deux pays pauvres d’abord, parce sont trop pauvres pour intéresser beaucoup la Françafrique : le Mali, avec le renversement du dictateur Moussa Traoré, et le Niger, ou quelque Officiers progressistes ont renversé le dictateur installé par Foccart, qui s’appelait Ibrahim Baré Maïnassara. Alors là, quand ils ont renversé le dictateur, la France a crié l’interruption du processus démocratique.

Elle a coupé la coopération N et donc les Nigériens ont organisé leurs élections sans et malgré la France. Et ça donné les élections les plus incontestées depuis quarante ans en Afrique. Il n’y a pratiquement pas eu un bulletin contesté. Et puis, il y a encore deux exceptions célèbres. Au Sénégal, ou il y avait une fraude instituée depuis très longtemps, s’est produite une invention démocratique.

La société, qui en avait marre de l’ancien régime corrompu- ça ne veut pas dire que le nouveau est parfait, loin de là-, voulait au moins pouvoir changer le président. Eh bien ils ont jumelé les téléphones portables et les radios locales de manière à annoncer en direct les résultats à chaque dépouillement d’urne, pour que n’ont ne puisse truquer la totalisation.

Dans d’autres pays, on a retardé du coup la mise sur le marché des téléphones portables… Un autre exemple extraordinaire, presque unique dan l’histoire de l’humanité, c’est Madagascar.

Jour et nuit pendant quatre ou cinq mois, entre cinq cent mille et un million de personnes ont tenu la rue pour défendre le candidat élu et obtenu son installation à la place du dictateur soutenu par l’Elysée et la Françafrique.

Sous la pluie, des femmes de soixante-dix ans, des mères de famille, etc., une marrée humaine se gardant de toute violence, a réussi peu à peu, par son courage, à dissuader l’armée et les milices du régime. Chaque fois que l’armée voulait attaquer le mouvement populaire, il y avait toujours une femme ou une fille de général dans la manifestation qui appelait sur son téléphone portable le père ou le mari pour dire : « nous sommes dans la manifestation« . Et peu à peu, les généraux, les officiers ont craqué l’un après l’autre, ils sont passés dans le camp du président élu.

C’est un exemple vraiment assez exceptionnel, tellement inquiétant pour les dictateurs en place qu’ils ont mis un an avant de reconnaître le nouveau régime.

Donc, tout n’est désespéré. Mais disons que pour ce qui est de notre rôle, du rôle de la France, on a passé son temps à faire « valider » par les urnes l’inverse de la volonté du peuple, quitte à dégoûter les gens de la démocratie.

Alors, j’avance, je passe rapidement car je n’ai pas le temps de faire l’histoire de la Françafrique. Le vais quand même vous décrire brièvement ses réseaux, très, très sommairement. Et puis, je vous donnerai un ou deux exemples récents avant de passer à la Mafiafrique.

Ces réseaux, je vais d’abord vous les énumérer tels qu’ils nous sont apparus en première lecture, si je puis dire, et puis ensuite vous les décrire tels que nous les voyons maintenant, par se que c’est un peu différent, et la force d’y travailler, on y voit un peu plus clair. Je vous le dis rapidement, je n’ai pas le temps de détailler et d’insister- tout ça se trouve dans mes différents ouvrages. Simplement, je vais d’abord vous décrire un foisonnement.

Il y a ce qu’on appelle les réseaux politico- affairistes. Le plus important d’entre eux, c’était le réseau Foccart, crée sous De Gaulle, disons que c’était le réseau Gaulliste. Et puis il y eut les réseaux néogaulliste- principalement le réseau Pasqua-, le réseau Gescard, le réseau Mitterrand, le réseau Madelin, le réseau Rocard, etc.

Ensuite, il y a quelques très grandes entreprises qui jouent un rôle dominant là ou elles se trouvent. Il y a Elf, bien entendu, que faisait la politique de la France au Gabon, au Cameroun, au Congo Brazzaville, au Nigeria, en Angola, etc.

Il y a Bouygues, qui contrôle les services publics en Côte d’Ivoire, qui a hérité d’une grande partie des subventions d’investissement de l’aide publique au développement. Il y a Bolloré, qui a le monopole des transports et de la logistique sur bonne partie de l’Afrique. Il y a Castel, qui contrôle les boissons, etc.

Et puis il y a les militaires.

La plupart des hauts dignitaires de l’armée française ont fait leurs classes en Afrique où ils ont eu des carrières accélérées, deux ou trois fois plus rapides, avec des soldes faramineux. L’armée française tient beaucoup à l’Afrique ; elle fait encore la politique de la France au Tchad ou à Djibouti.

La plupart des généraux africains francophones, y compris les généraux présidents, sont ses « frères d’arme« .

Vous avez encore les différents services secrets, qui se disputent entre eux et qui ont chacun un rôle dans la Françafrique. Vous avez la DGSE, le principal service secret vers l’étranger, qui contrôlait de près chacun des « gouverneurs à la peau noire ». Vous en avez un autre, qu’il est beaucoup plus surprenant de rencontrer en Afrique, la DST (Direction sécurité du territoire).

En principe, elle ne devrait s’occuper que de l’intérieur de la France. Mais elle s’occupe aussi de l’extérieur pour diverse raison. D’abord parce qu’il s’agirait de protéger la France des dangers l’immigration.
Ensuite, la DST, qui est une police politique, fait de la coopération avec l’ensemble des polices politiques de toutes les dictatures du monde.

Donc, elle devient copine avec toutes les « sécurités intérieures » des pires dictatures. Et du coup, la DST se retrouve impliquée dans beaucoup de pays, comme le Gabon, le Burkina, l’Algérie, l’Angola, etc. J’ai oublié de dire que, bien entendu, les réseaux Françafricains sont devenus les mêmes au Maghreb qu’en Afrique noire, avec exactement les mêmes mécanismes en Algérie, en Tunisie et au Maroc que ceux que je vous ai décrits jusqu’à présent.

Après la DGSE et la DST, il y a la Direction du Renseignement Militaire, poisson-pilote de l’armée, qui fait la propagande de la France lors des conflits en Afrique, et puis l’ancienne sécurité militaire, qu’on appelle maintenant DPSD – sur la quelle je reviendrai -, qui, entre autre, contrôle les mercenaires et les trafics d’armes.

Il faut rajouter un certain nombre de réseaux d’initiés : une obédience franc- maçonne dévoyée la Grande loge Nationale Française (GLNF), fort à droite, à la quelle appartiennent tous les dictateurs franco-africains, une forte proportion des responsables des services secrets, des généraux français et africains, les dirigeants de grandes Médias comme TFI, une partie du lobby nucléaire pétrolier. Vous avez des sectes, très présentes en Afrique et liées à la Françafrique, comme les Rose-croix ou même le Mandarom.

Source de la Françafrique et la Mafiafrique

08 Septembre 2008